L'affaire du "chômeur professionnel" a fait pas mal de bruit: j'ai trouvé
ici toutes les principales discussions à ce sujet.
C'est très intéressant: on retrouve les justifications du journaliste et de Mr Thierry F. qui démontre comment il a su profiter des mailles du système d'indemnisation chômage.
Il y a également les nombreuses réactions sucitées par la paution de son livre témoignage.
Je voudrais revenir sur la démarche abordée lors de mon précédent article qui n'a pas été comprise: beaucoup croient que je nie la fraude ou l'existence des "faux-chômeurs".
Cela n'a jamais été ma position.
Mon propos était plutôt de se demander si on pouvait réellement tirer parti de ce cas extrême en mobilisant les acquis des sciences économiques et sociales.Je reviens sur d'
autres arguments à mobiliser sur ce sujet:
1°) L'examen de l'évolution du taux de chômage en France depuis la fin des années 1960

Si le chômage s'expliquait par des indemnisations trop généreuses, comment alors expliquer quea / au début des années 1970, le
chômage était beaucoup mieux indemnisé qu'aujourd'hui, pourtant, on le voit sur le graphique, il n'a cessé de progresser. Certain(e)s répondront que c'était le début de la crise et qu'à l'époque le chômage était involontaire, ce n'est plus le cas aujourd'hui...
b / à la fin des années 1980 et à la fin des années 1990, l
e taux de chômage a connu de fortes baisses puis des hausses significatives. Est-ce en raison de changements dans l'évolution des conditions d'indemnisations ou en raison des fluctuations de la conjoncture économique ? La réponse va de soi... la question de la fraude n'est donc (encore une fois) pas essentielle pour comprendre le phénomène du chômage. 2°) la corrélation entre chômage et niveau de protection sociale.
Voici un graphique trouvé sur le site des
gribouillis économiques
Chaque point représente un pays, les statistiques concernent l'année 2000.
On ne peut pas franchement parler de corrélation entre le poids des prélèvements de la sécurité sociale et le taux de chômage.Aucune étude économique n'a démontré clairement le lien entre le niveau / le taux de chômage et le degré de protection sociale: cela dépend des pays.
Certains connaissent un faible degré de protection sociale, peu de chômage; d'autres ont mis en place un système d'indemnisation et de reclassement plus poussé et ont également un très faible niveau de chômage.
conclusion: Quels sont les enjeux de la chasse aux "faux chômeurs" ? Je voudrais citer ces passages de Robert Castel qui me paraissent particulièrement éclairant:
Dans toute société sans doute, un système cohérent d'assistance ne peut se structurer qu'à partir d'un clivage entre "bons" et "mauvais" pauvres. Pour traduire dans un langage familier une foule de considérations pseudo-savantes appuyées sur les arguments théologiques, moraux, philosophiques, économiques, technocratiques: si l'on se mettait à secourir toute forme de dénuement, jusqu'où irait-on ?
(...) En dépit des déclarations de principe sur l'amour généralisé du prochain, l'exaltation chrétienne d'un type de pauvre qui doit être accablé de maux pour être secouru et sa condamnation de l'oisiveté "mère de tous les vices" ont gardé aux critères d'accès de l'assistance un sens très restrictif. Dans toute société, le pauvre doit manifester beaucoup d'humilité et exhiber des preuves convaincantes de sa condition malheureuse pour ne pas être soupçonné d'être un "mauvais pauvre"
in Les métamorphoses de la question sociale, une chronique du salariat, Paris, Fayard, 1995.