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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 18:09

1039199559_large-image_67_the_campers_1954_lg.jpgAvec les élèves de Première ES, nous abordons le thème de la structure sociale en sociologie.


Ils étaient en demi-groupes, et, pour commencer, je leur proposais deux activités différentes (au choix).

 

 

 

 

 

 

 

 

 


- activité 1 : analyser 3 photographies en observant à la fois les aspects matériels (le cadre dans lequel se déroulait la scène) et les relations entre les personnes.

Je ne ferais pas le compte-rendu de cette activité dans ce billet.


- activité 2 :  prendre une feuille blanche et dessiner la société telle que vous vous la représentez.

 

Ils avaient un temps limité (10 minutes) et devaient présenter à l'oral le fruit de leur observation et de leur création.


L'objectif était double:


- exercer leur sens de l'observation empirique (sans outil d'analyse sociologique)

- mettre en avant leurs représentations.

 

 

Quels ont été les résultats ?

 

Je ne peux pas retracer la richesse des échanges...mais simplement vous donner un aperçu.

Les titres des dessins sont une manière de synthétiser ce que j'ai pu analyser.

 

 


dessin 1: la société "pyramide" (un classique, il y en a eu plusieurs)

 

pyramide romain

 

 

On distingue 5 couches avec leurs effectifs (élite: 5 % de la population, riches: 10 %, classes modestes: 60 %, personnes peu aisées: 20 %, personne vivant sous le seuil de pauvreté: 10 %), les ronds rouges indiquent la quantité de richesses.

 

 

C'est une représentation en termes d'inégalités fondées sur la richesse (mais de quel type  de richesse s'agit-il ?).

Les % montrent que la société est composée en grande majorité de personnes "modestes" (on peut le relier à la répartition des richesses mondiales: 80 % des richesses détenues par 20 % de la population).

 

Les appellations choisies sont révélatrices: toutes les catégories sont désignées par le terme de "personnes" ....sauf le groupe central qui s'intitule "classes modestes". Est-ce à dire que le sommet et la base de la pyramide ne constitue pas un groupe social, mais une addition d'individus ?

 

Le sommet de la pyramide accumule les richesses, on distingue clairement cette concentration (serait-ce en lien avec les "signes extérieurs de richesses" ?)

 

 

 

 

 

dessin 2: la société "boite"


 

société boite

 

 

Les étages supérieurs sont désignés par "riche", "cadre", "mondain", "commerçants, artisans" et les étages inférieurs par "pauvre", "chômeurs" "ouvriers" et "intermédiaire". Il y a aussi des personnages à l'intérieur de chaque boite qui se distinguent par leur âge (enfant, adultes, âgés)

 

 

L'idée de placer ces personnages dans des "boites" rejoint celle des statuts sociaux assignés et des procédés d'étiquetage (chacun dans son compartiment)


Les hiérarchies sont fondées sur 2 critères: l'âge et les rapports à l'emploi.

 

Une frontière très nette semble séparer les 2 étages, comme si les compartiments étaient étanches, signifiant ainsi l'absence de mobilité sociale.

 

D'ailleurs les "intermédiaires" sont classés à l'étage inférieur, renvoyant au concept de déclassement des couches moyennes.

Autre différence par rapport au premier dessin, les aspects quantitatifs: les "riches" sont aussi nombreux que les "pauvres", contrairement à l'idée de la pyramide.


 

 

Dessin 3: la société "individus + institutions"


 

société flottesociété école mairie

 

 

Ici, nous avons au recto, des individus "qui flottent" (un peu à l'image d'un tableau de Magritte) et au verso une mairie (en haut), un stade et une école (au milieu) et une usine (en bas)

 

C'est une représentation qui ne repose pas sur une hiérarchisation des individus qui semblent libérés de toutes les attaches sociales et économiques.

 

magritte-rene-golconde-3100609.jpg  René Magritte: " Golconde"


On insiste sur l'importance des institutions à travers 4 agents de socialisation qui sont positionnés dans un ordre précis: l'Etat (concept de "puissance publique" si particulier au modèle français), puis le sport, l'école et enfin l'emploi.

 

L'entreprise est représentée sous la forme d'une usine, alors que l'essentiel des emplois et des richesses est réalisé par le secteur tertiaire.

 

 

 

Dessin 4: La République incarnée


 

société diversité

 

Un personnage central, symbolisant le président de la République s'élève autour d'un anneau républicain (République Française) qui entoure des individus très différents (on peut distinguer des personnages colorés, avec des couvre-chefs marqués: un chapeau d'orgine asiatique, un autre lié à la religion juive...)

 

On retrouve là encore des marqueurs de la représentation du "modèle français": la République protectrice, l'importance personnifiée du pouvoir central (Bonapartisme, Gaullisme).

 

Autre point essentiel: les personnages sont alignés, il n'y a pas de représentation "hiérarchisée" de la structure sociale. Ce qui est mis en avant (au sens propre et figuré), c'est la diversité culturelle.

 

 

république Daumier

On peut aussi faire un lien, comme le préconise Xavier M dans son commentaire avec le Leviathan

 

leviathan

 


 

dessin 5: la diversité organique


société visage

 

Un visage central (représentant l'ensemble de la société) se compose de composantes diverses (les autres visages représentent de gauche à droite et de haut en bas: un instituteur, un jeune étudiant, un immigré, une personne "chic" et une personne "populaire")

 

 

On retrouve la même thématique que le dessin précédent: la société est pensée en termes de différences et non en termes d'inégalités.


Les classes populaires sont à gauche ( ^^) et les classes aisées sont à droite (^^), mais pas positionnées sur un axe vertical (bas / haut).


On retrouve des thématiques très importantes en sociologie: chaque composante est différente, mais forme un tout (concept de solidarité organique utilisée par Durkheim)

 

 

 

Dessin 6: la pyramide française

 

pyramide française

 

On a une synthèse de plusieurs thématiques déjà abordées: la hiérarchie (pyramide), 3 classes sociales (élevée, populaire, et à revenu faible : toujours pas d'appellation "couches moyennes" si chères à Mendras. Cette hiérarchie est fondée sur la richesse matérielle. Ce qui entoure cette pyramide (pour éviter qu'elle ne s'affaisse ?), c'est la France (à noter qu'en haut du dessin - non visible ici- la devise républicaine était écrite en bleu, blanc rouge)

Il y a tout de même de nouvelles thématiques qui apparaissent: les richesses ne sont pas toutes économiques (les notions de "besoin", "peu d'étude" "solidarité" surtout en bas du dessin ^^), des liens sociaux sont mis en avant à travers les mécanismes de la redistribution ("Allocations"...)

 

 

On retrouve des thèmes assez proches sur cette gravure de George Cruikshank: 'The British Bee Hive: A Penny Political Picture for the People', 1840 / 1867. Victoria and Albert Museum

 

George Cruikshank web

 

En 10 minutes, nous avons pu récolter beaucoup de "visions" différentes de la société. Il va donc falloir que je m'appuie sur quelques unes de des représentations pour tenter de les faire évoluer, j'ai déjà un matériau très riche...


 

Evidemment, je vous renvoie à l'article de SOS...SES qui est à l'origine de cette activité: "S'il te plaît ....dessine moi la société"

 

On peut également voir d'autres dessins sur le même thème réalisés par des élèves de Première ES et commentés par un collègue Thierry Rogel voir son article "dessine moi la société" 

 

  Je viens de trouver ces liens très intéressants sur le même sujet :

 

- une exposition sur les représentations de l'ordre social  de 1506 à 2009 !

- un artiste contemporain qui s'est lui aussi penché sur le sujet

 

 

Je reprends le Blog.... et en avant c'est parti ^^

 

Mon coup de coeur total: ce très beau lien vers l'exposition Monet

 

N'hésitez pas à commenter !

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 07:27
Le sommet de Copenhague arrive bientôt.
On va sans doute reparler écologie dans les jours qui viennent.
Le CEPREMAP a mis en ligne un rapport sur la taxe carbonel de K. Schubert
dont j'ai extrait les graphiques suivants.:





Dans la plupart des pays qui ont mis en place la taxe carbone, l’intensité en CO2 du PIB a diminué de 25 à 35 %
à l’exception de la Norvège (exploitation accrue du pétrole de la mer du Nord).
Au Danemark, en Allemagne et surtout au Royaume-Uni la baisse des émissions de CO2 par tête est largement due à l’exploitation des possibilités de substitution du gaz naturel et des énergies renouvelables au charbon. L’Allemagne a réalisé de fortes réductions d'émission de CO2 par tête en raison de la fermeture d’unités de production particulièrement polluantes en Allemagne de l’Est.
La position de la France est médiocre.

Autres graphiques pour les ménages français


On mesure ici le degré de sensibilité de la consommation des ménages français à la variation des prix de l'énergie.
Ainsi, une hausse de 1 % du prix des carburants fait baisser la consommation de 0.19 % à court terme et de 0.4 % à long terme.

L'élasticité est ici  normale car elle est négative : lorsque les prix augmentent, la consommation baisse. Mais elle est faible à court terme, surtout pour le chauffage (la variation des prix n'entraîne pas une baisse très forte de la consommation). Par conséquent, les ménages pourront difficilement changer leur mode de chauffage si les prix de l'énergie augmentent, c'est moins évident pour les carburants à long terme.



Clé de lecture: dans les communes rurales, l'énergie (logement + transport) représente une dépense équivalent à 10 % du budget des ménages en France en 2007, contre 3 % pour les ménages parisiens.

La taxe carbone aurait donc un impact très inégal selon le lieu de résidence. L'objectif de cette taxe serait de faire changer les comportements. Pour cela, il faudrait qu'il existe des alternatives en matière de transport et de chauffage. On pense à la voiture électrique, aux nouveaux appareils de chauffage.
Mais sont-ils au point techniquement ? Leur prix est-il incitatif ?

On le voit, l'enjeu est de modifier les comportements des acteurs économiques. Les débats portent sur les moyens d'y parvenir...

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 08:37
En ce moment, je n'arrête pas de jardiner.
Vous le savez, si vous êtes fidèle lecteur de SOS...SES, c'est l'une de mes passions (en pur amateur évidemment).

Pour ce faire, je me suis équipé (achat d'outils, d'arbustes, livres, revues...). Le budget est conséquent lorsqu'on part de rien (ce qui était mon cas puisque j'ai toujours habité en ville).
Avec environ 1000 m2, j'ai de quoi m'occuper: supprimer les vieilles haies de thuyas (beurk), créer un petit potager, tondre, faire des boutures, tailler...En ce moment, cela n'arrête pas (d'autant plus qu'il fait beau).

Claude Monet Jardin de Vétheuil


Pourquoi je vous raconte tout cela ?
Ben...c'est le sujet de cet article: il a été inspiré par ma propre expérience. Mais, comme ce n'est pas un blog de jardinier, j'ai évidemment choisi de vous traiter à la façon des Sciences Economiques et Sociales  de cette activité.

Alors, on se met au vert ?

A Auxerre (situé dans l'Yonne, département rural ^^), deux grandes entreprises de jardinerie sont présentes: Botanic et Serres de bon pain.
En m'y rendant fréquemment depuis plusieurs années, j'ai remarqué deux grandes tendances:
=> la mise en avant de nouvelles pratiques de jardinage (liées au développement durable)
=> l'importance grandissante de tout ce qui est décoration (meubles, accessoires...).

Ces tendances locales sont-elles des stratégies de croissance économique plus globales ?

Comment expliquer ces changements relativement récents (ils ont moins de 10 ans) ?

Ce secteur économique est en train de vivre, comme on peut s'en douter, de profondes mutations liées aux transformations économiques et sociales.

  Dans ce premier article, je vais essayer de synthètiser les évolutions du côté de la demande.

-1-  des contraintes particulières du côté des consommateurs:

Le marché de la jardinerie est saturé (les ventes ne progressent plus de façon dynamique).
On peut avancer plusieurs raisons.

La demande est très liée aux conditions climatiques (or les deux dernières saisons 2007 et 2008 n'ont pas été marquées par une météo favorable). 50 % du chiffre d'affaires des jardinerie est ainsi réalisé au printemps et à l'automne.

De plus, avec la crise, les dépenses de loisirs (donc de jardinerie) vont être les premières à faire les frais de l'évolution ralentie du pouvoir d'achat. On se doute que l'élasticité de la demande par rapport aux prix doit être conséquente.

D'autant plus que les prix ont progressé. Voir ici pour l'indice des prix des fleurs,  graines



- Mais il y a des opportunités à saisir.

Du côté de l'évolution de l'habitat, 89% des foyers disposent d’un espace de jardinage lié à leur habitat principal : 61% ont un jardin, 43% ont une terrasse, 30% un balcon, 49% un rebord de fenêtre fleurissable, 77% des jardins ont une pelouse et 38% un coin potager (source: promojardin étude 2007).

Avoir un jardin est ainsi un critère important dans l'appréciation de la qualité d'un logement.



De plus, la taille médiane des jardins a augmenté: de 1949 à 1974, la superficie médiane des jardins pour les maisons individuelles était de 510 m2, après 1999, elle passe à 720 m2 (source INSEE).

J'ai trouvé sur le site de l'INRA des tableaux intéressantx (même s'ils datent de 1995^^).

 


On s'aperçoit que le milieu social exerce une influence certaine.

Les cadres sont ceux qui passent le moins de temps mais ils ont le plus grand jardin et y dépensent le plus ^^.

Le passage à l'âge de la retraite induit une augmentation du temps consacré à cette activité (et même du budget sauf pour les ouvriers).


Essayons d'être un peu plus précis pour comprendre le sens que l'on peut donner au jardinage.

Si l'on remonte un peu dans le temps, la pratique du jardinage est liée à l'économie de subsistance des classes populaires au XIXeme siècle.

Ce loisir "productif" avait une double fonction:

     - permettre aux ménages ouvriers de produire eux-mêmes leurs biens    alimentaires,

     - occuper les ouvriers (c'était un loisir essentiellement masculin) afin qu'ils ne soient pas oisifs (le sport avait cette méme utilité).
C'est pourquoi une certaine partie de la bourgeoisie a encouragé les classes laborieuses à pratiquer le jardinage.


Qu'en est-il aujourd'hui ?

Premier élément de réponse:



Même si le document date un peu (1995), ce qui peut nourrir quelques réserves, on s'aperçoit qu'avoir un jardin potager est loin d'être une pratique "populaire": plus le niveau de revenu augmente (jusqu'à 200 000 francs annuels de 1995), plus le pourcentage de ménage ayant un potager augmente.

Deuxieme élément de réponse

On remarque que chez ceux qui ont un jardin potager, plus leur revenu s'élève, et plus la place occupée par leur potager dans leur jardin diminue (au profit du jardin d'ornement). Chez moi, le potager n'occupe que 5 % de la surface du jardin ^^.


La thèse de Pierre Bourdieu dans son ouvrage célèbre "La Distinction" semble être confirmée: les classes populaires développent un habitus lié à l'éthique de la nécessité (pour simplifier, on peut dire que pour elles, le jardin, comme le bricolage, l'art, le sport ont une fonction "utile": se nourrir, acquérir des meubles, représenter la nature ou entretenir son corps), alors que les classes favorisées développent un habitus lié à l'esthétique, au formalisme (ces loisirs sont valorisés non pour leur "utilité matérielle", mais comme une forme d'épanouissement personnel).


Sauf que depuis plusieurs années, la tendance est à mêler l'utile à l'agréable: on plante des fleurs d'ornement dans le potager qui devient lui-aussi un élément décoratif.
De plus, on assiste à une certaine uniformisation esthétique des jardins Toutes ces évolutions ne peuvent que renvoyer aux mutations sociologiques liées à l'individuation dont j'ai déjà parlé. Il n'empêche, on ne donne pas le même sens au jardinage selon les milieux sociaux.


Enfin, du côté des demandes des consommateurs, une large majorité estime que le bio est une voie d'avenir,et est prête à privilégier l'achat de produits plus respectueux de l'environnement.

La réduction du temps de travail
est également un autre facteur de dynamisme de la demande dans ce secteur.

Alors, pourquoi depuis le début des années 2000,
le marché n'a-t-il pas été plus dynamique malgré ces opportunités ?

La suite dans le prochain billet...

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 15:21
De plus en plus de personnes utilisent les diaporamas comme point d'appui à leurs interventions.


Or, cet outil possède -comme tous les autres- des caractéristiques qui lui sont propres.


Il permet un réel apport si on prend en compte un certain nombre de contraintes (dont beaucoup sont liées à la communication).



Cramming de Norman Rockwell


J'ai déniché un diaporama qui permet justement -avec humour- de délivrer quelques conseils fort utiles. Je pense notamment à tous les élèves de première qui ont décidé de choisir cet outil pour leur Travaux Personnels Encadrés.
Qu'ils consultent ce diaporama (sur grand écran) et que leur imagination, rigueur et maîtrise du sujet soient avec eux !


Et ce gars là, moi je trouve qu'il présente bien ^^



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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 07:07
Je viens d'apprendre l'élection de Barack Obama comme 44eme président des Etats-Unis d'Amérique.

Quelques réflexions personnelles "à chaud" sur cette élection:

- la légitimité du nouveau président est forte.
La campagne a été longue, des thèmes majeurs ont été abordés, des choix ont été proposés . De plus, la participation politique semble avoir été très importante, la victoire est nette et immédiatement reconnue par tous.


- La légitimité de Barack Obama me parait reposer sur deux types idéaux pour reprendre la typologie de Max Weber: la légitimité charismatique et légale-rationnelle.
Barack a un charisme évident (par son histoire personnelle, par sa personnalité, son élocution...). C'était un quasi-inconnu en 2004 et il a su conquérir les électeurs américains au-delà de son propre camp.
Voici, par exemple, un de ses discours clés à Philadelphie.



Ce charisme a savamment été mis en scène par des relais médiatiques efficaces (des clips promotionnels financés grâce à des budgets de campagne très élevés, nombreux clips musicaux d'artistes soutenant Obama qui a su également très bien utilisé le web avec son site, son réseau Facebook).


L'autre fondement sur lequel peut reposer la légitimité de Barack Obama et expliquer ainsi sa large victoire est lié au troisième type idéal de Max Weber: la légitimité légale-rationnelle.

Obama a su faire accepter (malgré son inexpérience) ses compétences dans deux domaines clés: il a désapprouvé l'intervention en Irak (contrairement à Hillary Clinton) et il a rendu responsable l'administration Bush de la crise économique et de la très forte montée des inégalités (l'avance d'Obama dans les sondages s'est creusée au moment de l'aggravation de la crise financière).

J'avais tenté une analyse de son programme économique au moment de sa primaire avec Hillary Clinton (voir ici)


John Mac Cain a mené une campagne dont la légitimité reposait davantage sur la tradition: héros du Vietnam, homme d'expérience, indépendant.
Mais son charisme personnel a été plombé par la conjoncture ( il n'aime pas l'économie, mais la crise économique a relégué son leitmotiv sur la guerre en irak au second plan) et par sa co-listière Sarah Palin (qui a multiplié les gaffes durant les derniers mois).





- j'ai été stupéfait de voir de quelle façon se sont déroulées les élections. Je voudrais juste signaler quelques différences avec notre élection présidentielle:

 a / Nous votons dimanche, pour marquer le caractère solennel du vote. Les américains votent un jour de la semaine.
Pourquoi ?
Les explications avancent qu'au moment de la naissance des Etats-Unis, le mois de novembre était, sur le plan des travaux agricoles, une période sans grande activité, les déplacements étaient possibles avant l'arrivée de l'hiver. Le mardi permettait d'éviter aux électeurs de se priver de leur dimanche, jour du seigneur.


 b / Nous votons dans des lieux "symboliques" de la république: mairie, école. L'isoloir est la norme.
Aux Etats-Unis, il faut rappeler qu'il s'agit d'un Etat Fédéral, chaque Etat peut donc choisir les modalités du vote (par exemple, les machines électroniques peuvent être utilisées dans tel Etat et pas dans un autre).

D'autre part, certains lieux utilisés seraient invalidés en France: dans cet article de 20 mn (voir ici), on apprend que quelques bureaux de vote sont installés dans des Eglises, chez des particuliers ou même dans un Mc Do !
Il s'agit en grande partie d'éviter les très longues files d'attente (certains électeurs ont patienté debout durant plusieurs heures avant d'aller voter !)


 c / Nous votons pour un seul sujet à la fois, pas les américains. J'ai trouvé un bulletion de vote du Colorado (voir ici). Impressionant, non ?





Alors, comme jingle, pour rendre hommage à Barack Obama, je vous donne sa play-list sur son i-pod (source: ici)



Il a bon goût, non ? ^^

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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 06:32
"Tout argent n'est qu'une assignation sur la société" Georg Simmel

« L'affirmation selon laquelle tout argent est à proprement parler du crédit, puisque sa valeur repose sur la confiance qu'à la partie prenante de recevoir contre cet instrument d'échange une certaine quantité de

marchandises, n'est pas encore totalement éclairante. En effet, l'économie monétaire n'est pas la seule à reposer sur une telle croyance, mais c'est le cas de toute économie, quelle qu'elle soit. Si l'agriculteur ne croyait pas que son champ va porter des fruits cette année comme les années précédentes, il ne sèmerait pas [...] Cette sorte de foi n'est rien d'autre qu'un savoir inductif atténué. Mais, dans le cas du crédit, de la confiance en quelqu'un, vient encore s'ajouter un moment autre, difficile à décrire, qui s'incarne de la façon la plus pure dans la foi religieuse.

Selon une excellente tournure, pleine de profondeur, « on croit en quelqu'un » - sans ajouter ou même sans penser clairement ce que l'on croit en vérité à son sujet... le moi s'abandonne en toute sécurité, sans résistance, à cette représentation se développant à partir de raisons invocables, qui cependant ne la constituent pas »



Simmel va montrer que la monétarisation va créer de l'individualisation. En effet, dans les sociétés traditionnelles, l'individu était fortement dépendant de ses relations avec les autres (rôle fondamental de la famille, du clan, du village...). Les sociétés modernes, avec l'économie monétaire ont permis à l'individu de se libérer de la tutelle exercée par les institutions traditionnelles.


J'ai trouvé une série de vidéos sur l'argent de Paul Grignon (artiste et vidéaste canadien)





qui fabrique l argent ? _l'argent dette( Paul Grignon)_2/4
par tchelsoo



A part cela ? Une bonne nouvelle...
C'est Paul Krugman qui a eu le prix Nobel d'économie.


dernière minute: cette vidéo, qui fait l'objet d'un véritable buzz sur le web, suscite une polémique qui a été mise en avant par le site rue89 (voir ici).

J'avais uniquement regardé les deux premiers épisodes qui me paraissaient corrects (avec quelques approximations). Mais effectivement, la fin est beaucoup plus tendancieuse avec des liens plus que douteux (thèse du complot).
Je me suis donc un peu trop précipité, faisant confiance ^^ au web (j'ai cherché à en savoir plus sur l'auteur sur Google, je n'ai rien à trouvé à redire... et voilà !) . Une bonne leçon à méditer !



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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 13:04

J'ai pris du retard dans la publication des billets en raison d'une charge de travail importante. Hé oui, je ne peux pas être au four et au moulin.







C'est le week end, donc je termine le billet sur des éléments d'explication de cette crise financière.

 

 

Je vais essayer d'être clair et d'utiliser différents apports (liés à l'économie, la sociologie et les jeux ^^). C'est pas gagné !


Je vais m'appuyer sur un article de P.N. Giraud paru dans le Monde (voir ici) pour tenter d'expliquer certains aspects.


En première, on a vu les différents circuits de financement de l'économie.


- le financement intermédié: des intermédiaires financiers (les banques par exemple) s'interposent entre les acteurs qui ont des besoins de financement (les "financés") et ceux qui ont des capacités de financement (les "financeurs").


Dès lors, les marchés de capitaux (la finance directe) étaient peu développés (jusqu'au aux années 1970, la bourse drainait peu l'épargne au profit des entreprises.


Les autorités monétaires (la Banque de France) jouaient alors un rôle directif dans la distribution de crédits. Elles fixaient aux banques commerciales des normes de progression des encours de crédits (on dit alors que le crédit est « encadré »). De plus, l’action sur la masse monétaire permettait à la Banque de France de contrôler la liquidité des banques (donc leur refinancement).


Ce système comportait deux inconvénients: il était source d'inflation (dans les années 1970 notamment) et beaucoup trop rigide (peu de produits financiers qui ne correspondent plus aux besoins de l'économie).


Pour P.N.Giraud, ce système financier "était une oligarchie. Un club très fermé de banquiers, industriels, hauts fonctionnaires et hommes politiques décidait seul des affaires monétaires et financières".




- le financement direct: à partir des années 1980, les financés et les financeurs se passent des intermédiaires et vont se rencontrer directement sur les marchés de capitaux.


Dans ce cas, les investissements sont financés par de l'épargne (celle des financeurs) et non par création monétaire.


Le rôle de l'Etat y est moindre, mais ce rôle n'est pas négligeable (en particulier pour fixer les "règles de bonne conduite" entre les acteurs économiques, alors qu'auparavant, les pouvoirs publics avaient la tutelle sur les institutions financières).


Pour P.N. Giraud, ce système a trois avantages:


- l’absence de tensions inflationnistes.


- une concurrence entre les banques qui deviennent les partenaires des agents non financiers sur les différents marchés où ils interviennent par l’acquisition et la cession de titres


- un développement suffisant des marchés de capitaux.


J'ai pu analyser par exemple dans ce billet sur les marchés à terme les possibilités d'un certain nombre d'innovations financières.


Autrement dit, on retrouve un peu ce qu'on peut attendre d'un marché concurrentiel: des richesses abondantes (multiplication des titres financiers utiles pour financer la croissance), avec un bon rapport qualité / prix ( nombreuses innovations financières qui présentent tous les couples possibles  de rendement /risque: peu risqué=> peu de rendement à très risqué => rendement élevé).


Alors, tout va bien dans le meilleur des mondes ?



Il y a un problème majeur: il concerne l'information disponible.


Pour qu'un marché fonctionne, il faut que les acteurs disposent de la meilleure information possible (la plus complète possible, rapide et sans coût)


Or, sur les titres financiers, l'information est à la fois incomplète et asymétrique.


- incomplète: un titre financier n'est rien d'autre qu'une promesse de revenus futurs.


L'incertitude est donc par nature angoissante. Si je cherche à anticiper ce que pourront être mes revenus futurs liés à l'achat d'un titre financier, je ne trouverais comme information que la perception (optimiste ou pessimiste) que se font les autres investisseurs.


Conséquences mécaniques:


a) cette incertitude entraîne des comportements mimétiques (si tout les acteurs pensent que les prix de l'immobilier vont augmenter parce qu'ils ont déjà augmenté, ils achètent, ce qui fait monter les prix et attirent même d'autres acteurs qui vont à leur tour acheté parce que les prix ont augmenté...). En résumé, "j'achète ce titre parce que j'en ai vu d'autres l'acheter".


Comme j'aime bien les jeux, je ne trouve pas de meilleur exemple que le jeu télévisé "une famille en or". Le but du jeu est de répondre à des questions (souvent futiles) et de trouver la réponse que l'opinion publique va donner. Je prends un exemple:

Question: "qu'offre un homme à sa femme le jour de son anniversaire" ?

Vous devez donc le plus rapidement possible donner la réponse qu'une majorité de français a donnée, donc de développer un comportement mimétique. Alors qu'au fond, ce qui compte, c'est ce qui ferait plaisir à votre femme (qui est particulière sinon vous ne seriez pas avec elle ^^)


b) ce mimétisme conduit à des retournements imprévisibles, à des réajustements cycliques.


Les comportements mimétiques participent à la création de bulles (financières, immobilières...), ces bulles éclatent à la suite d'évènements qui montrent aux acteurs que les prix sont devenus absurdes. Ils vendent alors le plus vite possible de peur que les prix ne baissent, ce qui accentue la crise.


 

 



- d'autre part, l'information est asymétrique: les acteurs sur les marchés ne sont pas dans la même position face à l'information.


D'un côté les petits épargnants (qui n'ont pas les moyens de chercher et d'analyser toutes les informations), et de l'autre les grands investisseurs.


Il est très difficile d'y remédier: c'est pour cela que PN Giraud écrit que ce système est "forcément inéquitable".  Il propose alors de renforcer les moyens d'assurance des plus vulnérables aux aléas économiques provoqués par la volatilité financière.


Je trouve personnellement que cette grille d'analyse est assez fructueuse:

on est passé d'un système financier contrôlé par quelques uns (la fameuse oligarchie dont parlait PN Giraud au début de son article), à un système dans lequel beaucoup d'acteurs sont entrés, y compris des individus qui auparavant n'avaient pas accès à ces marchés (pour aller vite, les "petits": épargnants, PME...).

Ce qui a permis de financer un certain nombre d'activités économiques.


Jean Paul Fitoussi pose le problème de la façon suivante: comment faire rentrer la démocratie (qui suppose dans notre cas l'égalité devant l'information) dans le marché (dont on voit que certains ont beaucoup plus de ressources que d'autres).

Certes, la question des règles du jeu est essentielle, mais qui peut soutenir que la banque et la finance n'étaient pas une activité réglementée ? Voir par exemple ici, les accords de Bâle


Ce n'est pas tant le manque de règles qui est en question, que celle de leur application et contrôle.


Je voudrais, à ce stade, faire appel à un peu de sociologie économique pour mieux faire comprendre ces mécanismes à l'oeuvre (et notamment M. Abolafia, Makin markets, opportunism and Restraint on Wall Street, Harvard UP, 1996 cité dans "la sociologie économique" de Philippe Steiner Repères La Découverte)


Prenons un courtier face à un client qui lui demande de placer son épargne.

Le premier dispose d'informations rendant très profitable un comportement opportuniste: par exemple, s'il sait que son client veut acquérir une quantité importante d'un titre, le courtier peut en acheter à l'avance sur les marchés dérivés (c'est lui l'intermédiaire qui doit passer l'ordre sur les marchés) et le lui revendre plus cher à la suite de la hausse des cours qu'entraîne l'augmentation de la demande de ce titre).


De même, M.Abofalia montre que les courtiers ne peuvent pas, eux non plus, connaître toutes les informations sur les marchés. Ils ont eux aussi, une rationalité limitée et sont exposés aux risques.


Conséquence : ils vont réduire le nombre de personnes avec lesquelles ils réalisent des transactions (ils fonctionnent en micro-réseaux restrictifs avec un degré de cohésion très élevé).

On peut donc s'attendre à ce que cela renforce le mimétisme et augmente la volatilité des prix !


                                La nef des fous de Jérôme Bosch



On le voit les comportements des uns et des autres peuvent créer un certain nombre d'effets négatifs. Peut-on éviter cela ?


Pour simplifier, deux moyens de contrôle existent:


- un contrôle "horizontal": dans les marchés où les échanges se font entre professionnels, ce sont les effets de réputation négatifs qui ajustent les comportements.

Si vous êtes lecteur de SOS...SES..., vous vous rappellez le billet sur le fonctionnement de Ebay dans lequel chaque participant évalue l'autre et construit une réputation. Mais on a vu les limites d'une telle auto-régulation.


- un contrôle "vertical": des intervenants extérieurs sont chargés de réguler le marché de définir les positions (spéculatives) autorisées.


Ces intervenants sont divers: la direction de la banque (cf l'affaire J.Kerviel), les agences de notation ou les cabinets d'audits qui évaluent les titres et les actifs des sociétés (cf affaire Enron et subprimes) et enfin les autorités monétaires qui interviennent lorsque des spéculations très négatives mettent en danger le marché.


Ces mécanismes de régulation fonctionnent beaucoup par "tâtonnements": il n'y a pas une règle formelle qui précise que c'est à ce moment là qu'il faut intervenir (on l'a bien vu avec le fait que l'administration Bush qui laisse tomber la banque Lehman Brothers).


En ce qui concerne cette question de la régulation par règlementation, on peut lire cet excellent billet de Denis Colombi qui s'appuie sur la sociologie des organisations de Michel Crozier (voir ici)


Dès lors, après cette crise grave, on va inévitablement voir :

- les contrôles formels et informels se multiplier, donc les comportements "opportunistes" vont décroitre...

- jusqu'à ce que les contrôles baissent, ce qui provoquera de nouveaux comportements "risqués" etc....


On peut donc rejoindre PN Giraud lorsqu'il écrit que ces crises sont inévitables.

Il apporte une autre argumentation que la mienne:

Si on veut que les banques ne spéculent plus sur les marchés de capitaux, il faut donc qu'elles se financent uniquement auprès de la Banque Centrale (comme c'est le prêteur en dernier ressort, le risque de crise de liquidités est quasi-nul).

Problème, dans l'activité économique, chaque jour, des acteurs vont faire des "paris sur l'avenir": ce sont des investissements.

Comment les financer ?

On a vu que la finance intermédiée n'y suffisait pas (voir début de l'article sur le système financier avant les années 80), il faudrait donc que tous les risques soient absorbés par la bourse et les marchés dérivés.


Qui peut croire que si on fait un partage du type: banque de dêpots : sécurité totale / bourse et marchés dérivés: risque total , les dérives de l'un n'auraient pas de conséquence sur le fonctionnement de l'autre ?


On voit donc que les crises font parties du système (mais cela, on le savait depuis Marx , non ^^ ?).


Pour PN Giraud, l'enjeu est de savoir comment gérer les risques.

J'avais, il y a déjà quelques temps, montré que cette question est centrale en économie, particulièrement pour la croissance (voir ici)


Dans cette crise, ce sont  les procédures utilisées par les marchés qui n'ont pas fonctionnées : "L'idée de répartir largement le risque de crédit par la titirisation était excellente en théorie. La difficulté, c'est que l'opération des crédits subprimes s'est accompagnée de transferts de risques calamiteux sur des marchés où ils étaient très mal évalués, provoquant des pertes inéquitables. "


Il reprend la métaphore du "mistigri": comment gérer ces (fausses) promesses de revenus futurs ?

- pour le moment, c'est le krach qui va détruire brutalement ce mistigri.

- on laisse l'inflation augmenter: "Une accélération de l'inflation serait une solution, certes dangereuse, parce que susceptible de s'emballer, tout aussi aveugle et inéquitable que les crises de marché, mais beaucoup plus répartie, rampante, et donc indolore. En un mot, une solution politiquement tentante"

Le triomphe de la mort de Pierre Brueghel, fortement inspiré de Jérôme Bosch, exprime le pessimisme de l'artiste, la cruauté du temps aussi. La révolte contre les Espagnols gronde dans nos régions. Les arrestations, les exécutions sont fréquentes. La méfiance règne.


Par contagion ^^:

tout ce que vous voulez savoir sur la crise financière a été "compilé" par Claude Bordes (un collègue) dans son excellente revue de presse : voir ici, fondamentalement incontournable !


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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 09:36
Décidément, après le choc de la modernisation (voir article), puis celui de la culture (voir article), on continue la série avec le choc de la crise financière.

Partout je suis assailli de questions sur cette crise (ce qui est bien normal)...

Mais cela n'est pas sans me pose des problèmes existentiels:





- soit je réponds en me fondant sur des concepts / mécanismes économiques qui nécessitent tout de même un certain laps de temps pour les comprendre / acquérir.

Je risque de lasser rapidement tout le monde et de ne pas répondre à cette demande (c'est en général la situation de l'interviewé qui est sommé par le journaliste de donner une "réponse concrète et courte", tout un art ^^).

- soit je réponds en me fondant sur des critères moraux, éthiques qui m'inclinent très rapidement vers la pente savoureusement glissante des débats à n'en plus finir du type: "est-ce la fin du capitalisme ?" "faut-il revenir à un capitalisme d'entrepreneur et encadrer le capitalisme financier ?" "les économistes ont-ils vu venir cette crise ?" "Dois-je retirer mes économies ?" etc...

Alors ? Que faire ? Cruel dilemme !

J'ai cherché sur le web... et j'ai trouvé des documents très différents qui permettent d'approcher ce que la science économique peut nous apporter pour décrypter les enjeux en cours.



Vous pouvez regarder un diaporama à la fin de ce billet qui tente d'expliquer ce qui est en train de se dérouler (source: voir l'excellent site de mes très estimés confrères Jay ses sur lequel se situe le document dont l'origine vient du CERAM voir ici)
.

Je voudrais d'abord l'enrichir de quelques remarques pour mieux faire comprendre quelques aspects qui pourraient vous paraître trop "techniques":

- le mécanisme des hypothèques: un ménage emprunte pour acheter un logement. Ce bien va lui servir de garantie de l'emprunt.
Autrement dit, le logement coûte 100, le ménage peut emprunter 100. Mais si on estime que le prix de l'immobilier va augmenter ), on estimera que ce logement aura une valeur de 150, par conséquent  le ménage pourra emprunter 50 de plus pour acheter d'autres richesses.

Cela permet de financer cette acquisition pour des ménages qui n'ont pas tous les moyens de suivre "l'american way of life".
Ils consomment à crédit, et dans ce cas, c'est la promesse de la valeur future de leur logement qui a servi de garantie aux crédits).




Problème: si cette promesse ne se réalise pas (baisse des prix de l'immobilier), le ménage ne peut plus honorer ses dettes (par exemple, il a emprunté pour 150 alors que la valeur réelle du bien immobilier n'est plus que de 80). Il doit donc céder son bien aux banques, ces ménages se retrouvent sans toit (voir les photos ici).


Mais l'histoire n'est pas terminée.




- La propagation de la crise:

Les banques vont être confrontées à  deux  problèmes:
   - d'abord, elles récupèrent des biens dont la valeur ne cesse de baisser...

  - ensuite, beaucoup de crédits ont été accordés par des courtiers spécialisés qui ne conservent pas les crédits mais les transfèrent à des banques d'affaires qui vont les transformer en titres financiers (c'est la titrisation) qui serviront de placements à d'autres banques.

Autrement dit, des investisseurs (banques, assurances...dans le monde entier) vont acheter à ces banques d'affaires des créances.
Ils y ont été incités par le fait que ces produits étaient regroupés avec d'autres dans un portefeuille (donc à priori moins risqués) et que les agences de notation chargées d'évaluer la qualité de ces placements (rendement / risque) et de leurs émetteurs ont accordé de très bonnes appréciations à ces titres.


Jusqu'au jour où les banques se sont rendues compte que ces titres ne pouvaient tenir les promesses qu'elles escomptaient.

Pour prendre une image, il suffit de se rappeller le jeu du mistigri.
Il fonctionne bien lorsque personne ne se doute que vous avez le mistigri (ou le pouilleux ^^).
A partir du moment où les autres joueurs savent que c'est vous qui avez cette carte, plus personne ne veut échanger avec vous !

Sauf que, dans le cas de la crise des subprimes, beaucoup de joueurs ont des "mistigris"  et que les investisseurs, pour acheter ces titres, avaient emprunté à court terme, ils ne peuvent donc plus trouver de liquidités pour se refinancer.
C'est le risque de la crise "de liquidités".
Dans cet extrait du long métrage "Mary Poppins", on a une illustration caricaturale d'une crise de liquidités: les clients vont paniquer suite à une rumeur....


Ainsi, un certain nombre d'établissements financiers peuvent faire des bénéfices et subir une crise de trésorerie.
Les acteurs qui ont des créances sur ces établissements ne veulent pas les renouveler. D'autre part, ces établissements doivent dans le même temps rembourser leurs créanciers, ils ont donc besoin de liquidités. Ils peuvent difficilement vendre une partie de leurs actifs puisque ceux-ci subissent une crise de confiance...



C'est pour cette raison que les banques centrales, prêteur en dernier ressort, ont dû alimenter d'urgence les marchés
en injectant des sommes très importantes.

Voici un schéma de l'agence AFP qui résume ces enchaînements



Je vous laisse regarder le diaporama qui met en en évidence :
- l'ampleur de la crise
- les conséquences sur l'économie réelle de la crise financière
(les schémas sont à cet égard particulièrement éclairants).

Il y a 89 diapositives, vous devez utiliser les commandes en haut à droite ^^



Le prochain billet sera consacré à un article d'un économiste français que j'ai beaucoup apprécié.

J'essayerais de le décrypter pour vous....

C'est aussi fait pour cela SOS...SES ! ^^




En ce moment, je me sens comme une banque...






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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 06:29

Nous abordons un sujet qui est lié au billet précédent (le choc de la modernisation), mais sous un autre angle (un peu plus humoristique).


Il s'agit en effet du "choc des cultures".






Que se passe-t-il lorsque des groupes sociaux ayant des cultures très différentes se rencontrent ?


Il nous faut d'abord définir ce qu'on entend par "culture".

Cette notion est très vaste, elle est employée dans le langage courant pour désigner la connaissance des grandes oeuvres de l'humanité .

On dira d'une personne qu'elle est "cultivée'" lorsqu'elle est capable d'utiliser des citations philosophiques, de citer les différentes aspects picturaux de l'oeuvre du peintre Picasso etc...) etc...

Dans ce cas, on parlera plutôt de "culture savante".


Les sciences sociales abordent la notion de culture de façon différente (passez votre souris sur le mot culture, vous verrez ^^)


- selon J.M. Herskovits (1895-1963), "le milieu dans lequel vivent les êtres humains est surtout une accumulation des activités des générations précédentes. Dans ce sens, la culture est un phénomène essentiellement humain"


-pour Tylor (1832-1917) est culturel « tout complexe englobant les connaissances, les croyances, l’art, la morale, les lois, les coutumes et les autres capacités acquises par l’homme en tant que membre de la société ».


- Le sociologue canadien Guy Rocher définit la culture comme étant constituée par les « manières de penser, de sentir et d’agir, plus ou moins formalisées qui étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’un manière subjective et symbolique, à constituer une collectivité particulière distincte ».


Que retenir de ces différentes définitions ?

- la culture s'incarne à la fois dans des productions matérielles (objets, ustensiles, outils....) et dans des productions symboliques (idées, façons d'agir, langage) à partir du moment où ces productions sont le résultat d'une intervention humaine (ce qui permet de différencier Nature et Culture).


- la culture a une dimension collective: elle ne concerne par un seul individu, elle est le résultat d'un héritage collectif et nécessite un partage, une communion avec d'autres individus.


- la culture va permettre à chaque individu qui l'a intériorisée de s'adapter à son environnement (en lui permettant de savoir quels sont les comportements attendus, les valeurs et normes qu'il doit respecter) et en même temps, ce "bagage culturel" va lui permettre de se différencier des autres.

 


Le film "les dieux sont tombés sur la tête" (passez votre curseur sur le titre juste pour voir ^^) nous montre deux cultures différentes: celle d'une petite tribu africaine "les Bochimans" et la culture occidentale.

Cet extrait (malheureusement un montage) sur dailymotion nous présente ce qui, pour le réalisateur, représente les traits caractéristiques de chacune de ces cultures.

 


Sans vouloir épuiser le sujet, deux caractéristiques sont mises en évidence par le réalisateur: les représentations du temps et les rapports sociaux.


1 / le temps:


Chez les occidentaux, l'individu se représente le temps comme linéaire (il y a un début...et une fin), très découpé (les jours et les heures qui passent  lui imposent de réaliser telle ou telle activité). Ce temps doit être utile (notion d'efficacité, de rationalisation...).


Chez les Bochimans, l'individu vit dans un temps circulaire (le rythme des saisons), peu découpé (les notions d'heures, de semaines n'existent pas) . C'est un temps plus lent, presque immobile.


2 / les rapports sociaux


Chez les occidentaux, on voit nettement deux traits mis en évidence: l'individualisme (la volonté de se distinguer des autres) et le sens de la hiérarchie fondé sur la richesse matérielle (avoir sa maison, sa voiture...).


Chez les Bochimans, le réalisateur est frappé par l'importance de la communauté (pas de propriété privée, peu de conflits, c'est un peu rousseauiste: le mythe du "bon sauvage")

 



Mais un jour, tout va changer: un simple objet matériel (donc culturel) va bouleverser la société des Bochimans: une bouteille de Coca-Cola va tomber "du ciel"... Que faire de cet objet ?




Voici les quinze premières minutes du film (en anglais)
, mais vous pouvez sans problème les visionner jusqu'au bout, elles sont savoureuses !




Dans un premier temps, la tribu va essayer d'utiliser cet objet en l'intégrant dans sa culture d'origine. Il lui faut trouver une raison d'être (cet objet est tombé du ciel, ce sont donc les Dieux qui nous l'envoient: sens donné pour justifier l'intrusion de l'objet) et une utilité (les mille et un usage de la bouteille sont étonnants: instruments de musique, outil destiné à des usages variés).
Ce mécanisme est très souvent mobilisé lorsque, face à une situation imprévue (par notre "héritage culturel") , nous sommes obligés de composer avec
(revoyez la vidéo avec les agriculteurs et l'intrusion de la modernité dans la culture rurale traditionnelle cf article précédent)


Par contre, les rapports sociaux vont s'en trouver profondément
modifiés: on introduit une certaine forme de propriété privée (chaque Bochiman veut avoir un usage privatif et exclusif de cette bouteille qui a la particularité de ne pas pouvoir être reproduite par la tribu, contrairement à d'autres biens matériels comme les outils par exemple).
Il en découle des disputes et un montée de la violence parce que cette façon d'agir (posséder et utiliser un tel objet) n'a pas été rendu compatible avec les règles sociales en vigueur dans cette société (ce n'est pas la propriété privée en soi qui génére de tels dérèglements sociaux).


Quelle issue à ce conflit ?
Avec l'accord de la tribu, le chef Bochiman va devoir quitter leur monde pour aller interroger les Dieux et leur demander de reprendre cet objet. Pour cette tribu, la terre est plate, il faut donc aller au bout de la terre et renvoyer cet objet aux Dieux.
Là encore, les individus vont utiliser leurs symboles culturels pour donner un fondement à leurs actes, et réunifier ainsi la communauté.

Alors évidemment, reste à savoir ce que va trouver le chef Bochiman... il faut donc visionner le film dans toute sa longueur !



Souvent, ce "conte" sert à poser des questions beaucoup plus profondes qu'il n'y parait. Voici par exemple ce qu'écrivait J.P. Warnier en 1999:

"Les sociétés de la tradition consacrent beaucoup de temps en activités cérémonielles et ritualisées, qui façonnent les sujets dans leurs habitudes mentales et motrices, les situent dans la parenté, le village, l’environnement de la faune et de la flore, des éléments et des être qui peuplent les arrières-mondes magiques et religieux. Ces activités ne sont pas productives, à savoir qu’elles ne produisent pas de biens matériels ayant de la valeur. Mais ce sont des activités productives d’une manière autrement essentielle : elles produisent des sujets humains. Elles construisent la société en produisant de la culture (…)


Les sociétés de tradition sont confrontées à un choix de civilisation : ou bien continuer à donner la priorité à la production des sujets socialisés au détriment de la modernisation, ou bien acquérir les biens matériels de la modernité au détriment de la priorité donnée au sujet.


Ce choix ne se pose pas de manière aussi abstraite et tranchée. On en saisit les termes de manière concrète : partout dans le monde, quiconque sait qu’un hôpital suffirait à sauver la vie de son enfant ou de son conjoint n’a pas une seconde d’hésitation. Mais, avec l’hôpital, il faut de l’électricité, des routes, des voitures, une chaîne du froid pour les sérums et vaccins, des moyens de communication, du personnel qualifié, bref une société industrielle.

Ce choix se complique car l’hôpital ne répondra pas à la question du sujet ou du lien social posé par la maladie et la menace de mort : d’où vient le malheur ? Pourquoi frappe-t-il mon enfant plutôt qu’un autre ? D’où ces itinéraires complexes qui, partout dans le monde, font la navette entre l’hôpital et le devin-guérisseur.

Le choix se complique encore lorsqu’il ne porte pas sur les soins de santé mais sur un bien comme la télévision. C’est un objet désirable. Le poste de TV permet de voir le monde, il est prestigieux, il donne du statut"


Source : J. P. Warnier La mondialisation de la culture, Repères La découverte 1999



Allez, je vous fais la bise...
Oui, mais c'est combien chez vous ? 1, 2 ,3, 4 ou 5 ? ^^


C'est un véritable "choc de  bises", mais c'est de la culture au sens sociologique...

et mon disque de la semaine, c'est de la "culture savante" ?






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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 12:54
J'ai trouvé un nouveau service intéressant. Il permet de visualiser -un peu à la manière des cartes mentales- des axes de recherche sur une notion ou un concept donné.

Pour essayer, j'ai écrit le sigle P.I.B. (Produit intérieur Brut) et voici un aperçu des résultats



On peut également voir cette vidéo (un peu rudimentaire, mais bon ^^)





On peut mesurer l'intérêt d'un tel service pour effectuer des recherches sur un sujet, par exemple en T.P.E. (travaux Personnels Encadrés), en éducation civique et en cours de Sciences Economiques et Sociales (par exemple pour chercher des pistes pour analyser un sujet de bac ^^)

lien vers le site,
tapez ici
C'est un service lié à l'encyclopédie Wikipédia.

La démarche me parait intéressante. A vous de voir !



Pour aller plus loin:

- Je ne cherche pas ...je trouve

- A la recherche d'un moteur web 3.0




Ce jingle me parait arriver à point nommé...


Découvrez Eric Zo!







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