Pour redonner du sens aux mutations économiques et sociales, des articles et des liens liés aux sciences économiques et sociales, aux débats actuels.
Bigre ! Rien que ça ?....La question est ambitieuse...
"l'égalité d'éducation n'est pas une utopie, c'est un principe (...)
"L'individu anonyme, sans ancêtres, sans tradition, sans milieu, sans lien d'aucune sorte, voilà l'homme de la fausse démocratie, celui qui vote et dont la voix compte pour un, qu'il s'appelle Thiers, Gambetta, Taine, Pasteur, ou qu'il s'appelle Vacher. L'individu finira par rester seul avec son moi, à la place de tous les "esprits collectifs", à la place de tous les milieux professionnels qui avaient, à travers le temps, crée des liens de solidarité et maintenu des traditions d'honneur commun. Ce sera le triomphe de l'individualisme atomiste, c'est-à-dire de la force, du nombre et de la ruse." Alfred Fouillée (1838-1912), la démocratie politique et sociale en France, 1910 (époux de l'auteure du Tour de France par deux enfants)
couches moyennes, qui connaît certes des inégalités, mais elles ne sont plus immuables (Tocqueville l'oppose à la société aristocratique). Il s'agit de poursuivre le processus de la Révolution Française qui avait aboli les privilèges: rendre le savoir accessible à tous favorise une vraie démocratie, un vouloir-vivre ensemble nouveau. "je vous défie de faire jamais de ceux qui ont reçu l'éducation et de ceux qui le l'ont point reçue une nation égalitaire, animée de cet esprit d'ensemble et de cette confraternité d'idées qui font la force des vraies démocraties si, entre ces deux classes, il n'y a pas eu le premier rapprochement, la première fusion qui résulte du mélange des riches et des pauvres sur les bancs de quelque école"
dégradation du lien social. Il est vrai qu'à l'époque, les tensions étaient nombreuses:
"l’Ecole Républicaine, l’école du peuple, c’était d’abord l’école élémentaire. La jeunesse bourgeoise était éduquée dans des lycées publics ou privés dominés par les humanités classiques. Dans ce système, la naissance ne déterminait pas seulement la carrière scolaire, elle fixait l’entrée dans telle ou telle filière, indépendamment des performances des élèves. Un système scolaire reposant sur un principe de séparation sociale des publics apparaissait cependant comme une école juste.
En effet, du point de vue des acteurs, c’étaient leurs conditions sociales et économiques plus que leurs performances scolaires qui déterminent leur accès à tel ou tel système de formation. C’était plus la naissance que les capacités, plus les injustices sociales que l’école elle-même qui fixaient l’entrée dans telle ou telle formation. Les inégalités scolaires étaient d’abord des inégalités sociales, et c’est ainsi que cette école fortement ségrégative a pu incarner un principe de justice dans une société inégalitaire. La seconde raison de croire en la justice scolaire tenait au principe de l’ « élitisme » républicain. Le développement de la scolarisation devait promouvoir les talents exceptionnels. Il se constituait une population de boursiers donnant leur essor aux collèges, et surtout aux écoles primaires supérieurs destinées à former les « sous-officiers » de la Nation. Les « officiers », enfants d’officiers eux-mêmes, passaient par les filières bourgeoises. Parce que cette école était capable de reconnaître les mérites exceptionnels, sans viser pour autant l’égalité des chances, elle apparaissait juste : elle n’intervenait dans les destins sociaux que de façon positive en arrachant quelques enfants du peuple à leur sort.Source : François Dubet, une société fragmentée ? La découverte, 1996
« Un maître « ignorant » est un maître qui sépare son autorité de maître de l'autorité du savant. Quand on confond ces positions, on fait de l'école une grande métaphore de la société, en identifiant le pouvoir à l'autorité de ceux qui savent. Un « maître ignorant » n'est pas un maître qui ignore ce dont il parle. C'est un maître qui décide d'ignorer la logique inégalitaire selon laquelle le maître fait passer son savoir dans la tête de l'élève. C'est l'élève qui s'apprend en écoutant le maître. Il faut donc partir non de ce qu'il ignoremais de ce qu'il sait, partir du présupposé de sa capacité et non de son incapacité (...)
Je ne pense pas que l'on facilite l'accès de tous à la culture en remplacant une culture savante élitiste par une culture populaire. S'émanciper, c'est avoir accès à toute la culture. La culture d'élite ne garantit pas plus la liberté que la culture populaire la promotion de l'égalité. Se cultiver, c'est sortir de sa culture propre. Le problème n'est pas de donner accès à la "culture générale", mais de susciter la capacité de n'importe qui de s'intéresser à n'importe quoi. L'essentiel de la culture résulte de ce qu'il s'est approprié par lui-même. »