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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 11:55

4076827760_9c9b0d5e6d.jpgJe suis toujours émerveillé lorsque je prépare des cours de voir en quoi les économistes / sociologues peuvent encore nous aider à comprendre le monde actuel (je sais, c'est une phrase un peu pompeuse, mais elle correspond pourtant à ce que je pense ^^)

 

 

 

 

Nous avons achevé l'analyse du capitalisme de J.A. Schumpeter (passez le curseur sur le nom ^^), et je cherchais des illustrations de ses principaux concepts.

En parcourant mes archives et le web, plusieurs informations concernant l'entreprise Apple m'ont parues très pertinentes pour revisiter cet auteur.

 

 

001_nblse.gif

 

 

 

I / un acteur clé de l'innovation: l'entrepreneur.

    Le cas Steve Jobs.

 

Pour  Schumpeter (1883-1950), le capitalisme ne se caractérise pas par un système fondé sur la recherche de l'équilibre entre l'offre et la demande (régulation par le marché). Bien au contraire, le capitalisme repose sur des changements incessants qui entraînent des déséquilibres permanents en raison des effets en chaîne des grappes d'innovations mises en oeuvre par les entrepreneurs.

En effet, l’entrepreneur est un être exceptionnel car ses qualités sont rares : il est celui qui va transformer radicalement les « routines ». A contre-courant, il doit surmonter les résistances au changement et prendre tous les risques.

il doit posséder « un leadership économique » dans ses « fonctions de chef » (théorie de l'évolution economique). Parmi ses qualités, Schumpeter évoque la volonté, l’énergie et l’intelligence. Mais également un "coup d'oeil" « ici tout dépend du ‘coup d'œil’, de la capacité de voir les choses d'une manière que l'expérience confirme ensuite, même si elle ne saisit pas l'essentiel et pas du tout l'accessoire, même et surtout si on ne peut se rendre compte des principes d'après lesquels on agit»   

"  Cette liberté d'esprit suppose une force qui dépasse de beaucoup les exigences de la vie quotidienne, elle est par nature quelque chose de spécifique et de rare »

 

Pourquoi entreprendre ? L'entrepreneur schumpétérien, « animé d'une volonté de vainqueur, crée sans répit, car il ne peut rien faire d'autre ». Il rêve de « fonder un royaume privé ». La satisfaction personnelle de créer une nouvelle combinaison est un leitmotiv très important. Ce qui l’anime se compare avec les sensations ressenties par des sportifs de haut niveau. Le profit ne constitue ici guère plus qu'un indice de réussite, ce n'est pas sa motivation première.

 

En quoi Steve Jobs peut-il être assimilé à l'entrepreneur schumpétérien ?

 

On peut consulter la biographie de Steve Jobs (passez le curseur sur le livre^^)

Steve Jobs Suits

Quelques illustrations tirées de Capital, hs novembre / décembre 2010:


"Quand il nous a montré une ébauche de l'ipod, beaucoup d'entre nous étaient sceptiques, se souvient un cadre. Mais ça le motivait de répondre à nos inquiétudes"  (...) Phlippe Bouissou résume le scénario: Steve nous dit: "Vous faites un iphone grand comme çà," Les ingénieurs répondent: "C'est impossible", Steve Jobs insiste: "J'en ai rien à foutre, faites-le quand même" (...)

 

" Le numéro 1 d'Apple n'est d'ailleurs pas le nabab que l'on imagine. Entendons-nous bien. Steve n'est pas pauvre comme Job. Mais sa fortune (...) ne le classe qu'au 136eme rang mondial (...) L'explication est simple: son conseil d'administration a beau le gaver de stock-options depuis son retour chez Apple en 1997, Jobs ne possède que 0.61 % de la société qu'il a confondée avec Steve Wosniak. "Ce qui m'intéresse, ce n'est pas d'être l'homme le plus riche du monde, mais d'aller au lit en me disant que j'ai fait quelque chose de merveilleux aujourd'hui" (entretien au Wall Street Journal).


"Steve Jobs prône la même épure pour le matériel. Quand ses concurrents empilent les fonctionnalités, Apple assume les impasses. L'iMac fut l'un des premiers ordinateurs sans lecteur de disquettes, l'iPhone ne permettait pas jusqu'en juin de faire tourner plusieurs applications en même temps (multitâches) et l'iPd n'a pas de port USB. A chaque fois, les passionnés d'informatique hurlent." (...)


Au milieu des années 1990, Apple est au plus mal. Plusieurs P-DG de succèdent sans parvenir à enrayer le déclin provoqué par la réussite insolente du couple Intel-Microsoft.  En 1997, le patron de l'époque, Gil Amelio, sachant l'entreprise au bord du dépôt de bilan, tente un ultime coup de poker : il rachète la société de Steve Jobs -elle-même dans une santé précaire -et rappelle le fils prodigue à son côté comme « conseiller spécial ». Celui-ci n'en fera qu'une bouchée et devient rapidement le nouveau « P-DG par intérim » d'Apple. Ce retour lui permet d'avoir les mains libres. Et son penchant autocratique peut alors s'exprimer sans trembler. Il sabre sans ménagement dans les projets scientifiques incertains. Surtout, il licencie lui-même les cadres qui lui déplaisent -quelques fois dans l'ascenseur du matin, au hasard d'une rencontre funeste pour son interlocuteur. Du coup, règne chez Apple une tension considérable « Les démocraties ne créent pas de produits vedettes, pour cela il faut un dictacteur compétent », dira un jour Jean-Louis Gassée, fondateur d'Apple France."

 

4515933912_0210f995fc.jpg

 

 

 

II / Apple: une entreprise innovante ?

 

Schumpeter distinguait plusieurs types d'innovations que l'on peut appliquer à Apple:


- innovations de produits:  iMac, iPod, iPhone, iPa...la liste est longuedes produits permettant de stocker les informations. N'oublions pas le Macintosh des débuts... et les nombreux échecs aussi ^^


-innovations de procédés: système d'exploitation Mac OS X et Lion, iTunes, icloud : ce sont de nouveaux procédés pour faire circuler les informations

 

-innovation de marchés: Apple n'a pas crée les marchés (les PC existaient avant, les smartphones et les tablettes aussi), mais il a su redynamiser ces marchés: création d'un ordinateur avec une forme et des couleurs plus "fun" l'iMac), intégration d'un écran tactile dans un smartphone (iPhone), baladeurs numériques miniatures à forte capacité de stockage (ipod), tablette tactile bénéficiant des avancées et du savoir-faire des produits de la marque.

 

- innovation d'organisation industrielle: l'alliance au début des années 1990 entre Apple et Intel (voir ici)


                                    les produits apple: matériels et logiciels

strategie apple


 

Toutes ces innovations, conformément à ce qu'avait écrit Schumpeter, ont permis à la firme d'acquérir un pouvoir sur le marché :

 

- des consommateurs captifs: il n'y a qu'à voir ici les files d'attentes lors de la sortie des nouveaux produits, les vidéos sur le web qui montrent le "déballage" des produits et évidemment les discussions sur les forums entre les "pro-apple" et les "anti-apple". Par conséquent, les prix ne correspondent plus vraiment à celui du marché. Fait étonnant: HP a bradé sa tablette Touchpad à 99 € (contre 479 € en prix de lancement) afin de vider ses stocks accumulés en raison d'un échec commercial. Les consommateurs se sont rués sur les derniers Touchpad (forte élasticité-prix de la demande) alors que les ventes d'iPad continuent de grimper (faible élasticité-prix pour Apple). La marge d'Apple est donc considérable (certains l'estiment entre 30 et 50 % cliquez ) Schumpeter caractérisait cette situation par le concept de "rente de monopole"

 

la structure des ventes d'Apple selon les produits

(source: Andy Zaki via mac generation)

ventes d'apple


- des économies d'échelle importantes: on a pu le constater lors du lancement de l'iPad 2. En effet, son prix était équivalent à celui de l'ipad1, or le processeur n'était plus le même (le A5 beaucoup plus véloce) et des composants (certes de faible coût) avaient été rajoutés. Ce positionnement a été permis grâce au succès commercial de l'ipad 1 qui lui a permis de faire baisser les coûts de production (voir cet article: combien coûte un ipad ?) par la hausse des quantités produites. Steve Jobs a choisi de ne pas équiper l'ipad 2 d'un nouvel écran (rétina) car ce composant est le plus coûteux, il aurait donc fait augmenter le prix de vente déjà élevé.

 

 Apple face à Google et microsoft (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

 

apple vs google vs microsoft1

 

 

- l'entreprise est alors en position de "price-maker": c'est elle qui impose le prix aux concurrents et aux consommateurs. En effet, on a vu Samsung en difficulté lors de la sortie de l'ipad 2 au même prix que l'ipad 1 (sa stratégie de prix a dû être entièrement revue pour s'aligner sur Apple).

 

le cours de l'action Apple face à celle de Microsoft

 

action apple

 

 

 

Apple, conformément à l'analyse de Schumpeter, se trouve souvent en position dominante de "monopole temporaire": sur les balladeurs numériques et les tablettes numériques, sa part de marché au plus fort du succès atteint les 80 % (pour l'ipad cela pourrait durer jusqu'en 2015 comme le montre l'article de cnet cliquez)


Cette position peut poser des problèmes importants:

 

- Apple, pour maintenir son leadership, met sous pression les fournisseurs. D'abord, il verrouille la production de ses composants stratégiques comme les disques durs, la mémoire ou les écrans capacitifs. La lecture de cet article de macgeneration est particulirèrement savoureuse (à lire absolument). Cela lui permet d'être le seul (temporairement) à disposer de ces composants jusqu'à ce qu'un nouvelle innovation de procédé apparaisse.

 

- Schumpeter avait montré que les grappes d'innovation sont à l'origine du processus de destruction créatrice: elles permettent d'ouvrir de nouveaux débouchés (donc de relancer la production et l'emploi) mais dans le même temps, elles rendent obsolètes des pans entiers de l'économie. Apple, dans la musique (notamment) va s'approprier une grande partie de la valeur créée en vendant les produits innovants (ipod...) mais également les procédés permettant de faire circuler les biens culturels ou informationnels (via itunes, icloud...). voir cet article de la vie des idées sur l'industrie musicale face au téléchargement (notamment le schéma avec itunes).

Les cartes sont alors redistribuées: par exemple, les anciens leaders (comme les maisons de disques) perdent une partie de la maitrise du marché au profit des entreprises produisant les nouveaux produits et procédés. Aujourd'hui, les entreprises de presse sont confrontées à ce même problème (qui a droit de récupérer la richesse crééé en distribuant l'information et dans quelle proportion ? On sait qu'Apple touche 30 % sur les ventes d'applications sur l'appstore et les 70 % restants vont aux développeurs) voir cet article de l'actualité des ebooks

En dehors de cette question économique, la position dominante de la firme pose également des problèmes éthiques: en effet, Apple s'aroge le droit de censurer les contenus (des applications sur l'appstore mais aussi des journaux, livres et BD qui sont en vente sur itunes voir cet article)

 

 

La réussite d'Apple et ses ambivalences constituent  donc une excellente illustration des mécanismes et concepts de Schumpeter...Quant on pense qu'Apple a déjà dans ses tiroirs des projets ...

 

apple tv

 

 

Le 4 octobre (selon les rumeurs) devrait avoir lieu la prochaine keynote ...sans steve Jobs (?) pour annoncer beaucoup de nouveautés (iphone5 etc...).

Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est une keynote, voir cette vidéo

 

A signaler: le numéro de Problèmes Economiques de septembre 2011 consacré aux entrepreneurs.

 

A signaler: j'ai publié cet article sur le site web du nouvel obs: il a fait un tabac avec 24 000 lectures (vendredi 7 octobre à 19h30 voir le site)

Je sais maintenant où je vais pouvoir me reconvertir ^^

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 06:45

Après l'irlande, quelques graphiques qui concernent l'Allemagne dont on vante le "modèle".

Il est vrai qu'il y a des signaux économiques très positifs depuis le début des années 2000:


- une croissance tirée par les exportations...

allemagne 3

 

 

- des entreprises qui ont redressé leur situation (forte émélioration de le taux de profit)

allemagne 2

 

 

- des coûts salariaux unitaires "contenus": depuis 20 ans, ils ont progressé de 30 % contre près de 50 % pour la France et ont doublé en Italie et Espagne. Ce qui améliore la compétivité-prix de produits allemands.


allemagne 4

 

 

- la situation financière des ménages et des entreprises n'a pas connu de changements notables (comparativement à d'autres pays)

allemagne 5

 

 

- l'immobilier n'a pas été à l'origine d'une bulle spéculative comme en Espagne ou en Irlande...allemagne 6

 

 

- Par contre, les allemands se sont serrés la ceinture: la masse salariale réelle et la demande des ménages ne sont vraiment pas dynamiques depuis le début des années 2000.


- allemagne 1


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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 05:31

irlande banque mancheL'irlande connaît de très graves problèmes.


On peut appliquer la théorie des jeux et du passager clandestin pour mieux comprendre les enjeux de l'Union Européenne.

 

 

 

 

 

 

 

Fait n°1: l'Irlande a connu une croissance économique très forte dont j'avais sommairement parlé dans cet article: "vous prendrez bien un taxi mauve ?"

 

 

 

Fait n°2: ce sont les banques irlandaises qui ont connu une prospérité ces dernières années, on peut en avoir un aperçu à travers ces graphiques

 

taille banque irlande

 

La progression du poids des banques dans la richesse est particulièrement spectaculaire pour l'Irlande.

Voici une comparaison avec notre pays et nos voisins européens dans le graphique ci-dessous.

Remarquez que la France a tout de même connu une progression très sensible à partir de 2004 puisque les bilans des banques représentaient  environ 250 % du PIB cette année contre 450 % en 2010)

 

taille banque france allemagne

 

Fait n°3: la crise irlandaise est provoquée par une très forte hausse des défauts de paiements sur les crédits bancaires à la suite de placements immobiliers (en 3 ans, la part des prêts non performants est passée de 1 % des prêts à 11 % en 2010)

 

irlande prêt non performant

 

 

Ce qui va provoquer des réactions en chaine:


- les banques ne peuvent plus prêter et financer l'activité économique. Cette dernière chute et provoque une montée du chômage.


-  l'Etat irlandais est intervenu massivement, mais cela ne suffit pas étant donné la taille surdimensionnée des banques


- il faut donc faire appel à l'extérieur pour recapitaliser les banques irlandaises, et notamment l'Union Européenne.

 

 

 

Fait n°4: l'un des piliers de la réussite de l'économie  irlandaise est le dumping fiscal.

Voici le taux d'imposition sur les bénéfices des sociétés en 2010

taux légal d'imposition sur les bénéfices des sociétés

 

Le taux irlandais est presque trois supérieur à celui de la France, et en règle général, il est deux fois inférieur à celui des principaux pays européens.

L'Irlande a attiré beaucoup d'entreprises par ce biais....des entreprises qui ne sont donc pas venues dans les autres pays.

 

Commentaires:  


Bon alors, me direz-vous où est le problème ?

Quel est le lien avec la théorie des jeux ?


On peut analyser montrer que l'Irlande peut être tentée d'être un passager clandestin de l'Union Européenne: elle joue cavalier seul en pratiquant des taux d'imposition beaucoup plus bas pour attirer les entreprises, en laissant son système bancaire s'auto-réguler...


Mais comme elle ne peut pas sauver elle-même son système bancaire, elle compte sur la coopération des autres (l'Union Européenne) tout en ne voulant pas renoncer à sa stratégie initiale (puisque le taux d'imposition sur les bénéfices ne sera pas modifié).

 

Quelques précisions:

 

- il ne s'agit pas de laisser croire que l'Irlande ne supportera pas les coûts de cette stratégie. En effet, pour obtenir l'aide européenne, le gouvernement irlandais a présenté un plan de rigueur très conséquent.

Côté dépenses, elles seront réduites de 10mds avec  7mds d’économies sur les dépenses d’Etat (-2,8mds de dépenses sociales et -1,2mds de salaires publics) et 3mds en moins d’investissement alors que le salaire minimum, le 2ème plus généreux en Europe sera réduit à €7,65.

Côté recettes, l’impôt sur les revenus sera alourdi, la TVA sera augmentée de 21% à 23% d’ici 2014. Les irlandais vont donc souffrir...

 

- la question de l'Impôt sur les sociétés en Irlande est problématique dans la mesure où de grandes entreprises (HP, Google...) ont menacé de quitter l'Irlande si cet impôt était relevé, aggravant encore la situation économique du pays qui a besoin de retrouver de la croissance.

 

- d'autres pays sont aussi tentés d'avoir un comportement non-coopératif en raison d'une gouvernance européenne bancale. Les excédents commerciaux de l'Allemagne se sont aussi réalisés sur les autres pays européens (dont la France).

 

C'est moins les stratégies des pays que la gouvernance européenne qui est en cause: on a crée un bien collectif (l'Union Européenne, l'euro) mais pas assez d'incitations collecttives pour que chacun joue collectif...

 

ete_a_paris_telerama_n.jpg

 

 

- En attendant, face à cette situation, on comprend mieux les réactions des peuples qui savent ce que les mots rigueur, austérité signifient alors qu'ils ont le sentiment que "les coupables" ne sont pas "responsables" (càd les banques). Les populismes ont donc de beaux jours devant eux.


 

Pour aller plus loin:

 

- sur le site Télos, Irlande: pourquoi les marchés ne se calment pas

 

- sur SOS...SES, j'avais déjà que la situation irlandaise posait problème à travers ce graphique

 

- pour approfondir la théorie des jeux:

 

eber_dilemme.jpg

 

 


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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 12:42
Nous avons dressé un constat concernant les inégalités dans le prédent billet. On peut le prolonger en mobilisant un outil statistique sur un autre domaine que les inégalités de revenus traditionnelles.

Cet outil est l'indice de Gini (voir ce lien pour plus de détail technique)
.
Pour l'utiliser
, il suffit de savoir qu'il peut être compris entre 0 et 1 (ou entre 0 et 100 %). En cas d'égalité parfaite, il est égal à zéro et en cas d'inégalité totale, il est éfgal à 1 (ou 100 %).
Il est représenté graphiquement à partir de la courbe de Lorenz.

Voici une série de graphiques qui vont nous permettrent d'y voir plus clair:


gini inégalités méthode

La courbe de Lorenz  comme on le voit sur ce graphique indique l'écart entre une distribution des revenus parfaitement égalitaire (10 % de la population obtient 10 % du revenu total, ici sur le graphique, c'est la "diagonale" qui correspond à la droite d'équirépartition).
Plus la partie rose a une surface importante, plus les inégalités sont importantes. Le coefficient de Gini va donc mesurer cet écart.

Voici deux exemples frappants:


gini inégalités pays
Aux Etats-Unis, comme on le voit, la répartition est presque 2 fois plus inégalitaire qu'en Suède ! (source ici). La France atteint un indice de 32.7 (voir ici).

Passons maintenant au thème qui nous intéresse: l'équipement des français en nouvelles technologies (les graphiques source: Credoc "la diffusion des TIC dans la société française enquête 2009)

gini inégalité web 1

Plusieurs points méritent d'être relevés:

- le coefficient de Gini baisse: il y a donc bien une réduction de la fracture numérique en France (les inégalités ont été approximativement divisées par plus que 2 en 10 ans)

- le coefficient de Gini en matière d'inégalités d'équipement est beaucoup moins élevé que le coefficient de Gini en matière de revenu (10 % contre plus de 30 %)

- C'est l'équipement en téléphonie mobile qui est le moins inégalitaire et c'est aussi celui dont les inégalités ont le plus baissé (elles ont été divisé par 5)
.

Examinons plus en détail les inégalités à l'aide de cet indicateur:

gini inégalités téléphoneLa taille de l'agglomération et le niveau de revenu ne sont pas les variables explicatives les plus fortes, ce qui n'est pas le cas de l'âge, de la catégorie socio-professionnelle et du diplôme (dans une moindre mesure).

Passons maintenant à l'équipement en ordinateur:


gini inégalités ordinateur
On retrouve un peu les mêmes remarques que précedemment, mais il y a tout de même des changements: les écarts en fonction de la catégorie socio-professionnelle ont ceux qui ont le plus baissé dans ce domaine.

Enfin, pour terminer, regardons l'équipement internet à domicile qui connaît les mêmes évolutions.


gini inégalités internet
Doit-on interpréter ces faits comme des manifestations du processus d'égalisation des conditions dont parlait Alexis de Tocqueville ?

on peut également (re)lire pour prolonger l'analyse: Oh, les belles images !

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 07:36
J'ai demandé aux élèves de Terminale de rechercher sur le web des documents statistiques sur les différentes formes d'inégalités économiques et sociales sur le web et d'en faire un rapide commentaire. Mon objectif était double:
- leur faire connaître un certain nombre de sites (dont l'observatoire des inégalités) qu'ils pourront, au cours de leurs études supérieures, réutiliser.

- les confronter à des indicateurs statistiques. En effet, ils ont encore trop souvent tendance à ne pas donner d'ordre de grandeur chiffré ou à paraphraser les données des documents. J'ai ramassé quelques unes de leurs recherches, elles étaient de bonnes qualités, leur commentaire résumait l'essentiel de ce qu'il fallait faire apparaitre.

Je voudrais compléter le cours à partir d'un rapport du Centre d'Analyse Stratégique (n°20: la peur du déclassement) dont j'ai extrait les documents suivants:

Quelle a été l'évolution du pouvoir d'achat depuis 20 ans ?



La courbe en noir se situe toujours au dessus de 0 : le pouvoir d'achat a donc augmenté en permanence, même s'il a connu des fluctuations sensibles.
Ainsi, comme on pouvait s'y attendre, la reprise économique de la fin des années 1990 a entraîné une progression forte et durable du revenu disponible brut (somme des revenus liés à une participation à l'activité de production de richesses + revenus sociaux - prélèvements obligatoires) :en 1996, il progresse de + 0.5 % par an et en 2002 la hausse atteint 3.5 %).
2007 et 2008 sont deux années durant lesquelles ce revenu continue d'augmenter mais beaucoup moins vite (en 2007, + 3 % de croissance alors qu'en 2008 + 0.8 %).

Le graphique donne des éléments d'explication:

- à long terme, les revenus du patrimoine participent de façon régulière à la hausse du poouvoir d'achat.

- en période de reprise de l'emploi (fin des années 1990), ce sont les revenus de l'activité qui apportent la plus grande contribution.

- en période de croissance faible (début des années 1990, récession de 1993), ce sont les revenus sociaux qui soutiennent la progression du pouvoir d'achat.


Quelle a été l'évolution des inégalités de revenus / niveaux de vie ?

Si on raisonne maintenant en termes d'inégalités, le rapport interdécile montre une relative stabilité des inégalités de revenus depuis une dizaine d'années (voir ici)

Le document suivant confirme en montrant que les classes moyennes ont amélioré leur position relative en France, ce qui n'est pas le cas dans les autres pays (aux Etats-Unis ou même en Allemagne, leur situation relative s'est dégradée)



Pourtant, je sens bien à travers mon écran que cela vous dérange.... Si, si, vous avez le sentiment d'un décalage entre ce que vous ressentez et ce qui vient d'être décrit....


Quelle perception avons-nous de l'évolution de nos conditions de vie ?
On retrouve la même influence du contexte économique sur la perception subjective des ménages: la période de reprise économique de la fin des années 1990: les opinions optimistes sont supérieures à celles qui anticipent une dégradation des conditions de vie à moyen terme. C'est l'inverse lors de la récession de 1993.
Mais ce qui est frappant, c'est la progression très forte d'anticipations pessimistes à partir des années 2000 (14 % des ménages pensent que leurs conditions de vie vont se dégrader en 2001, ils sont 51 % en 2009, leur part est multiplié par 4 !!)



Ce graphique amplifie la tendance au pessimisme: les français sont les plus nombreux a anticipé une aggravation des inégalités (56 % des français sont tout à fait d'accord, contre 40 % dans l'Union Européenne).

Continuons la démarche comparative avec le document suivant



Je ne reviens pas sur l'influence du contexte économique qu'on voit encore apparaître ici. Cependant, deux faits intéressants doivent être mis en évidence:
- les hauts revenus sont les seuls à avoir un solde presque toujours positif sur les vingt dernières années, et ils sont encore les seuls en 2007 à développer des anticipations plutôt positives. A noter que l'écart entre les perceptions subjectives des hauts revenus et des bas revenus est resté stable (environ 25 points)
- l'évolution des classes moyennes est significative: leur perception est de plus en plus pessimistes (en 2001, un solde de + 7 et en 2007, - 23) et elles se rapprochent du pessimisme des bas revenus.
On retrouve cette idée dans le graphique suivant: les classes moyennes sont celles qui craignent le plus le déclassement pour leurs enfants, cette peur est en augmentation depuis 10 ans.


Il ne s'agit pas de nier les réelles difficultés en montrant (comme à propos de l'insécurité) qu'elle n'est qu'un sentiment.
On voit nettement (et j'en avais déjà parlé dans SOS...SES) dans le graphique suivant la montée très importante des dépenses contraintes dans le budget des catégories modestes. Ce qui, évidemment, explique le sentiment de baisse du pouvoir d'achat: plus de dépenses contraintes = moins de liberté = moins de pouvoir (dacheter ^^)!





Il y a donc un décalage important entre perception objective et subjective.

J'ai lu récemment "La peur du déclassement" d'Eric Maurin, il réalise le même constat....je lui emprunte cette citation qui me servira de conclusion:

"Source de concurrence généralisée et de frustrations, la peur du déclassement est en train de devenir l'énergie négative de notre société."

Pour compléter, on peut relire:
- Zoom sur...les inégalités de salaire
- S'il te plait, dessine moi la société


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Published by chrstophe - dans terminale
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 06:30

Je viens de voir le thème du chômage en Terminale et je vais l'aborder en Seconde.

L'une des difficultés est de donner une réponse à la question suivante: qu'est-ce qu'un chômeur ?


Cela parait simple à priori.

En réalité, les élèves - même s'ils n'en ont pas conscience- pointent souvent, par leurs questions, les obstacles liés à cette question: est-ce seulement quelqu'un qui n'a pas d'emploi et qui en cherche un ?

 

 

 

 

 

 



Retracer (très brièvement) une partie de l'histoire de la notion de chômeur peut permettre d'apporter quelques éclairages supplémentaires et remettre en perspectives les polémiques depuis une dizaine d'années en France sur cet indicateur.

 

 


Etape 1/ Pauvres, indigents, vagabonds ou sans-emploi ?

          (fin XIX- début XX)


 

Avec l'essor du capitalisme naissant, le salarié était celui qui  n’avait rien à échanger hormis sa force de travail. Etre salarié, à l'époque, c’était s’installer dans la dépendance ; ce qui n'était pas le cas des travailleurs indépendants qui pouvaient bénéficier d'une sécurité realtive fondée sur la propriété privée de leurs terres, de leurs commerces ou de leurs boutiques... C'était être condamné à vivre « au jour la journée » (on était payé la journée).

Par conséquent, le salarié pouvait se retrouver très rapidement sans emploi, pauvre et vagabond.

 

 


En 1891, en France, dans le recensement, il existait une catégorie particulière, la "population non classée" qui comprenait des actifs et des inactifs !


Ainsi, cette catégorie englobait des:


- "professions inconnues"


- "individus non classés" : enfants trouvés, placés en nourrice, personnes internées dans les asiles...


- "sans profession" : personnes qui ont déclaré "être sans place" (donc proche du chômeur), mais aussi saltimbanques, bohémiens, vagabonds et filles publiques !!

(source: R. Salais l'invention du chômage  PUF 1986)


Cet indicateur statistique avait, évidemment de moins en moins de sens.

Il a donc fallu faire une différence entre les pauvres, les marginaux et les sans emploi (ce qui n'allait pas de soi au départ puisqu'ils étaient confondus !)

Les seconds étaient sans emploi mais ils avaient des dispositions à exercer une activité professionnelle déclarée et rémunérée.

On a donc franchit une première étape en distinguant pauvre et sans emploi . R. Salais montre qu'une étape décisive a été réalisée lors du recensement de 1896 en France.

 

 


 


Etape 2 / Le chômage fait individuel ou social ?

(début XX- entre-deux guerres - fin XX)


Dans les centres urbains, le salariat s'étend, mais il est dépourvu de protection et connaît un chômage important (notamment lors des nombreuses crises économiques).

Certains vont expliquer en partie ce chômage par le comportement individuel : refus de travailler aux conditions de l'employeur, instabilité de la main d'oeuvre face aux conditions de travail de l'industrie moderne qui passe au taylorisme....


Pourtant, dès le début du XX, d'autres vont élaborer des analyses différentes comme l'économiste William Beveridge "Unemployment: a Problem of industry" et le sociologue Max Lazard "Le chômage et la profession du sociologue".


Le chômage est expliqué comme un fait social: il est relié à la situation industrielle et sociale. Ce n'est plus un fait individuel.

Ainsi, le chômage résulte d'un sous-emploi (Keynes ne dira pas autre chose dans les années 1930).

 

 

 

Ce renversement de perspective va ouvrir de nouvelles perspectives:


- En 1920,  l'Organisation Internationale du Travail nomme une Commission technique du chômage pour améliorer les statistiques du chômage  ; elle fait appel à des experts, dont William Henry Beveridge, Max Lazard et Lucien March.

Elle propose une définition du chômage involontaire  :

«  le chômage est la situation du travailleur qui, pouvant et voulant occuper un emploi soumis à un contrat de travail, se trouve sans travail et dans l’impossibilité, par suite de l’état du marché du travail, d’être occupé dans un tel emploi ».


- Des droits et des devoirs collectifs du salariat se mettent alors progressivement en place : le travail devient emploi  (c'est-à-dire un statut social de plus en plus stable permettant d'acquérir des droits sociaux) comme le dit Robert Castel. 

Le chômeur est celui qui veut accéder à ce statut mais qui ne peut pas.

La société va alors pouvoir l'y aider par la création de bureaux de placements (aide à la recherche d'emploi) et par la mise en place de l'assurance- chômage (redistribution de revenus aux chômeurs ayant cotisé).

Ce sera l'âge d'or du salariat fordiste (c'est alors l'emploi typique qui devient la norme).


- le taux de chômage va devenir un indicateur standardisé qui va prendre un sens très important au cours des Trente Glorieuses et de la crise économique des années 1970.

Le BIT (Bureau International du Travail), dans une étude de 1995 intitulée Controverses sur les statistiques du travail, indique que le taux de chômage est perçu comme :

- un indicateur de paix sociale : peu de chômage = bien être de la population assurée d'avoir un emploi stable qui garantit une intégration sociale,

- un indicateur de résultats économiques : on mesure les performances des gouvernements, on compare les pays entre eux à partir de ce chiffre.








Etape III / Que mesure-t-on : le sans emploi ou le sous-emploi ? 


Les polémiques régulières sur la publication des chiffres du chômage peuvent alors s'interpréter comme une remise en cause de cet indicateur à la fois comme un mauvais reflet de la représentation du marché du travail et comme une crise de légitimité du rôle des pouvoirs publics. Ceux-ci sont accusés de ne pas endiguer la montée du chômage et / ou de masquer la réalité en modifiant les instruments de mesure.

Cette remise en cause est d'autant plus importante que le mode de régulation des Trente Glorieuses (voir étape II) a été mis à mal par les changements technologiques, la mondialisation et les politiques de restrictions budgétaires depuis plus de vingt ans.

 

 


Pour tenter de résumer ces critiques, on peut distinguer deux aspects:

- une première série de critiques portent sur le degré d'implication du chômeur dans la recherche d'un emploi (ce qui nous ramènent au débat de l'entre-deux guerres : chômage fait individuel ou social ?).
Certains, en effet, pensent qu'il existe des "faux-chômeurs", c'est-à-dire des individus qui se déclarent chômeur mais qui ne recherchent pas d'emploi. Le débat s'engage alors sur le fait de savoir pour quelles raisons ils ne cherchent pas d'emploi.

Pour les uns, c'est en partie parce qu'ils n'y sont pas incités en raison d'un système de protection sociale très développé. On retrouve l'idée du comportement individuel mais sous la forme d'un raisonnement lié au calcul coût / avantage que ferait l'individu pour arbitrer entre travail et loisir: si l'indemnisation du chômage est juste un peu plus faible que le revenu d'activité, alors on incite l'individu à ne pas retrouver un emploi.

Pour les autres, si ces chômeurs ne recherchent plus d'emploi, c'est parce-que l'appareil productif ne leur permet plus d'en espérer: en période de marasme économique, l'emploi se fait rare, la concurrence est rude et certains chômeurs, après avoir tenté d'obtenir à maintes reprises un emploi, sont découragés.

Ainsi, cette critique met plutôt en avant le fait que le taux de chômage a tendance à surestimer le phénomène (puisqu'on y comptabilise des personnes qui ne seraient pas réellement en recherche d'emploi).



  - une deuxième série de critiques est plus fréquente en période de reprise économique, lorsque le taux de chômage commence à baisser.

Elle a pour origine une représentation de l'emploi qui provient des Trente Glorieuses: on considère qu'un emploi est un engagement à long terme (emploi typique) qui permet une intégration sociale.

Or, parmi les actifs occupés, il existe un certain nombre de personnes qui ont un emploi ne correspondant pas à cette norme: les emplois instables (CDD, intérim...), les emplois à temps partiel subi ou les emplois qui ne correspondent pas à la qualification de l'individu (qui se retrouve alors "déclassé").

Dès lors, en période de reflux du nombre de chômeurs, certains contestent la pertinence de cet indicateur en arguant du fait que la situation est bien plus grave : le taux de chômage sous estime dons la réalité.

 

 


 Nous essayons toujours de mettre en perspective le taux de chômage. Nous comparons le taux de chômage par sexe, par âge, par diplôme, par PCS; ce qui permet de mettre en avant le fait que certains individus soient plus vulnérables que d'autres. De plus, nous analysons la part des chômeurs longue durée dans le total des chômeurs et la durée moyenne du chômage, ce qui permet de voir si cette situation est durable ou non (notion d'employabilité).

 

La 18e Conférence internationale des statisticiens du travail de novembre 2008  a présenté un rapport intitulé «  Au-delà du chômage  : mesures d’autres formes de la sous-utilisation de la main-d’œuvre  », qui explique les raisons pour lesquelles il est souhaitable de mettre au point des mesures de la sous-utilisation de la main-d’œuvre en complément du taux de chômage qui devraient inclure trois composantes : le déficit de l’offre de travail, les gains faibles de salaire et l’utilisation inadéquate des compétences.

 

 

Dès lors, comme pour beaucoup d'autres indicateurs, il convient de mettre en place de nouveaux instruments de mesure afin de mieux appréhender les changements économiques et sociaux à l'oeuvre.

 

 

 

 

 

Pour prolonger:


- un excellent article sur le site de l'IRIS de Isabelle Lespinet-Moret et Ingrid LIiebeskind-Sauthier : Albert Thomas, le BIT et le chômage : expertise, catégorisation et action politique internationale


- un rapport du CNIS groupe de travail sur les indicateurs de l'emploi, du chômage et de la précarité


- tous les articles sur les débats en France autour des chiffres du chômage (site ACDC)

On peut aussi relire (avec humour) la série des tontons chômeurs (le 1, le 2 et le 3)


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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 13:30
Alors, soyons aujourd'hui, très "développement personnel" (c'est tendance, non ? ^^).
J'ai toujours eu des difficultés à préparer les séances de correction pour qu'elles soient constructives. Etant donné que, depuis le retour des vacances, les résultats des évaluations s'enchaînent, je vous ai préparé un billet sur ce que je vois en classe durant ces séances.

Pour cela, je me suis inspiré d'un article sur les 7 causes de l'échec.



Je vais l'adapter  avec un peu d'humour aux élèves qui ont à réaliser un devoir de type Bac

Comment échouer en Sciences Economiques et Sociales ?

1. les perfectionnistes :

J'en connais qui pense encore que, s'ils oublient un seul aspect du sujet (en général, un détail), leur devoir ne sera pas terrible (c'est l'hécatombe)...

Pour eux, tout ce qui n'est pas parfait est considéré comme un échec.
Ils sont à la recherche de longs développements, des théories savantes, du cours comme s'il en pleuvait ou des analyses de documents de haute voltige.

Ils sont perfectionnistes jusqu'au bout des ongles, mais le mieux est parfois l'ennemi du bien...
Leur attitude peut engendrer deux postures différentes (le tout ou rien ^^)

- soit l'élève se lance à corps perdu dans de frénétiques révisions. Encore une fois, je suis frappé de voir, chez certains, les efforts de mémorisation réalisés au mois de Juin lors des épreuves de Bac.
Le risque ? l'élève tombe souvent dans le hors-sujet (en voulant tout traiter), donc de récolter une très faible récompense des efforts fournis.


- soit l'élève est découragé devant l'ampleur de la tâche: jamais il ne pourra atteindre de tels sommets.
Donc, il fait semblant de travailler et de réfléchir (pour ne pas perdre la face), tout en n'étant pas dupe que ce qu'il fait est nul.
Le risque ?  Peu d'implication dans la réflexion et le travail tout au long de l'année, peu d'inspiration dans le traitement du sujet, un étalage de généralités ni vraies ni fausses (du type: c'est la crise qui explique le chômage...), donc une note passable.



2. les pessimistes :

Plus noir qu'eux, il n'y a pas.
A la lecture du corrigé, ils se disent: je ne sais pas faire un plan, je  ne comprends pas les documents, je ne sais pas quoi faire d'autre que répêter ce qui est dans le texte.... Alors à quoi bon... ??

Leur histoire est la chronique d'un échec annoncé: en général, au mois de juin et de septembre, ils se rendent compte des conséquences concrètes de cette posture.

En réalité, ils noircissent d'eux-même en oubliant qu'ils avaient des capacités et qu'ils ont obtenu des réussites (au moins partielles).

Au lieu de s'appuyer sur celles-ci, ils ruminent ("c'est la faute du prof qui ne m'aime pas, pis aussi de mes parents"). Ils ne prennent plus de risques (pourquoi réviser ? pourquoi acquérir une méthode d'analyse ?) car ils sont paralysés par l'échec.




3. Ceux qui exagèrent les obstacles :

Très souvent, on trouve les élèves qui pensent qu'on va leur poser des questions très difficiles, souvent sur des détails (comme par exemples la question à 1 000 000 € au jeu "qui veut gagner des millions^^)

Résultat: ils se perdent dans la confusion, ne voient pas les réponses évidentes et se noient dans un verre d'eau.

A la lecture du corrigé, ils se disent souvent: "mais pourquoi je n'ai pas mis cela, je le savais...."

Un des obstacles souvent énoncé par les élèves est l'élaboration d'un plan: beaucoup pense que c'est très complexe, qu'il faut être original... Alors qu'il s'agit souvent d'avoir acquis 4 ou 5 modèles de plans qu'il faut adapter à l'énoncé. Ils ne le font pas (A quoi ça sert d'analyser le sujet ?) et préfèrent donner leurs idées au fur et à mesure de leur pensée...



4. Ceux qui mettent des étiquettes a priori sur les faits, les personnes, les sujets

C’est confortable de tout catégoriser mais pas très efficace, c'est comme si on roulait avec des œillères.

Un petit florilège de catégorisations qui mènent à l'échec en SES:

- je lis rapidement le sujet, je vois le thème (l'investissement par exemple) et je déroule ce que j'ai appris.
Ce qui provoque des hors-sujet et des déceptions.

- les patrons= les méchants / les salariés= les gentils ou Karl Marx est du côté des gentils, Les Néo-Classiques du côté des méchants....l'économie: j'y comprends rien, la sociologie: c'est cool ....la dissertation: trop complexe, la question de synthèse est plus facile...

- même en confrontant les élèves à des documents, ils sont persuadés de retrouver ce qu'ils pensent dans le tableau statistique (alors que ce n'est pas le cas).
Je me souviens d'un élève qui était persuadé que les chômeurs se la coulaient douce. J'ai distribué un tableau statistique sur l'indemnisation des chômeurs qui allait à l'encontre de son opinion.
Sa réponse consistait sans aucune rigueur d'analyse à reprendre son opinion en négligeant les informations du document ("il y a des chômeurs qui touchent beaucoup" !!)



5. ne pas estimer correctement les prises de risque :

Il s'agit d'élèves qui n'ont pas compris qu'on peut prendre des risques calculés.

-Soit ils adoptent alors une stratégie "casse-cou": ils ne font pas de brouillon ("C'est dans ma tête"), ils font confiance à "la tchatche" (à l'oral), ils commencent un sujet pour se rendre compte au bout d'un heure qu'il n'est pas à leur portée. J'ai vu des élèves ayant peu révisé qui prennent le sujet de bac exigeant le plus de maîtrise des mécanismes économiques ou sociologiques.
Il y a également ceux qui misent tout sur les dernières vacances ("Je ferais mes fiches au printemps car j'aurais tout mes cours").



-Soit ils freinent des "quatre fers": ne surtout pas prendre le risque de changer de méthode ou d'attitude, faire comme avant, on ne sait jamais, avec Mr F, cela ne marche pas, mais avec un autre correcteur...

Ils sont les adeptes du père Queuille "il est urgent d'attendre" ou du "après la pluie..."^^

Bon, alors ils reste encore 7 mois pour corriger tout cela et rappelez-vous le premier billet de cette année ^^


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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 06:25
Nous avons constaté l'importance de la productivité du travail dans les grandes surfaces.


Une première série d'explications résidait dans l'utilisation rationnelle de la force de travail (billet précédent).


Aujourd'hui, nous allons analyser la deuxième source de productivité: le facteur capital et le progrès technique.


Une stratégie d'accumulation du capital et de progrès technique

Nous avions déjà parlé d'un certain nombre d'innovations dans les grandes surfaces (relire " caisse que vous en pensez ?" n°1 et n°2)

D'après une enquête de l'INSEE en 2006 (Innovation et marchés de la grande distribution), on peut distinguer 5 types d'innovation dans la grande distribution



L'innovation de concept de vente
: il s'agit donc d'un ensemble d'équipements matériels ou non qui permettent de fournir en supplément des services commerciaux: ils augmentent ainsi les ventes et la richesse par m2.

De nouvelles méthodes de gestion des flux: c'est un aspect stratégique car les grandes surfaces voient circuler un nombre très important de biens, d'argent et d'informations.
Par conséquent, connaître ses flux, les exploiter au mieux permet d'accéler la rotation du capital circulant (par exemple les stocks), ce qui par conséquence fait baisser les coûts (les stocks coûtent cher et utilisent beaucoup d'espace).

Des innovations organisationnelles: elles sont très souvent invisibles aux clients. On peut, par un réseau inter-entreprise (franchises ou succursales)ou par les centrales d'achat trouver des gains de productivité substantiels. De même, en améliorant l'ergonomie des postes de travail, un salarié peut soulever d'avantages de produits.

Enfin, les innovations relationnelles concernent les liens relations en amont et en aval, avec les clients,ou les fournisseurs.
L'exemple du développement très poussé des procédés de fidélisation du client (Leclerc avec sa carte de fidélité, les MDD marque des Distributeurs) participent à l'augmentation du chiffre d'affaires pour un même nombre de salarié ou de surface.




On peut maintenant, à partir de cette grille d'analyse, évaluer l'impact de ces innovations


5 - On a pondéré les entreprises par leur chiffre d'affaires car certaines grandes surfaces sont une seule et même entreprise, alors que pour d'autres chaque établissement est à lui seul une. Calculer des proportions d'entreprises innovantes sans tenir compte de la taille reviendrait à donner autant d'importance à l'innovation dans un magasin Leclerc (réseaud'indépendants) qu'à celle de l'ensemble des magasins Carrefour(succursalistes).


Durant la période 1998-2000, 64 % des entreprises en termes de chiffres d'affaires ont innové (71 % pour les hypermarchés).

Un type d'innovation se détache: les innovations liées à la gestion des flux (25.7 %).
Les innovations relationnelles sont moins introduites (6.1 %)
.


Ces innovations ont-elle eu un impact quantifiable sur les ventes ?



Clé de lecture: Les 10% d'entreprises dont la croissance du chiffre
d'affaires a été la plus soutenue (47%enmoyenne),  sont plus de 15% à avoir réalisé une innovation relationnelle.
Inversement, celles qui ont connu les plus faibles hausses de chiffre d'affaires (1,2%enmoyenne) n'ont été que 0,5% à réaliser des innovations relationnelles.

Il y a donc bien une corrélation positive entre la hausse des ventes et l'introduction d'innovation.
Ce deuxième graphique qui concerne les innovations de concept le confirme.



Aujourd'hui, d'autres innovations commencent à voir le jour.

L'objectif est évidemment de rationnaliser le temps (file d'attente aux caisses) et l'espace (gestion des stocks), ce qui permet davantage d'efficacité.

- innovations de procédés: je ne reviens pas sur les caisses automatiques (déja traité dans les articles "caisse que vous en pensez").
Le futur immédiat concerne plutôt la technologie de radio-identification (RFID).
Il s'agit de remplacer le code-barre par un signal beaucoup plus performant: l’encaissement serait alors totalement automatisé par un simple passage du chariot sous un portique adapté.




- innovations de produits. Les clients préfèrent le libre-service qui évitent d'attendre un vendeur à chaque rayon (charcuterie, boucherie, fromage, poisson...). Il s'agit donc de créer des produits prédécoupés en libre-service.

Cette thématique est de plus en plus appliquée: c'est au client de faire une partie du travail. On l'a vu avec les bornes interactives (le client se renseigne lui-même sur le prix), avec les caisses automatiques (le client fait le travail de la caissière), maintenant avec le self-scanner (le client scanne lui-même le prix de ses articles). C'est un gain de temps.

Pour compléter: on peut regarder cette vidéo sur les futures innovations qui nous attendent dans les hypermarchés.



En conclusion, nous pouvons nous appuyer sur ce tableau qui nous indique:
- le rythme des gains de productivité dans le commerce
- l'origine de ces gains de productivité

 

Clé de lecture:
de 1995 à 2001, la productivité horaire du travail dans le commerce a augmenté de 1.19 % en moyenne chaque année. Le capital total y a contribué pour 71 % (0.85 / 1.19), les nouvelles technologies pour 19.3 % (0.23 / 1.19) et la qualité du travail pour 65.5 % (0.78 / 1.19)
.



Il nous reste maintenant à savoir qui a profité de ces gains de productivité ? Quels usages ont été fait de ces gains ? Ce sera l'objet du prochain billet


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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 11:00
Après avoir dressé le constat d'une productivité du travail élevée dans les grandes surfaces en France, essayons d'en rechercher les facteurs explicatifs (sans prétendre à l'exhaustivité bien évidemment).


Aujourd'hui, nous allons analyser les facteurs liés à l'organisation du travail et au facteur travail.




Quelques rappels généraux sont tout d'abord nécessaires.

Nous pouvons distinguer quatre origines aux gains de productivité :

1 / l'investissement et l'accumulation du capital.
En effet, en utilisant davantage de biens d'équipement, l'efficacité du travail sera améliorée. Comme on dit souvent, pour travailler, il faut disposer des outils ^^

2 / la division du travail.
En rationalisant l'organisation de la force de travail, chaque heure d'effort sera plus efficace: gain d'habileté, de temps,
mécanisation: ce sont les trois arguments qu'Adam Smith avait repéré pour justifier le lien entre division du travail et productivité.

3/  la qualité de la main-d'oeuvre.
Des salariés mieux instruits et formés seront plus efficaces dans leurs activités.

4/ le progrès technique
 Il peut être à l'origine d'une nouvelle combinaison productive qui permettra de produire plus en moins de temps.



Dans ce premier billet sur les origines des gains de productivité, nous allons nous concentrer sur le facteur travail (origine n°2 et 3).

Une organisation de la force de travail au service de l'efficacité.


- A- Les grandes surfaces reposent sur une organisation qui n'est pas sans rappeler le taylorisme avec une division verticale du travail très poussée comme on peut le voir sur ce schéma



D'autre part, pour le personnel en prise directe avec la clientèle, les normes sont très strictes et la surveillance très présente.

Ainsi une caissière devra (en autre) respecter deux exigences qui peuvent s'avèrer contradictoires à certains moments (notamment en cas de très forte affluence):

    - le rythme de passage qui va de 20 à 40 articles par minute : c'est la contrainte de rapidité.

    - appliquer le "SBAM": Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci : ici, il s'agit de la contrainte de qualité du service rendu.


Pour obéir à ces impératifs de productivité, les grandes surfaces recherchent un personnel particulier dans leur recrutement: ce sont les salariés qui n'ont pas beaucoup d'autres choix dans leur possibilités d'embauche.

Une discipline stricte, un personnel aux ordres...mais ce n'est pas la seule source de productivité



- B - Une flexibilité pour faire face aux fluctuations de la clientèle.

            - la recherche d'une poyvalence pour les besoins les plus urgents.

Premier exemple: en cas de forte affluence, on peut utiliser les cadres et chefs de secteur qui peuvent soit ouvrir une nouvelle caisse, soit aider les clients à mettre les produits dans leurs sacs.

Certaines grandes surfaces demandent à des salariés de s'équiper de roller pour accélérer la vitesse dans les déplacements.

Autre anecdote, la quasi-disparition des sacs plastiques (pour des raisons écologiques) a permis de faire augmenter considérablement l'intensité du travail en caisse (le client, pour la plupart, place ses courses directement dans le caddie au lieu de les mettre dans les sacs).

Deuxième exemple: les employés du rayon "poisson" peuvent aller aider leurs collègues au rayon "charcuterie" voire même faire une deuxième rotation de poste vers le rayon "fromage".

La hiérarchie considère qu'il y a toujours quelque chose à faire. Pour beaucoup de ces postes, la formation est très limitée, on peut donc facilement passer d'un poste à l'autre.


Cette polyvalence comporte donc deux caractéristiques:
- elle est informelle, donc peu reconnue (et valorisée)
- elle est subie (sous la pression de la clientèle) donc génère de l'inquiétude chez les salariés.

          - Le recours au temps partiel


Commentaire: au total, dans les hypermarchés, 45 % des salariés sont à temps partiel, les plus touchés sont les moins qualifiés (caissières) et les plus jeunes (ils sont 2 fois plus concernés par le temps partiel que les plus de 50 ans).

Or, le temps partiel a de multiples effets positifs sur la productivité

- il est source de productivité: en moyenne un salarié qui travaille à 60 % d'un temps complet n'aurait pas une productivité de 60 % de celui qui est à temps complet mais de 77 % (source: étude de McKinsey, citée dans un rapport du Conseil Economique et Social de 1997).

- il diminue les effets de fatigue (au-delà d'une certaine durée de travail, les dernières heures ont un rendement décroissant) et l'absentéisme pour raison de santé.

- il permet une adaptation souple aux fluctuations de la demande, ce qui facilite une meilleure adéquation des heures travaillées et des heures rétribuées. En effet, les caissières vont avoir des heures "intenses en travail" car elles ne seront présentes que lorsque les clients seront en nombre suffisant)

Ceci dit, le temps partiel n'est gage à lui seul de forte productivité: il peut démotiver le salarié si le temps de travail est trop court; de plus, il génère davantage de temps morts de mise en train.


Le prochain billet sera consacré au facteur capital et à l'innovation (origine 1 et 4)

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 11:19
Nous allons analyser l'efficacité productive des grandes surfaces à travers 3 questions esssentielles:

1 / leur organisation sont-elles efficaces ?
2 / Quels moyens utilisent-elles pour augmenter leur productivité ?

3 / Quelles ont été les utilisations de ces gains de productivité ?





Ces questions renvoient à différents thèmes du programme de Terminale: le rôle du progrès technique, l'organisation du travail, le partage des gains de productivté.

Aujourd'hui, nous nous limiterons à la première question pour ne pas faire des billets trop longs.



Les grandes surfaces sont-elles efficaces ?

En économie, on utilise le concept de productivité pour connaître l'efficacité:
- de la combinaison productive (productivité globale = production / facteurs de production)
- du facteur travail (productivité du travail = production / facteur travail).

Souvent, on confond production (le résultat de la combinaison productive) et productivité (confrontation entre le résultat obtenu et les moyens utilisé pour obtenir ce résultat).
Les deux ne sont pas équivalent: une entreprise peut produire beaucoup avec une faible productivité, inversement une autre entreprise peut avoir une production plus modeste avec une forte productivité.

Concrètement, si on prend l'exemple de l'industrie, on peut obtenir divers indicateurs de la productivité du travail:

- productivité physique: un salarié produit  x voitures par an

- productivité monétaire:

    - soit  par personne: un salarié réalise un chiffre d'affaires ou une valeur ajoutée de x euros par an.

    - soit par heure de travail: un salarié réalise un chiffre d'affaires ou une valeur ajoutée de x euros par heure.



Appliquons maintenant ces généralités aux grandes surfaces.


 

Productivité horaire

(Valeur Ajoutée / heure de travail) en € en PPA en 2005

Indice base 100 = France

 

Allemagne


 

20.87

 

89

 

Danemark


 

18.03

 

77

 

Pays Bas


 

17.25

 

74

 

Royaume-Uni


 

20.19

 

86

 

France


 

23.10

 

100


Source:  EU-KLEMS ; OCDE et données sociales de la FCD, Insee ; Food Marketing Institute, Progressive Grocer, Food Industry Center [Dube et al., 2005] ;estimations fondées sur les rapports d’activités de Wal-Mart (www.walmartstores.com) .Cité dans bas salaires et qualité de l'emploi rapport du cepremap

Clé de lecture
: en Allemagne, chaque heure de travail dans les grandes surfaces crée une richesse de 20.87 €, ce qui représente 89 % de la richesse créée par heure de travail en France.

Commentaire: nous voyons, à l'évidence, que les grandes surfaces françaises sont les plus efficaces (d'environ 20 % en moyenne) par rapport à leurs homologues européennes.

Comparons maintenant la France aux Etats-Unis


 


Ventes             indice

annuelles      base 100=

par m2            France          

 


Ventes par        Indice

heure           base 100 =

de travail        France                


Supermarchés et hypermarchés français

 


 



9.8 K€

 



100

 



200 €

 



100


Supercenters américain


 

4.2  - 6.5 K$

 

 

43  -  68

 

120  -  140 $

 

60  -  70


Wall Mart (Etats-Unis)

 



 

4.7 K $

 


 

48


 

110 $


 

55


Source: idem

Clé de lecture
: les grandes surfaces françaises réalisent 9800 euros de ventes par m2, et 200 euros de ventes par heure de travail; ce qui représentent environ 50 % de plus que le numéro 1 mondial (Wall Mart).


Commentaire: nous retrouvons l'idée que les grandes surfaces françaises sont, de loin, les productives par rapport au modèle américain.






Pourtant, la mesure de la productivité dans les services (ici la distribution) avec comparaison internationale n'est pas sans poser de redoutables problèmes méthodologiques:


problème n°1: comment mesurer la production d'un service commercial ?

Les grandes surfaces mettent à disposition des consommateurs des biens et services.
Les statistiques ne prennent en compte que la distribution des biens.

Or, de grandes différences peuvent intervenir sur la quantité de biens mis à disposition dans les grandes surfaces (de 10 000 à plus de 50 000 produits selon le type de grandes surfaces).

Ensuite, cette mesure ne prend en compte que les aspects quantitatifs: on comptabilise le nombre de produits distribués, mais pas la mise en valeur de ces produits (on sait que la présentation est importante dans le commerce, l'aspect "vitrine" n'est pas pris en compte dans la mesure de la productivité)

De plus, les services sont rarement comptabilisés. Par exemple, la productivité plus modeste des grandes surfaces américaines peut s'expliquer par la présence de nombreux employés qui produisent des services à faible valeur ajoutée (remplir les sacs des clients à la sortie des caisses, tâche d'accueil à l'entrée du magasin...)

problème n°2: comment mesurer la valeur ajoutée d'un service commercial ?

On sait que la valeur ajoutée se mesure par la différence entre le chiffre d'affaires et les consommations intermédiaires.
Par conséquent, on peut augmenter la richesse créée en élevant le chiffre d'affaires et diminuant les consommations intermédiaires.
Comment élever le chiffre d'affaires ?
Un chiffre d'affaires (prix de vente unitaire multiplié par quantités vendues) élevé peut avoir pour origine un accroissement des ventes et / ou des prix de vente plus élevés.


Des prix plus élevés dans les grandes surfaces être expliqués par:

- un positionnement plus haut de gamme: dans les grandes surfaces, ce sont les marques qui, très souvent, ont des prix plus élevés que les marques de distributeurs (MDD)

- une concurrence moins élevée: une grande surface en position de monopole local aura des prix plus élevés.

Dans les deux cas, les prix élevés permettent d'obtenir une productivité supérieure sans que cela soit réellement explicable par une plus grande efficacité.

On sait que le marché français, à cet égard comporte quelques particularités:

- il est structuré autour de trois groupes (Carrefour, Auchan et Casino) et de quelques chaînes de magasins indépendants (Leclerc, Intermarché, Système U).

- les barrières à l'entrée sur le marché des grandes surfaces sont importantes: de nombreuses lois ont limité l'ouverture de grandes surfaces (pour protéger les petits commerces).


- Un certain nombre d'enseignes ont été en position d'oligopoles locaux, limitant ainsi la concurrence sur les prix.

Différentes études estiment que les prix de PIB en parité de pouvoir d'achat sont 5 à 10 % plus élevés en moyenne en France qu'en Allemagne et aux Pays-Bas.


Ceci dit, même en corrigeant les données de la productivité par ce facteur "concurrence", la productivité horaire est plus élevée en France qu'ailleurs.




problème n°3: les comparaisons internationales.

Les différences nationales dans ce secteur sont importantes:

1 / Les hypermarchés à … la française n’existent pas aux Etats-Unis.
Le commerce alimentaire américain est dominé par des grands  supermarchés  alimentaires (de plus de 3000 m2) implantés dans les quartiers et non sur les pôles commerciaux. Même les supercenters développés depuis dix ans par Wal-mart ne ressemblent pas aux hypermarchés français : ils ressemblent  davantage à un grand Monoprix qu’… à un hypermarché.

2 / En 2007, les hard discounters d’une surface de vente de 300 à 800 m2
pesaient globalement en France 13 % des parts de marché des produits
alimentaires
, ce qui est loin du niveau des pays du nord de l’Europe. Le hard discount domine en Allemagne avec plus de 40 % du marché alimentaire


Conclusion:
On voit donc
que l'efficacité des grandes surfaces françaises reste importante. Même si la mesure de cette efficacité est sujette à de nombreux biais, il n'en demeure pas moins que les hypermarchés français bénéficient d'une productivité horaire du travail importante.

Reste à savoir d'où peut provenir cette performance des grandes surfaces en matière de productivité.

Ce sera l'objet du prochain billet ^^


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Wassily Kandinsky
"Composition VIII"

Je n'ai pas de talents particuliers. 

Je suis juste passionnément curieux.

 


Albert Einstein


Pieter Brueghel

"La Tour de Babel"




" C'est vieux comme le monde, la nouveauté "
Jacques Prévert


Hebergement gratuit d image et photo

Alberto Giacometti

"Annette dans le studio"



 

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