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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 05:50
bonnet_dne.gifDimanche, en achetant le JDD (je voulais absolument  garder un souvenir du match de samedi soir, et notamment de la deuxième mi-temps héroique des bleus ^^), je tombe sur  l'interview de Daniel Pennac, un romancier.
Son dernier livre (qui va sortir cette semaine) raconte l'histoire d'un cancre.
J'ai trouvé cet entretien particulièrement touchant, je vous livre les meilleurs passages (j'ai souligné les phrases les plus importantes)



Extraits:

Vous aviez honte d'être un cancre. "J'étais compromettant", écrivez-vous...

Je ne l'étais pas à la récré, où j'étais assez physique. Quand je formais une équipe de ballon prisonnier, on perdait rarement. Et j'étais champion du monde de polochon! 
(...) On n'envisage le cancre que par ses processus de compensation: il fait le clown, il est agressif ou complètement léthargique. Ne reste que l'image de l'élève qui déconne. Mais que ressent-il, ce cancre qui s'entend dire à longueur de journée qu'il est bête, paresseux, tricheur et coupable de "le faire exprès" ? Il finit par le croire.


Surtout quand les profs l'humilient...

Je n'ai plus aucun souvenir de mes profs, à cinq exceptions près. Deux bourreaux, dont ce crétin, en 6e, qui notait mes dictées négativement et faisait régulièrement la même plaisanterie: "- 25, Pennacchioni, ça ne se réchauffe pas !" Et trois sauveurs. Des gens que j'ai vraiment aimés: un prof de maths, une prof d'histoire et un philosophe qui m'ont sorti de ma cancrerie en me passionnant pour leur matière. C'est grâce à eux que je me suis construit. Parce qu'on ne se construit pas sous le regard méprisant ou inquiet d'adultes qui se contentent de demander: "Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?"

(...)

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Pourquoi l'ancien cancre est-il devenu enseignant ?

Au départ, pour des raisons très banales, très statistiques: je voulais avoir du temps pour écrire, il y avait les vacances, je voulais être économiquement autonome et mettre de la distance entre ma famille et moi...
Comme premier poste, le hasard m'a flanqué dans un collège de Soissons, dans l'Aisne, avec des adolescents en classes dites aménagées. Des adolescents qui me ressemblaient au même âge.
Dès les premières heures, j'ai passionnément aimé ce métier. Je retrouvais en mes élèves tout ce que j'avais subi comme cancre, tout ce que je m'étais fait subir à moi-même. Toutes mes affabulations. Parce qu'un cancre, c'est un malheureux qui affabule, il ne cesse de justifier ses incompétences par du discours... Je savais si bien comment ils procédaient ! Pas la peine de me raconter vos salades: j'en sors et je vais vous en sortir !


Comment ?

Travailler en dédramatisant. La porte de la classe est fermée. Il y a trente élèves et moi, entre quatre murs. Nous y sommes. Théoriquement, je ne devrais qu'avoir à transmettre un savoir à des intelligences ouvertes, qui n'y résisteraient pas. C'est une vision idéale de l'enseignement.
L'élève est aussi un adolescent avec ses états d'âme, ses faiblesses, ses rejets... Je dois régler ces problèmes, sinon, je fais quoi ? Je fiche le camp ? Peu m'importe à moi, professeur de français, les raisons pour lesquelles untel fait tant de fautes. Je suis là pour le tirer d'affaire. Bien sûr je peux échouer, ça m'est arrivé. Trop souvent.


Parfois, le retard est tel qu'il est difficile de le combler...


A chaque fois que nous professeurs écrivons dans un carnet de notes "Manque de bases", nous voulons dire "Ce n'est pas de ma faute".
Mais ce qui compte c'est de savoir si ce gosse sera remis sur pieds quand il quittera ma classe. Je ne veux pas paraître péremptoire mais jusqu'en 3ème, je pense qu'un élève qui ne souffre pas d'un handicap lourd peut être facilement remis à niveau dans sa pratique de la langue.


Source: le JDD, dimanche 7 octobre 2007


Cela m'a fait une piqure de rappel:

1 / nous, enseignants, travaillons sur de l'humain, qui a ces états d'âmes, ses humeurs changeantes, un passé, une histoire. Ce n'est pas un objet posé, qui réagit mécaniquement à des stimuli

Ce qui est en jeu dans le triangle élève - savoirs - enseignants, c'est la relation interactive qui relit ces 3 variables. Je reconnais qu'il m'arrive de m'énerver, de pester contre les élèves qui ne travaillent pas, qui échouent y compris sur des questions qui me paraissent faciles. La tentation est grande de leur faire ressentir ma colère dans l'espoir de les faire réagir...mais souvent, c'est pris comme une humiliation personnelle, l'élève se sent dégradé et s'enfonce encore plus...

2 / Je suis entièrement d'accord avec Pennac sur le "manque de bases". J'utilise souvent une métaphore sportive. Nous devrions être des entraîneurs et non uniquement des sélectionneurs.
Sélectionner les élèves, tout le monde sait le faire: qui ne sait pas reconnaitre un bon élève ?
Entraîner les élèves, c'est déjà beaucoup plus difficile: cela suppose d'être des éducateurs donc de leur donner les fondamentaux (connaître les règles du jeu, maîtriser quelques compétences essentielles) pour qu'ils puissent jouer (produire eux-mêmes)

3 / Enfin, personne n'est dupe, il y a des élèves qui ont plus de difficultés que d'autres, qui mettent plus de temps à apprendre, que leur propose-t-on ?
François Dubet dans son livre "Qu'est-ce qu'une école juste ?" La République des Idées Seuil avait déjà posé le problème.
Certes, Daniel Pennac se rappelle ses souvenirs d'une autre école, celle de la fin des années 50 où il subissait des humiliations, où il existait des nombreuses voies de relèguations...Ce n'est plus le cas maintenant...^^


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Quelques autres cancres célèbres (merci François Guitef)
 Albert Einstein :
Incapable de lire avant 7 ans, ses parents croyaient qu'il était « moins que normal ».
L'un de ses professeurs l'a décrit comme « lent d'intelligence ».

Michael Jordan: A été retranché de l'équipe de basketball de son école secondaire.
Il aurait déclaré : « J'ai échoué coup sur coup dans ma vie. C'est pourquoi je réussis. »

Ludwig van Beethoven: il s'est fait dire par son professeur de violon qu'il était
« nul comme compositeur ».

Charles Darwin: dans son autobiographie, il écrit : « J'étais considéré par tous
mes maîtres et mon père comme un garçon très ordinaire, plutôt sous la moyenne
de l'intelligence. »

Thomas Edison: il s'est fait dire par ses professeurs qu'il était « trop stupide pour
rien apprendre. » Il fut congédié de ses deux premiers emplois pour ne pas être assez
productif.

Louis Pasteur:
Élève médiocre, il a terminé 15e sur 22 élèves dans un
cours de chimie.


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commentaires

delphine 16/10/2007 18:15

... tu oublies Pinocchio!(à (re) lire : la version intégrale de Collodi bien sûr)

Audalavie 13/10/2007 19:10

Le pire c'est que je ne suis même pas redoublante!!! C'est vous dire! Non, sérieusement, quand je montre mon manuel à un étudiant à la fac, il me dit; "quoi, vous faites tout ça!". Tu parles, c'est complétement débile de survoler des notions aussi importantes que la croissance, le développement en répétant à chaque fois comment on les mesure, quelles en sont les limites, au lieu d'approfondir. Exemple, j'ai eu une dissert sur "en quoi peut-on appliquer à la croissance contemporaine la formule de Jean Bodin "il n'est de richesses que d'hommes"". Et bien ça m'a passionnée, je me suis mise a faire des recherches sur Alfred Sauvy Esther Boserup, et un tas d'autres concepts intéressants, et franchement j'ai beaucoup plus appri et retenu qu'en 2 ans de SES! Alors peut -être que pas tout le monde n'est comme moi, peut -être que les autres on besoin qu'on leur répète 36 fois la même chose, mais sérieusement, ce système a un problème. Et les profs ne compensent pas toujours ces absurdités.

christophe 14/10/2007 18:22

Que le système ait un problème, je pense que nous sommes tous d'accord là-dessus ^^Audalavie, c'est juste une introduction: on ne peut pas passer trop de temps sur chaque notion qui peut effectivement exiger de plus amples développements. Moi même, je suis souvent frustré sur certaines parties du programme, je trouve que c'est trop superficiel.Mais, je le répète, on a un programme, tous les élèves ne vont pas forcément faire de l'économie en fac...Je trouve ta démarche excellente: tu cherches à approfondir par toi même et tu découvres des auteurs et des concepts intéressants.Quant au degré de répétition (-36 fois la même chose-), c'est vrai que ce n'est pas toujours efficace. Ceci dit, quand je vois qu'au collège, on demande dans le B2i de citer précisément les sources (auteur, date, type de documents), et qu'en seconde sur 17 élèves, 4 ou 5 sont capables de donner leurs sources, et qu'en première année de fac, vous refaites la même erreur...on se demande ce qu'il faut faire ^^...Ma fille est en 5ème, ils sont en train de faire l'IDH...(programme de terminale en SES et HG)...je revient au point de départ: il y a quelquechose qui ne va pas dans le système...

JFPicot 10/10/2007 22:41

Daniel Pennac, les cancres et leur intelligence :On n'est (on ne nait pas) cancre que dans une seule institution : l'école. Pourquoi ? parce que celle-ci ne reconnait qu'une seule forme d'intelligence, alors qu'il y a de multiples formes d'intelligence, comme il y a de mutiples formes de vie et divers types de civilisation.L'école n'accepte qu'une seule forme d'intelligence , celle qui lui permet d'exclure le plus grand nombre (un peu moins maintenant > loi du marché oblige) aux moyens de codes arbitraires qu'il est nécessaire (et hélàs, suffisant) à connaître, reconnaître et appliquer.Les élites théocrates, aristocrates, ploutocrates, ont créées de toutes pièces des codes pour se reconnaitre entre elles et se perpétuer. Un bel exemple de machine à fabriquer des codes, une pensée et un discours normatifs, c'est l'E.N.A. Pourquoi l'intelligence conceptuelle (laquelle ?l'analytico-déductive, la synthético-déductive, la ... ?) devrait être considérée comme supérieure à toute autre forme d'intelligence. Et pourquoi l'élève, qui ne pourrait pas épanouir sa forme d'intelligence spécifique, non prise en compte (acceptée) par l'école, devrait-il subir les jugements dépréciatifs de certains "mauvais" enseignants et la redoutable appréciation des conseils de classe.Einstein, (sur) doué par ailleurs, ne fonctionnait pas selon la norme imposée dans le système éducatif et n'avait pas trouvé intérêt à s' appliquer à entrer dans la norme imposée. ... "c'est pourquoi, votre fille est muette ......(Molière)". etc.Cancre ou premier de la classe ? comme disait Jean Cocteau "Mes plus chers poètes, une vitre les sépare des fous ! "Moi-même .......JFPicot UTPF (encore !!)

christophe 11/10/2007 07:08

Excellent, comme d'habitude avec  JFPicot: plein de références et de pertinence. Inutile de dire que je signe des deux mains et des deux pieds ton commentaire....Il va pourtant bien falloir que cela change, le système me parait être de plus en plus à bout de souffle, non ?

Audalavie 09/10/2007 20:52

Mouais... C'est bien de le dire déjà, mais franchement, sur les 8 profs que j'ai en terminale, je m'estime heureuse d'en avoir une qui ait assez de rigueur et d'efficacité pour me faire aimer sa matière (pourtant c les maths, comme quoi un bon prof peut tout 'faire passer")... parce que les autres sont loin d'être comme vous le dites. Résultat: je m'ennuie constamment en cours, surtout en SES d'ailleurs, car on refait toujours la même chose (croissance développement changement social puis lien de chacun avec chacun respectivement; quelle perte de temps! que de redondances! et encore 8 mois!). Enfin, je ne sais pas, c'est peut être le programme qui est mal adapté, mais qu'est-ce qu'on s'emmerde!

christophe 10/10/2007 08:03

Ah, le blues de la redoublante... J'essaye de comprendre, mais je pense que c'est effectivement difficile.Notre matière à la différence des mathématiques comporte un programme très cadré (avec des notions précises, des passages obligés), ce qui peut expliquer la redondance. Mais l'objectif à atteindre est clairement fixé, les chemins pour l'atteindre sont très diversifiés, c'est la patte du prof. Depuis plus d'un an, je me sers du web pour proposer des documents multimédias pour compléter les cours, j'essaye de trouver des exercices nouveaux, de faire plus de travaux de groupes etc...Mais je te l'accorde, il y a un côté répétitif dans notre métier, on ne peut pas le nier...Conclusion: même si je n'ai pas de terminales cette année, je te conseille de lire et relire SOS...SES, rubrique Terminale (j'avais d'ailleurs trouvé une animation gapminder sur croissance et développement) et de faire des commentaires en lien avec ce que tu vois en cours ^^PS: quel beau pseudo tu as....^^ Au plaisir, Audalavie...

t.rez 09/10/2007 08:38

de Juarroz :
----------
Il est un point où la vision de l'œil cesse de croître et commence à décroître.
C'est l'endroit où se tisse la toile la plus gratuite de l'araignée, celle qui ne cherche pas à chasser mais à se chasser.
Là est le fruit qui s'exprime vers le dedans.

Je pense bien que l'œil non acéré du prof' se trouve là où l'élève se retourne et se renferme, tout en continuant à développer intérieurement des qualités. Bonne journée, t.rez

christophe 10/10/2007 07:55

Belle vision en effet.Le problème que je rencontre souvent est que l'élève s'est tellement renfermé qu'il ne parvient plus à développer intérieurement ses qualités. Il faut alors lui proposer autre chose (d'autres activités moins scolaires) , regagner sa confiance...

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