
Si vous n'avez pas entendu que
le prix Nobel 2006 a été remis à
Mr Muhammad Yunus et la
Grameen Bank, c'est que :
1)
vous n'écoutez pas l'actualité (ça c'est pas bien...)2) vous êtes
indignes d'être lecteur (rice) de ce blog (Si, Si...)
3) mais bon, vous avez
une occasion de vous rattraper en lisant ce billet.
Mon extrême bonté n'est dûe qu'à une profonde envie de vous faire partager l'histoire extraordinaire qui va suivre.
Au delà de cette excellente nouvelle, que peut-on dire sur notre homme et le micro-crédit ?
Il convient d'abord de présenter
la petite histoire de notre héros (avec moult anecdotes dont vous êtes friand(e)s, je l'ai déjà dit), d'
expliquer les principes économiques et sociaux mis en application et de cerner
les enjeux et limites du micro-crédit.
Vous êtes bien installé ?... On y va...
Il était une fois...
I / Un gars qui banque...

C'est l'histoire de Muhammad Yunus, né en 1940 au Bengale, issu d'une famille aisée de 9 enfants. Il est un brillant étudiant qui va devenir un
petit professeur d'économie
par la taille (1m65) mais déjà connu pour son intérêt concernant les problèmes de développement (sa thèse concerne la révolution verte et les problèmes d'irriguation)
1971: naissance du Bangladesh.
Il rentre au pays pour être responsable du département d'Economie dans la 2ème plus grande ville du nouvel Etat.
1974:
grande famine qui va tuer 1.5 million de personnes. Sa vie va changer:
"les gens mourraient de faim... et moi, je continuais à enseigner d'élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité".
Il se rend dans plusieurs villages ruraux pour comprendre comment être utile.
Un jour, il rencontre une femme fabriquant des tabourets en bambou, elle gagnait 2 cents par tabouret. Pourquoi si peu ? Un prêteur local lui avait avancé de l'argent à un taux très élevé (120 % par an). Cette femme ne pouvait pas s'adresser aux banques traditionnelles car elle était jugée "insolvable" (tout le monde le sait, on ne prête qu'aux riches).
Yunus compris qu'elle ne pouvait pas vivre décemment de son activité. Il réalise que les pauvres ont une énorme demande de crédit.
Il décide alors de prêter 24 euros à 42 femmes, parmi les plus pauvres du village. Ces prêts sont d'un montant très faibles, mais ils permettent , par exemple d'acheter une poule et ainsi de générer un revenu tiré de la vente des oeufs. Avec ce revenu, toute une famille peut vivre.
"l'objectif était de les faire rentrer dans un cycle économique et d'amorcer un changement de mentalité".
A sa grande surprise, toutes les femmes ont réussi à rembourser le prêt accordé.
Fort de ce succès, il pense pouvoir convaincre les banques traditionnelles d'accorder des crédits à cette population. Mais elles ne croient pas à ce potentiel et ne le suivent pas, c'est trop risqué.
1978: création de la Grameen (village en Bengali)Bank, la "banque des pauvres".

Le succès ne se dément pas. Elle est présente dans 50 000 villages, a prêté 4 milliards d'euros à 11 millions de personnes dont 94 % de femmes. Les taux de remboursement sont de l'ordre de 97 % (plus élevés que dans les banques traditionnelles).
II / Un gars qui a des principes...
Principe n° 1: Ne chercher pas un travail, crée le !
Telle pourrait être la devise de la Grameen Bank
L'accès à ces crédits permet aux plus pauvres de créer leur propre emploi par l'achat d'un outil de travail ou l'ouverture d'une échoppe sur un marché. Cela permet d'éviter l'assistance.
Principe n° 2: On ne prête qu'aux femmes !

94 % des emprunteurs sont des femmes. Pourquoi ?
D'abord, elles sont les plus touchées par la pauvreté; en plus leur statut social est dévalrisé dans cette société et enfin elles sont jugées plus responsables et efficaces dans l'utilisation du crédit.
Principe n° 3: Donnant Donnant !
Si vous devenez adhérent de la Banque, la Grameen demande de vous engager à suivre quelques cours d'éducation générale et d'adopter 16 résolutions relatives à l'hygiène, à la santé, au contrôle des naissances...
principe n° 4: A plusieurs, c'est beaucoup mieux !
une condition pour adhérer à la Grameen Bank : les demandeurs doivent emprunter par groupes de cinq et s'épauler pour les remboursements. Le groupe fait donc pression sur celles qui n'en font pas assez pour rembourser.
principe n°5: Humanisme et Economie sont sur un (même) bateau...
Muhammad Yunus ne cesse de démontrer aux grands de ce monde et aux institutions monétaires que l'éradication de la misère est une question de volonté et que les préoccupations économiques et éthiques ne sont pas antagonistes.
D'ailleurs, la monnaie est un instrument du lien social : le système de dettes / créances n'est-il pas aussi un système de droits et de devoirs ?
Certes, les créanciers et les débiteurs n'ont pas les mêmes intérêts.
Et pourtant, le créancier a-t-il intérêt à asphyxier le débiteur ? Le débiteur a-t-il intérêt à ne pas rembourser le créancier ?
C'est ce qu'a démontré la Grameen Bank avec les plus pauvres..
« ce n'est pas l'argent qui sauve mais la confiance et la solidarité, la fraternité "
III / Un gars qui n'est pas parfait...
Evidemment qui peut l'être (à part moi ...) ? Plus sérieusement, le micro-crédit, s'il est une réponse adaptée aux problèmes de la pauvreté, n'en demeure pas moins l'objet de quelques critiques:
Que font les pauvres de leur prêt ?
Ils ne créent pas tous leur emploi...pour plusieurs raisons: certains préfèreraient avoir un emploi salarié (plus sûr), d'autres épargnent en l'absence de protection sociale.
D'autre part, il est évident que le prêt bancaire seul n'est pas suffisant: il faut aussi un accompagnement, une formation si on veut que le projet s'inscrive dans la durée. M. Yunus en est conscient et développe de plus en plus de services autour du micro-crédit.
Le capital financier et technique, c'est bien... le capital humain est aussi vital.
Quels peuvent être les effets pervers du micro-crédit ?
Si la micro-finance se développe, ne risque-t-elle pas de mettre au second plan les luttes politiques pour la reconnaissance des droits des plus démunis au profit d'une stratégie individuelle ?
Que devient alors la macrofinance ? La microfinance ne risque-t-elle pas d'effacer le rôle du FMI, de la banque mondiale ?
Il convient de connaître les limites de telles pratiques pour que justement on puisse appliquer convenablement ces actions. Le microcrédit est nécessaire à tout point de vue, mais ce n'est pas LA solution à la pauvreté. Il ne faut pas surestimer les effets positifs; mais c'est une bien belle idée qui marche...
Je trouve que cette année, c'est le prix Nobel de la paix et de l'économie qu'on aurait dû remettre à ce petit professeur d'économie !!
le site de la Grameen Bank ici
Un lien pour tout comprendre sur la micro-finance : Planetfinance
Un lien pour appliquer la microfinance chez nous: Adie
Voici un lien essentiel: il y a un extrait vidéo d'une conférence donnée à HEC en 2005 et vous avez un magistère en développement durable pour ceux et celles que cela intéresse.
Il ne faut jamais avoir peur de l'utopie
J'aime bien redire:
Quand on rêve seul, ce n'est encore qu'un rêve.
Quand on rêve à plusieurs, c'est déjà la réalité.
L'utopie partagée, c'est le ressort de l'Histoire
Don Elder Camara
je n'y connais rien aux banques... alors je suis un peu surprise de ce taux de remboursement à 97 %!...
bonne idée que mettre tes connaissances ici... c'est curieux comme le monde de l'économie m'apparait, tel un iceberg dont je ne vois que la pointe, lavendeuse, lacheteur bonjour monsieur aurevoir madame!
je plaisante je sais un peu que si l'on éternue à un coin de la planète, cela a des répercutions à l'autre bout!... mais bon...
je reviendrai sûrement te lire au désespoir de ta connaissance!!!
Justement, ce blog, je l'ai fait pour diffuser les apports des sciences économiques et sociales...qui ne sont pas limités:
- aux seuls experts et spécialistes
- aux seuls élèves qui ont choisi cette filière...
même si, cela va de soi, ils sont tous et toutes les bienvenu(e)s.
Ce blog n'est utile que si l'on s'en sert !
Il ne faut donc pas hésiter à intervenir, poser des questions, faire des critiques, apporter des témoignages pour "s'entre-apprendre"...
hello super article trés clair avec juste l'humour qu'il faut
un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ?
(lol) . C'était la "blagounette" de Clément (dixit lui-même himself).
Je vois que sur son blog il attend des propositions de sujets.
Sinon article très interessant...j'aime bien ce "petit professeur" comme vous le dites.....
- de l'auto critique: je suis nul, mes cours sont nuls, ma vie est nulle (remarque Floune, j'en connais une qui, elle aussi... enfin passons)
- de l'auto satisfaction: je suis un Dieu vivant, quel bel homme, ma vie est passionnante. Ceci dit, par rapport à des gens comme Muhammad Yunus, on doit vite être humble, non ?
Voilà, ici tu es tombée sur un brin de mégalomanie... la prochaine fois qui sait...
Sinon, j'espère que vos travaux avancent...
Sinon, couve toujours tes boutures, on ne sait jamais !
Effectivement, Muhammad Yunus avait quelques compétences reconnues (brillant professeur d'économie), beaucoup d'humanité et de respect de l'autre.
Quel héros des temps modernes...
Bonjour,
Je me suis sentie légèrement "rejeter" dans la rubrique "c'est pour qui?"...très bon blog...
toujours interressant de decouvrir que certaines volontés individuelles peuvent faire avancer une société.
j'ai toujours su que les femmes sont nettement plus responsables que les hommes, vivement le retour des sociétés amazones!! ( sauf s' il est toujours obligatoire de se brûler le sein droit!!)
quoi qu'il en soit et trêve de plaisanterie, je m'en veux terriblement de ne pas avoir su que cet homme et ce qu'il a créée éxistaient avant d'apprendre qu'il avait reçu le prix nobel, et de lire différents articles à son sujet... dont celui là!
comme quoi il est important de ne pas toujours suivre la route éclairée médiatique et qu'il faut oser emprunter les voies plus sombres pour y découvrir des choses fort intéressantes!
bon...sur ce...à bientôt
estelle
bonjour!
j'etait au courant que c'etait ce professeur d'economie qui avait remporté ce prix nobelde la paix mais je dois avouer que aux informations ( que je regarde tous les jours biensure) ils ne disent que le stricte minimum et vous m'avez permis de mieux comprend comment il a réussit a créer cette banque des pauvres son fonctionnement , ses limite...
je pense que ce professeur mérite vraiment ce prix car il a trouvé le moyen d'aider des populations dans une misere extrème mais surtout il s'est vraiment interré à la situation de ces Etre Humains chose qui est rare de nos jours car notre société est telle qu'elle cultive notre egoisme et ça fais vraiment plaisir de voir des gens comme lui.
je n'est qu'une chose à rajouter tres bon article , tres ineteressant et tres bien structuré.
Un prix attribué justement à quelqu'un qui le méritait vraiment et dont l'argent va bénéficier aux gens pauvres. j'ai hâte de voir le nouveau film qui porte le nom d'une ville d'Afrique qui m'achappe. En tout cas merci pour ce bel article. Amitiés. chris