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De fait, à Rome se vêtir de bleu est en général dévalorisant, excentrique (surtout sous la République et au début de l'Empire) ou bien signe de deuil.
Au reste, cette couleur, disgracieuse quand elle est claire, inquiétante quand elle est sombre, est souvent associée à la mort et aux enfers. Quant à avoir les yeux bleus, c'est presque une disgrâce physique. Chez la femme, c'est la marque d'une nature peu vertueuse ; chez l'homme, un trait efféminé, barbare ou ridicule. Et le théâtre, évidemment, se plaît à pousser de tels attributs jusqu'à la caricature. Térence, par exemple, associe à plusieurs reprises les yeux bleus aux cheveux roux et frisés, ou bien à la taille gigantesque ou à la corpulence adipeuse, tous signes dévalorisants pour les Romains de l'époque républicaine.
Voici comment il décrit un personnage ridicule dans sa comédie Hecyra, écrite vers 160 avant notre ère : « Un géant obèse, ayant les cheveux rouges et crépus, les yeux bleus et le visage pâle comme celui d’un cadavre ».
M. Pastoureau, Bleu, histoire d’une couleur, page 29, Seuil, 2000

À partir du XIIe siècle, en effet, les grands liturgistes1 (Honorius Augustodunensis, Rupert de Deutz, Hugues de Saint‑Victor, Jean d'Avranches, Jean Beleth) commencent à parler de plus en plus fréquemment des couleurs. Sur la signification des trois principales ils paraissent s'accorder : le blanc évoque la pureté et l'innocence; le noir, l'abstinence, la pénitence et l'affliction; le rouge, le sang versé par et pour le Christ, la Passion, le martyre, le sacrifice et l'amour divin. Ils diffèrent parfois sur les autres couleurs : le vert (couleur « moyenne »: medius color), le violet (sorte de « demi‑noir »: subniger, et non pas mélange de rouge et de bleu), accessoirement le gris et le jaune. Mais chez aucun de ces auteurs il n'est question de bleu. Le bleu n'existe pas.
M. Pastoureau, op. cit. page 39

La physique moderne nous dit que la lumière est à la fois une onde et une particule. On n'en était pas si loin au XIIIe siècle…
Lumière ou matière… On le pressentait, en effet. La première assertion l'a largement emporté et, du coup, le bleu, divinisé, s'est répandu non seulement dans les vitraux et les œuvres d'art, mais aussi dans toute la société: puisque la Vierge s'habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l'adopter (Charlemagne ne l'aurait pas fait pour un empire!). Les seigneurs, bien sûr, s'empressent de les imiter… En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique

Document 7. Les trois couleurs de la France
Dans ses mémoires La Fayette (mort en 1834) affirme que c’est lui qui eut l’idée, le 17 juillet 1789, à l’Hôtel de Ville, de faire fusionner en une seule formule tricolore la cocarde blanche du roi et les couleurs bleue et rouge des la Garde nationale, instituée quatre jours plus tôt pour maintenir l’ordre à Paris. [...]
Revenons aux lendemains de la prise de la Bastille et à l'été 1789 pendant lequel le succès de la cocarde tricolore, symbole d'un patriotisme enthousiaste, est foudroyant. On la voit partout, et ses trois couleurs s'étendent aux écharpes, aux ceintures, aux cravates, aux vêtements, aux insignes et aux drapeaux portés par les patriotes. Le 10 juin 1790, l'Assemblée constituante déclare la cocarde tricolore « nationale », et quelques semaines plus tard, le jour de la fête de la Fédération, le Champ‑deMars est entièrement pavoisé de bleu, de blanc et de rouge. Ce sont désormais « les trois couleurs de la Nation ».
Mais cette cocarde prend au fil des mois une signification de plus en plus politique. D'autant que les contre‑révolutionnaires lui opposent désormais la cocarde royale blanche, qu'ils vont installer jusqu'au sommet des arbres de la Liberté. Le 8 juillet 1792, l'Assemblée législative décrète que le port de la cocarde tricolore est obligatoire pour tous les hommes. La Convention prend la même décision pour les femmes le 21 septembre 1793. Etre pris sans cocarde vaut, dans le meilleur des cas, huit jours de prison, et dans le pire... Quiconque est surpris en train d’arracher une cocarde est immédiatement passée par les armes.
M. Pastoureau, op. cit. page 148-150
Combat de l'hôtel de ville de Paris, le 28 juillet 1830 par J.V. Schnetz.
On peut voir le drapeau bleu, blanc, rouge au premier plan, mais aussi le drapeau rouge au second plan
Le drapeau blanc semé de fleurs de lis d'or fut utilisé pendant le soulèvement de la Vendée par les Chouans.
Doc.8: quel parti pour quelle couleur ?
En France, il fut la couleur des républicains, s'opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c'est la Chambre bleu horizon). Il l'est encore aujourd'hui.
Source: L'Express, 7 juillet 2004
Quelle sera alors la prochaine couleur à la mode en 2007 ? Le Bleu ? Le Rouge ... ou le Blanc ?... Le vert ?....Le...