Nicolas Sarkozy a été élu président de la République.
On peut, pour en finir avec les billets concernant la sociologie électorale (voir ici et la), étudier quelques données intéressantes de
l'électorat des deux candidats.
Cette fois-ci, c'est l'institut IPSOS qui a réalisé ce sondage sortie des urnes (3609 personnes interrogées le 6 mai
2007 selon la méthode des quotas).
Les scores les plus élevés de Nicolas Sarkozy (ceux qui sont au-dessus de 53 %):
- chez les personnes âgées de plus de 60 ans, plus de 60 % de cette catégorie d'âge (voire même 68 % chez les 70 ans et plus). Ce constat avait déjà été relevé dès le premier
tour.
- 82 % des artisans, commerçants et 67 % des agriculteurs ont voté Nicolas Sarkozy: les travailleurs indépendants ont voté en masse pour le candidat de
l'UMP.
- enfin, Nicolas Sarkozy réalise de meilleurs scores dans les communes rurales que dans les grandes agglomérations.
Il réalise, bien sûr des scores importants dans toutes les catégories sociales (sinon, il n'aurait pas été élu), mais ce sont ces catégories pour lesquelles il creuse l'écart avec son
adversaire.
Les scores élevés de Ségolène Royal (ceux qui dépassent 47 %):
- chez les 18-24 ans, 58 % ont voté pour la candidate socialiste; mais aussi chez les 45 -59 ans (sûrement les parents des premiers) puisqu'elle obtient 55 % de
leurs voix. Très originale, cette répartition des votes...
- Ségolène Royal obtient plus de 50 % des votes des catégories populaires (employés, ouvriers et professions intermédiaires), 57 % des votes des salariés du
public et 75 % des votes des chômeurs.
- concernant la catégorie de revenu, plus le niveau de revenu augmente, moins on vote pour Ségolène Royal: elle réalise 56 % des votes chez ceux qui ont un revenu modeste, mais
43 % des votes de ceux qui déclare un revenu élevé.
Enfin, dernière conclusion intéressante (qui confirme ce billet), si 77 % des électeurs de Nicolas Sarkozy déclarent avoir voté pour qu'il soit président, seulement 55 % des électeurs de Ségolène
Royal ont cette motivation et 42 % de ces électeurs sont étaient motivés par le fait de barrer la route à Nicolas Sarkozy. On voit ainsi, qu'on ne peut pas obtenir
50 % des voix (+1) par un vote de rejet, il faut susciter l'adhésion sur sa personne et son projet.
Par exemple, Ségolène Royal a rassemblé 87 % des électeurs qui se positionnent plutôt à gauche, 90 % des sympathisants PS, 88 % des sympathisants PC et 86 % des sympathisants de l'extrême
gauche.
Alors que Nicolas Sarkozy a obtenu 93 % des électeurs se déclarant eux-mêmes plutôt à droite, 98 % des sympathisants de l'UMP, 66 % des sympathisants de l'UDF et 83 % des sympathisants du FN.
Dès lors, se pose la question de la stratégie du PS (quelles valeurs ? Quelles alliances ?) alors que la bataille des législatives est lancée...
Ainsi s'achève la série de billets de sociologie électorale. J'ai essayé de montrer que:
- il existe des déterminants sociaux qui continuent de peser.
Certes, les individus sont libres de choisir leur candidat, mais leur degré d'intégration sociale, leur statut social exerce une influence certaine.
Le Nouvel Observateur avait, dans son numéro de l'entre-deux tours, indiqué la carte de France des votes Bonapartistes, on retrouve quasiment les mêmes régions que celles qui ont voté pour le
candidat de l'UMP 150 ans plus tard.
Voici d'ailleurs, ce que Pierre Bourdieu a schématisé dans Espace social et tendance de vote (Pierre Bourdieu,
Raisons pratiques, Seuil, coll. Points, 1996, p. 21)
Si le poids des déterminants sociaux est indéniable, il ne faut pas non plus tomber dans un déterminisme absolu: l'électorat
peut également changer de camp. On a vu les jeunes voter pour Jacques Chirac en 1995, puis pour Ségolène Royal en 2007; de même l'électorat populaire qui vote différemment selon les enjeux
(vote protestataire ou vote d'adhésion).
- On peut étudier la politique sans faire de la politique. Analyser l'électorat, les stratégies des candidats est une chose; avoir ses opinions et les exprimer en est une autre.
Dans un cas, on mobilise les outils élaborés par les sciences sociales: cela permet de comprendre le réel et de mieux anticiper ce qui va se passer (à quoi servirait une science
si elle n'avait pas une certaine valeur prédictive ?). Dans un autre cas, on mobilise ses valeurs, ses idéaux, ses opinions pour débattre, prendre parti et convaincre.
Il existe des formations post-bac si vous êtes intéressé par ce champ de connaissances:
- à l'Université, il existe des formations LMD de sciences politiques. Par exemple, reagardez ici.En cherchant bien, vous
trouverez des éléments de cours en Licence et en Master.
- les Instituts d'Etudes Politiques (le plus célèbre est Science Po. Paris).
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