Bah, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour attirer le lecteur (cruelle loi du marché). Des titres racoleurs, incitatifs... Et cela marche puisque vous êtes là !

Puisque je vous tiens, j'ai trouvé sur l'excellent mais néanmoins aride site de l'INSEE, un article récent sur l'évolution de l'économie française depuis 1959.
Graphique n°1: taux de croissance du PIB en volume

Clé de lecture: prenons l'année 1960, cette année-là (air connu), les richesses économiques produites ont augmenté de 8 %, la consommation (bouh, consommer c'est pas bien, c'est le travail qui compte) y a contribué à hauteur de 3 % et l'investissement à hauteur de 1.8 %
Bon alors, je vous propose un petit jeu (avec de l'innovation technologie très puissante). Vous réfléchissez au constat que vous pouvez dresser uniquement à partir de ces graphiques, sans faire de calculs ou d'interprétation économique.
J'écris la réponse en blanc et vous passez avec votre curseur pour voir le corrigé.
C'est pas génial, révolutionnaire, magnifique, quelle inventivité...^^ .
Oui, oh ça va, hein, j'attends toujours mon répropjecteur depuis 10 mois alors...
Premier réflexe: il faut que je repère l'essentiel. Existe-il une tendance globale ?
On distingue clairement 2 périodes:
- les années 1960 durant lesquelles la croissance économique était forte (on indique une moyenne de 5.6 % de 1960 à 1974). Cette période est au coeur des Trentes Glorieuses.
- Puis vient le choc de 1974 (la croissance est négative: on a produit moins de richesse en 1975 qu'en 1974) qui va marquer l'entrée dans une phase de croissance 2 fois plus faible qu'auparavant puis le taux de croissance moyen est de 2.3 %.
Deuxième réflexe: Peut-on repérer des tendances particulières ?
Il me semble qu'on peut rajouter 3 éléments dans le constat:
- le choc de 1974 (déjà évoqué)
- le choc de 1993: on assiste là aussi à une chute du taux de croissance des richesses.
- dernier aspect: la croissance économique est plus irrégulière après 1974: on retrouve des périodes durant lesquelles le taux de croissance va fortement diminuer (en 1978-1980 / en 1991-1993 et en 2001-2004)
Des compléments:
- on remarque le poids important de la contribution de la consommation, qui est un des principaux moteurs de la croissance économique.
- la contribution de l'investissement est marquée par une très forte instabilité.
Graphique n°2: investissement et situation financière des entreprises non financières.
Rappels:
- le taux d'investissement (FBCF/PIB) mesure l'effort d'accumulation du capital par rapport aux richesses créées.
- Cet effort d'investissement est en partie déterminée par les profits réalisés par les entreprises. Le taux de marge (EBE/VA) mesure la part des profits d'exploitation dans la richesse. Cet indicateur permet de voir comment s'effectue le partage des richesses produites entre la part de l'entreprise (pour simplifier le profit) et celle des travailleurs (les salaires). Donc si le taux de marge augmente, c'est en grande partie parce que la part des rémunérations des travailleurs dans la richesse baisse. Le taux d'autofinancement (au sens strict epargne brute / FBCF) permet d'évaluer la capacité des entreprises à financer elles-même leurs projets d'investissement à travers leur épargne).
Dès lors, il faut d'abord examiner l'effort d'investissement des entreprises (courbe rouge) puis rechercher des éléments d'interprétation éventuelle avec les deux autres courbes.
Le taux d'investissement est en baisse depuis 1969 (on passe de 25 % du PIB en 1960 à 19 % en 2005). Pourtant, la situation financière des entreprises ne s'est pas dégradée: depuis 1983 (c'est le tournant de la politique de rigueur), le taux de marge s'améliore. Une plus grande partie des richesses revient à l'entreprise qui ont donc (en partie) retrouvé le chemin des profits. D'ailleurs le taux d'autofinancement s'élève fortement durant les années 1980 et 1990.
Logiquement, profit et investissement devraient être corrélés: une entreprise qui réalise des profits pourra par la suite investir (cf théorème de H.Schmidt: les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain qui sont les emplois d'après-demain). Pourtant, quand on regarde le graphique, on s'aperçoit que cette relation ne se vérifie pas toujours: en 1968-1974, le taux de marge augmente, le taux d'investissement baisse. Même remarque pour la fin de la période: le taux de marge est élevé depuis 1983, et pourtant le taux d'investissement continue, malgré quelques variations, de baisser. Les entreprises ont utilisé leruirs profits à d'autres fins: se désendetter, spéculer, épargner...
Les entreprises sont-elles trop frileuses ? La demande anticipée est-elle défavorable ? Il faudrait avoir d'autres documents pour avancer des éléments de réponse.
Alors quoi, elles sont pas belles mes courbes ????
Je sais que beaucoup trouve cet exercice aride, difficile, certains ne comprennent pas toujours le sens et l'intérêt....
Je pense pourtant que ce type de graphique permet de donner des repères économiques comme une carte routière. Si l'on veut se repérer, il faut d'abord connaître le point de départ et d'arrivée (ici, le sujet concerne les transformations de l'économie française) , puis d'identifier les grands axes (et non les détails). Enfin, on arrive à destination puisqu'on a réalisé une analyse des transformations de l'économie...
Pour cela, il faut évidemment posséder des savoirs (le sens des données chiffrées) et des savoir-faire (faire des liens, exercer son regard et son esprit critique...).
Pour vous exercer, vous pouvez vous rendre ici, il s'agit d'exercices interactifs.
Certains préfèrent les textes: j'ai trouvé un article qui me parait intéressant et qui, comme les graphiques, balaient les tendances de long terme de l'économie française.
Voir ici le billet de Verel.
Quant à ceux qui renoncent (à réviser, à analyser), je n'ai qu'une chose à leur dire:
Qui veut faire quelque chose trouve un moyen.
Qui ne veut rien faire trouve une excuse.
Proverbe arabe.
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