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Pour redonner du sens aux mutations économiques et sociales, des articles et des liens liés aux sciences économiques et sociales, aux débats actuels.

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le pouvoir d'achat: le pouvoir de quoi ?

Cette rentrée est marquée par une polémique: le pouvoir d'achat des français est-il en hausse (pour l'INSEE,il a augmenté de 2.4 % environ) ou en berne (pour les ménages sondés et pour une association de consommateurs, il n'augmenterait quasiment pas) ?

Derrière la querelle des chiffres se cachent bien évidemment d'autres enjeux dont nous allons essayer de cerner les tenants et aboutissants:

qu'est-ce que le pouvoir d'achat ? Comment le mesure-t-on ? Comment a-t-il évolué ? Faut-il augmenter le pouvoir d'achat ? Comment ?



I / Qu'est-ce que le pouvoir d'achat ? Comment le calcule-t-on ?
        
On va partir d'un exemple très simple:

En Janvier, Clément reçoit 25 euros par mois d'argent de poche. Il les dépense entièrement à l'achat de places de cinéma.
Le prix de la place de cinéma est de 7 euros environ.

Question: que pourra faire Clément ?
Réponse: il pourra acheter 25 / 7 = 3.57 places de cinéma. C'est son pouvoir d'achat.
Il ira donc voir 3 films et il lui restera 4 euros.


En Décembre, à la suite d'une négociation avec ses parents, son argent de poche bondit à 32euros. Le prix de la place de cinéma passe à 7.5 euros.

Question: quel sera son nouveau pouvoir d'achat ? Calculez son évolution en % de Janvier à Décembre et expliquez.
Réponse: son nouveau pouvoir d'achat sera de 32 / 7.5 = 4.26 euros soit une hausse de 19.5 % (le veinard !). En effet, on applique la formule du taux de variation (t1 - t0 / t0 siut 4.26 - 3.57 / 3.57 multiplié par 100).
Cet gain de pouvoir d'achat s'explique par la plus forte hausse de son argent de poche par rapport à l'augmentation du prix de la place de cinéma.

Exercice pour s'entraîner:
Imaginons maintenant que le prix de la place de cinéma s'envole à 9 euros et que l'argent de poche de Clément passe à 36 euros.

Question: quel sera son nouveau pouvoir d'achat ? Que constatez-vous ? Pourquoi ?

Conclusion: qu'est-ce que le pouvoir d'achat ? de quoi dépend-t-il ?
Le pouvoir d'achat correspond à la quantité de richesses économiques produites (les biens et les services) qu'un revenu permet potentiellement de se procurer.
Il dépend  1°) du niveau et de l'évolution du revenu
                2°) du niveau et de l'évolution des prix.


A partir de là, cela se complique.
     -a- Quel revenu faut-il prendre ? ce que l'on gagne chaque mois ? Pour Clément, c'est évidemment son argent de poche.

Mais pour un ménage, ce n'est pas si simple: le salaire  n'est pas celui qui sera réellement disponible pour faire ses achats.
 En effet, il faudra bien payer (avec ce salaire) des cotisations sociales, des impôts directs (l'impôt sur le revenu par exemple) et des intérêts si l'on a emprunté. D'autre part, on peut aussi avoir d'autres revenus que son salaire pour pouvoir consommer: revenus de la propriété (si vous possédez des actions qui vous rapportent des dividendes ou des appartements, terres que vous louez...)
En économie, on utilisera donc le Revenu Disponible (voir lexique).
Ce qui signifie qu'un ménage ne connaît pas forcément son pouvoir d'achat s'il ne prend en compte que la somme des salaires qui rentrent chaque mois.


     -b- Deuxième problème (plus important): Quels prix faut-il prendre en compte ?
On ne peut matériellement pas faire un relevé des prix de tous les biens et services chaque mois (sachant que votre hypermarché peut contenir facilement plus de 50 000 prix...).


Il va falloir calculer
un Indice des prix à la consommation.
 Voici un exemple simplifié:

  étape 1: De quoi est composé le "panier" du consommateur ?
On va dire ici 4 pommes et 2 oranges.

     étape 2: Quels sont les prix des produits qui rentrent dans le panier ?
                prix d'une pomme        prix d'une orange
année 1:           1 euro                                 2 euro
année 2:           2 euro                                 3 euro

     étape 3: Quel est le coût du panier ?
année 1: (4 pommes à 1 euro) + (2 oranges à 2 euros) = 8 euros
année 2: (4 pommes à 2euros?) + (2 oranges à 3 euros) = 14 euros

     étape 3: Quel est l'indice des prix et le taux d'inflation ?
On choisit une année de référence (ici l'année 1) qui aura pour base 100. Le coût du panier de l'année 2 sera alors de 175 (14 / 8 multiplié par 100).
Le coût du panier passe de l'indice 100 (année 1) à 175 (année 2), il a donc augmenté de 75 %.

Dans le détail, je vous signale 2 liens pour approfondir: educnet ici et l'INSEE ici

Voici pour le principe, maintenant, lorsqu'on veut établir cet indice, plusieurs problèmes se posent et peuvent expliquer les différences entre les chiffres de l'INSEE et ceux d'autres organismes: il y a trois difficultés connues, mais difficiles à résoudre.

   - première difficulté: le panier est invariable dans sa composition.

On considère que le consommateur va acheter les mêmes produits chaque mois. Or les prix ne changent pas tous de la même manière au même moment: certains prix augmentent plus que d'autres et donc les consommateurs vont s'adapter. l'INSEE, en appliquant les normes internationales, établit donc un indice des prix de la façon suivante: on prend un échantillon de ce que consomme l'ensemble des ménages (le panier) et on calcule tous les mois un indice en supposant que les ménages consomment le même panier tous les mois.

     - deuxième difficulté: l'introduction de nouveaux produits.
Prenons un exemple: la généralisation des DVD nous a permis de regarder un film chez nous à plusieurs pour moins cher qu'au cinéma (si on compte les frais de déplacement, le prix d'entrée et quelques faux frais). Ce changement n'est pas reflété par l'indice des prix.

     - troisième difficulté: les changements de qualité.
Si la qualité d'un produit s'améliore d'une année sur l'autre et que le prix reste constant, comment le prendre en compte ? La qualité est difficile à mesurer (exemple: le passage du magnétoscope au lecteur DVD).


C'est donc un indicateur qui certes mesure l'évolution des prix, mais qui est imparfait.

Par exemple, 60 millions de consommateurs a calculé un autre indice des prix en augmentant le poids des dépenses de logement dans le panier. Or, comme les prix de l'immobilier ont beaucoup augmenté, cela va peser davantage dans le pouvoir d'achat. C'est effectivement valable, mais tous les ménages ne sont pas locataires, loin de là: plus de 50 % sont propriétaires de leur logement, donc la hausse des loyers n'a pas d'incidence sur leur pouvoir d'achat...
On le voit, les chiffres ne sont pas inexacts en soi, tout dépend ce que l'on veut mesurer et comment on construit la donnée statistique.
On ne peut pas soupçonner l'INSEE de manipulation, elle adopte les standards internationaux, on mesure l'évolution des prix de la même façon dans tous les pays.


     II / Comment a évolué le pouvoir d'achat ?

tableau 1: variation du pouvoir d'achat par rapport à l'année précédente en %

                                    1999     2000     2001     2002     2003     2004     2005

pouvoir d'achat du
revenu disponible brut    + 3.2     + 3.4     +3.4      +3.6     + 0.9    + 2.2     +1.1


Source : comptes nationaux base 2000, Insee.

On remarque que le pouvoir d'achat a fortement progressé de 1999 à 2002, ce qui n'est pas vraiment surprenant.
En effet, l'indice des prix n'ayant pas connu d'évolution sensible durant cette période, en revanche la masse salariale globale a augmenté du fait du recul du chômage sur cette même période (si un actif passe du statut de chômeur à celui d'actif occupé, son revenu progresse beaucoup plus vite que la hausse des prix,donc pour lui le pouvoir d'achat augmente).
Ce n'est pas vraiment une hausse des salaires de ceux qui ont un emploi qui va expliquer la progression du pouvoir d'achat global.


tableau 2:


Attention, il ne s'agit pas d'en conclure que ceux qui ont le salaire minimum ont rejoint ceux qui bénéficient du salaire moyen: en effet, il s'agit d'indice d'évolution. On mesure la variation par rapport à l'année 1951 (base 100), mais nous n'avons pas le montant du salaire moyen et du salaire minimum.

On peut donc voir que dans les années 1955 - 1968, le pouvoir d'achat du SMIC (pour aller vite) n'a pratiquement pas changé, alors que celui du salaire moyen augmentait régulièrement. On peut en déduire un creusement des inégalités.
Le changement va se produire avec les accords de Grenelle en 1968, qui vont permettre aux bas salaires de progresser plus rapidement puis de se caler sur la hausse du salaire moyen et donc une réduction relative des inégalités salariales.


Tableau 3: inflation mesurée et perception de la hausse des prix par les ménages.


Sur la courbe rouge (échelle de gauche), on a les chiffres de l'INSEE concernant l'indice des prix tel qu'il est mesuré, sur la courbe verte, on a la perception des ménages: plus cette courbe s'éloigne du la précédente, plus il y a un écart entre ce que l'on mesure et ce que les gens perçoivent.

Or le décalage se produit à partir de 2002 et augmente considérablement: les ménages ont pensent que les prix augmentent plus vite que l'indicateur de l'INSEE.
Pourquoi ?


La première explication qui nous vient en tête est évidemment celle qui correspond au rôle de l'euro: en changeant de monnaie, on a changé nos repères et certains en ont profité pour augmenter les prix (et se faire au passage des marges confortables).
On le voit ici, en Allemagne, c'est le cas inverse à celui de la France: les consommateurs ont tendance à penser que les prix augmentent moins vite que ce que l'on mesure. L'effet euro ne peut donc pas être une explication vraiment satisfaisante.

Pour trouver une explication plus satisfaisante, il faut faire la distinction entre le pouvoir d'achat disponible (pour consommer "ce que l'on veut") et le pouvoir d'achat immobilisé (on est contraint de consommer un certain nombre de richesses).
Ce dernier va être grandement influencé par les prix de l'énergie, du logement et de l'eau. Concernant, l'énergie, il n'est pas nécessaire de s'étendre puisqu'on est passé d'un pétrole à 40 $ le baril à 70 $ en quelques années (mais cela reste aussi valable pour les allemands).
En ce qui concerne le logement, il y a bien une spécificité française: on manque de logements (sociaux en particulier), donc l'offre restant inférieure à la demande les prix augmentent (en plus viennent se greffer des phénomènes de spéculation immobilière...). Il y a donc une mauvaise régulation du marché du logement en France.
Enfin, on peut aussi faire la même remarque pour l'eau. Il y a quelques années, l'eau n'était pas très coûteuse mais les infrastructures devaient être remis en état ou améliorées. On a privatisé: l'eau a augmenté de 10 % par an dans les années 90 (soit beaucoup plus que l'inflation); aujourd'hui, elle augmente de plus de 2 % par an. Certes, de nouvelles normes, plus exigeantes ont été mises en place (elles ont nécessité de lours investissements); mais là aussi, on ne peut pas dire que les groupes ont joué la transparence...


Conclusion: le pouvoir d'achat contraint a pris une place de plus en plus importante dans le pouvoir d'achat global, ce qui explique que les consommateurs ont le sentiment de ne plus pouvoir acheter ce qu'ils veulent comme auparavant. D'autant plus que depuis 10, la part des personnes qui touchent entre 1 et 1.6 fois le SMIC (qui sont donc plus sensibles à ce pouvoir d'achat immobilisé)est passée de 37 à 47 % de la population active.


III / Faut-il augmenter le pouvoir d'achat ? Comment ?

La première question peut paraître incongrue: évidemment qu'il faut augmenter le pouvoir d'achat !!
Voici un petit document qui peut vous amener à relativiser votre pensée

Une augmentation de salaire, et donc des biens disponibles, ne correspond pas à plus de bonheur. Telle est la conclusion d'une étude faite par des chercheurs du Centre d'Etudes de politique économique (CEPS) de Princeton University, avec la collaboration de Daniel Kahneman, qui a reçu le Prix Nobel d'Economie en 2002.
D'après les chercheurs, il n'y a quasiment pas de relations entre le sentiment de bonheur éprouvé et le salaire une fois qu'un certain niveau est dépassé (le seuil de pauvreté en 2006 aux Etats-Unis est de $20 000/an pour une famille de 4 personnes et de $9 800/an pour un individu). L'étude a été menée sur 1 173 individus en leur posant des questions diverses, telles que: " en général, êtes-vous très heureux, plutôt heureux ou pas très heureux ces jours-ci ? "
-13% de ceux avec un revenu familial entre $20 000-$49 999/an, 7,7% de ceux avec un revenu entre $50 000-$89 999/an et 5,3% de ceux avec un revenu de $90 000/an se qualifiaient comme " pas très heureux ".
- 56,8% des personnes ayant un revenu familial entre $20 000-$49 999/an et 50,3% de ceux ayant entre $50 000-$89 999/an se sentaient " plutôt heureux ", pour 51,8% de ceux ayant plus de $90 000/an.
- 30,2% de la fourchette de salaire $20 000-$49 999/an, 41,9% qui ont un revenu entre $50 000-$89 999/an et 42,9% qui ont un revenu de plus de $90 000/an se sentaient " très heureux ".
-par contre, seulement 22,2% de ceux qui avaient un revenu de moins de $20 000/an (le seuil de pauvreté pour une famille de 4) ont indiqué qu'ils étaient " très heureux ", et 17,2% ont dit qu'ils n'étaient " pas très heureux ".
En outre, les personnes qui avaient plus de revenu n'avaient pas forcément plus de temps libre, et même consacraient moins de temps aux loisirs (19.9% de temps consacrés aux loisirs pour ceux avec un revenu de plus de $90 000/an, contre 34.7% pour ceux avec un revenu de moins de $20 000/an).
Dans le rapport, les chercheurs se sont appuyés sur d'autres études économiques qui indiquent que l'augmentation du revenu a un effet plutôt transitoire sur les individus ; que le revenu relatif est plus important que le niveau de salaire; que les individus s'adaptent au nouveau niveau de vie acquis, et que la consommation de biens et la richesse matérielle, ont peu d'effet à long terme sur le bonheur général après qu'un certain niveau de consommation soit atteint.
Autrement dit, bien que beaucoup soient motivés par plus d'argent ou par une augmentation de salaire, ou pensent que le bonheur est indubitablement lié aux revenus, ces résultats montrent que ce n'est pas le cas. L'argent ne fait pas le bonheur.
L'étude est apparue dans Science Magazine le 30 juin 2006.

source: http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/34578.htm

On peut discuter sur ce sujet à l'infini... c'est pourquoi je passe à la deuxième question:

si on considère qu'il est légitime que les ménages aient plus de pouvoir d'achat, comment faire ?

Pour y répondre, il faut dans un premier temps revenir aux fondamentaux:

le pouvoir d'achat étant mesuré par rapport à l'évolution des revenus et des prix,

il faut donc soit augmenter les revenus plus que les prix, soit modérer les prix et augmenter légèrement les salaires (il y aurait bien une autre alternative: baisser les prix et laisser les salaires inchangés, mais elle est beaucoup trop risquée pour les entreprises).


     1°) concernant les prix: on remarque que c'est une stratégie qui est utilisée. En économie, on appelle cela la "stratégie low cost": les entreprises, pour être concurrentielles, font la chasse aux coûts et proposent des produits moins coûteux (on citera le succès des Hard- Discounts nés en Allemagne au début des années 1990).

C'est aussi un objectif plus général de mise en concurrence des producteurs les uns avec les autres pour obtenir des produits de meilleurs rapports qualité / prix.

Et c'est justement dans le domaine de l'eau et du logement en particulier qu'il y a un problème de régulation (manque de transparence et de concurrence). Il est vrai qu'en France, nous avons eu quelques "mauvaises habitudes" (on songe à l'entente entre les trois opérateurs de téléphonie).

Mais cet stratégie de recherche de la compétitivité-prix est à double tranchant: pour avoir des coûts moins élevés, on peut sacrifier l'emploi, importer à bas prix des biens fabriqués dans les ex-pays de l'Est ou en Chine.


     2°) concernant les salaires: j'ai déjà fait un billet sur salaire et emploi ici.
Là encore, plusieurs possibilités sont offertes:

- soit on considère qu'il y a un problème de croissance des richesses et que si on veut augmenter les salaires, il faut produire plus (il est vrai qu'en Europe, la croissance est plus faible qu'ailleurs).

Pour produire plus, on peut augmenter les facteurs de production: le capital et le travail (donc l'emploi), on parlera de croissance extensive;

On peut également produire plus avec la même quantité de facteurs grâce aux gains de productivité (le travail et le capital étant plus efficace, il leut faut moins de temps pour produire). Il s'agit alors de croissance intensive (qui pose aussi la question de l'emploi).


- soit on considère qu'il y a un problème de répartition des richesses et que si on veut augmenter les salaires, il faut partager autrement les richesses.

Depuis la fin des années 80 , le partage de la valeur ajoutée est davantage en faveur du capital même si depuis quelques années, ce partage reste relativement stable. Ce qui revient à poser des questions relevant de la politique des revenus, de la fiscalité.



On le voit, la question du pouvoir d'achat n'est pas qu'une simple question technique; elle est au coeur des problèmes économiques français. Reste à savoir ce que les hommes politiques vont nous proposer sur cet enjeux pour les années à venir.

 

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M
oulà! trop complexe pour moi! mais pour ceux que les calculs intéressent.... @ +  et bon courrage!
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C
Voici ce que j'ai récolté sur le blog de Leclerc:<br /> C’est le résultat d’une étude effectuée, chaque année, pour le compte de mon groupement par le BIPE (Bureau d’Information et de Prévision Economiques).<br /> 1) Pourquoi une telle démarche ? <br /> C’est en 2003 que nous avons lancé ce travail d’analyse. A l’époque, syndicats ou organisations de consommateurs contestaient les chiffres officiels de l’inflation. Le passage à l’euro avait contribué à brouiller les repères… Et, par déduction, ce sont tous les concepts liés à la perception des ménages (pouvoir d’achat, niveau de vie, hausse des prix) qui se trouvaient remis en cause. <br /> En tant que distributeur, je ne pouvais rester insensible à cette problématique. Mon activité professionnelle dépend évidemment du rythme de la consommation. La stratégie de nos entreprises, les choix d’investissements ou de marketing s’appuient sur des prévisions de dépenses que nous devons analyser « au plus près ». D’autant que l’anxiété générale des consommateurs à l’égard de leur pouvoir d’achat se reporte au premier chef sur les magasins qu’ils fréquentent…<br /> C’est dans ce contexte que j’ai sollicité l’avis du BIPE : comment interpréter ce décalage entre chiffres officiels positifs et anxiété des ménages. Les chiffres de l’INSEE sont-ils pipés ? Y a-t-il un biais de méthode ? Les pondérations de chaque poste sont-elles adéquates ? Etc.<br /> 2) Du pouvoir d’achat global des ménages (INSEE) à la notion de « pouvoir d’achat libérable du consommateur » (BIPE) <br /> Avant de recalculer un indice, les experts du BIPE ont d’abord recherché à appréhender ce que recouvrait le concept de pouvoir d’achat. <br /> a) La mesure du pouvoir d’achat construite par l’INSEE se base sur les indicateurs qui entrent dans une logique de comptabilité nationale. L’INSEE prend en compte le revenu brut de l’ensemble des ménages français (salaires, résultats d’exploitation des agriculteurs et des professions libérales, revenus du patrimoine). Il ajoute les transferts sociaux. Il en déduit les impôts. Cet indicateur est ensuite déflaté de l’indice des prix à la consommation.<br /> b) Le BIPE ne conteste pas l’intérêt de cette approche. Mais elle a ses limites. Elle ne prend pas en compte la démographie des « ménages » (ce concept fourre-tout comprend aussi bien des célibataires que des familles de trois ou quatre enfants !), ni l’hétérogénéité des structures de consommation qui en découle. <br /> Surtout, cette approche, valable en macroéconomie, ne correspond pas au mode de calcul des consommateurs dans l’anticipation de leurs dépenses futures.<br /> Parlons de la manière la plus imagée : chaque début de mois, dans les foyers, on « fonctionne » comme si, après la paie, on commençait par mettre de côté, dans une enveloppe, les cotisations et les impôts à payer, enveloppe à laquelle on ne touchera pas. Mais on mettra aussi de côté (et c’est ce dont ne tient pas compte l’INSEE) des remboursements, eux aussi incompressibles, tels que loyer, charges liées au logement, mensualités d’assurances ou de remboursement de crédits, carte de transport, etc. Il faut déduire du revenu brut les sommes accumulées dans ces deux enveloppes pour mesurer ce qui reste : le pouvoir d’achat libérable, c’est-à-dire la capacité de dépenser.<br /> L’étude menée par le BIPE pour E. Leclerc propose donc un indicateur du pouvoir d’achat libérable, qui ne s’oppose pas à celui de l’INSEE, mais qui le complète. Un indicateur qui permet de mieux comprendre et d’anticiper les comportements des consommateurs. (C’est l’indicateur du pouvoir d’achat libéré des ménages). Le BIPE va même plus loin puisqu’il propose d’apprécier cet indice en tenant compte non pas d’une catégorie globale « ménages », mais de descendre à l’unité de consommation, concept qui permet mieux de prendre en compte l’évolution de la démographie. (C’est l’indicateur du pouvoir d’achat effectif du consommateur).<br /> 3) Mesure de l’évolution du pouvoir d’achat : analyse comparée des indices <br /> Le tableau suivant récapitule, depuis 2002, l’évolution du pouvoir d’achat selon les différents indices.<br /> <br /> On voit bien que, pour l’année 2005, le pouvoir d’achat libérable du consommateur a régressé (moins 0,7 %). Sans doute, est-ce la meilleure explication pour une conjoncture qui fut somme toute médiocre alors que les indicateurs officiels de pouvoir d’achat globaux s’affichaient positifs (1,1 %).<br /> Pour 2006, les prévisions globales de l’INSEE permettent d’envisager un accroissement de 2,3 % du pouvoir d’achat global des ménages. Si l’on tient compte de l’augmentation des charges incompressibles qui incombent aux foyers, le BIPE estime que le pouvoir d’achat effectif affectable aux achats sera cinq fois moindre (0,5 %).<br /> 4) Les charges contraintes augmentent plus vite que le revenu disponible <br /> Le BIPE a travaillé sur la notion de « dépenses incompressibles ». Il n’a retenu que les dépenses non arbitrables et non re-négociables. Exemple, on peut éventuellement prendre un transport collectif plutôt que sa voiture. Mais on ne peut pas re-négocier son loyer ou changer d’appartement tous les ans !!! <br /> Pour 2006, les prévisions d’augmentation de ces charges sont les suivantes :<br /> - Remboursement des crédits 10,7 % - Loyer 6,1 % - Charges liées au logement 6,0 % - Assurances 4,2 % - Transport (hors carburant) 5,0 %<br /> On voit bien le problème : les pouvoirs publics ont raison de se féliciter d’une augmentation du revenu disponible qui atteindra 3,9 %. Ca faisait longtemps qu’ils n’avaient pas pu afficher un tel résultat. Mais comme en parallèle, les charges incompressibles augmenteront en moyenne de 7,3 %, on n’a pas les mêmes raisons de pavoiser dans les foyers.<br /> 5) Impact sur la consommation<br /> Quand on regarde les prévisions officielles de consommation, elles sont plutôt bonnes (2,9 % pour la consommation globale (INSEE) et 1, 7 % par ménage). Mais ce rythme de consommation est très artificiellement entretenu. Vu la faible progression du pouvoir d’achat effectif ces trois dernières années, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à réduire leur épargne (le taux d’épargne est passé de 18 % en 2000 à près de 14 % cette année). Ils ont recours de plus en plus à des crédits à la consommation, accroissant ainsi l’endettement des ménages.<br /> Une situation que mon groupe juge viable à court terme, mais qui, fragile, ne garantit pas les conditions d’une poursuite de cette croissance à long terme. C’est à cette prise de conscience que voudraient contribuer les travaux effectués par le BIPE pour E. Leclerc. Une situation qui exige de nous, professionnels, la continuité, voire le renforcement d’une politique qui doit chercher à améliorer le pouvoir d’achat (par la politique de prix notamment) pour autant qu’on peut y contribuer.<br /> Michel-Edouard Leclerc
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C
Effectivement, on le sait depuis quelques années, les situations de pauvreté se développent chez les jeunes. La montée du coût du logement, une protection sociale déficiente obligent les parents à supporter des prélèvements importants (plusieurs centaines d'euros par mois par personne). Que se passe-t-il en cas de rupture familiale (le RMI concerne les plus de 25 ans)?Une étude récente a montré que 20 à 25 % des étudiants renoncaient à des soins de santé pour des raisons financières. Dans un pays qui se vante de modèle social, c'est pour le moins paradoxal.Un élément à prendre en compte lorsqu'on parle de pouvoir d'achat pour les ménages ayant des enfants en cours d'étude supérieure.
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C
Bien vu ton article ... Personnellement, je me contenterais assez de mon pouvoir d'achat actuel, si celui de mes fils ( 2 étudiants et un jeune travailleur peu qualifié et donc peu payé alors qu'il travaille beaucoup ... quand il trouve du boulot !) augmentait un peu !Mes deux fils étudiants sont dépendants des sommes que nous leur versons même si les deux complètent avec des petits (ou plus !) boulots. Je trouve que leur situation (et par là-même, la notre) empire, et est de toutes façons bien moins bonne que celle de la génération de mes parents. Je trouve cela assez injuste alors que jamais autant de richesses n'ont été produites ...<br />  
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