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Pour redonner du sens aux mutations économiques et sociales, des articles et des liens liés aux sciences économiques et sociales, aux débats actuels.

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Qu'est-ce qu'un prof de SES ?

Voici ce que j'ai trouvé sur le site du nouvel Obs (daté du 15 juin 2006). Voilà qui devrait (à nouveau) susciter bien des débats sur notre enseignement...


"Les théories marxistes, j'en suis revenu ! » Comme beaucoup de professeurs de sa génération, Patrice Bancq, 53 ans, ne jurait que par les écrits de Karl Marx quand il faisait ses études d'économie pendant les années 1970. Aujourd'hui, cet enseignant en SES (sciences économiques et sociales) dans un lycée à Lunel, près de Montpellier, se dit « libéral modéré », tendance Schröder-Blair.

« Mais autant dire que parmi mes collègues ce sont des opinions très hétérodoxes. » Car dans le milieu des profs de SES, on est plutôt gauche tendance Attac. La bible c'est le très sérieux mensuel « Alternatives économiques », un des membres fondateurs d'Attac. Des étudiants déjà anticapitalistes ? Patrice Bancq s'en amuse : « Il suffisait de corriger le bac l'année dernière : pour beaucoup de candidats, construction européenne était égale à destruction du modèle social français. » Et l'entreprise n'a pas forcément bonne presse ! « Dans le programme, la macroéconomie est beaucoup plus traitée que la microéconomie, qui n'est évoquée que dans les sections technologiques. Alors forcément, le milieu de l'entreprise est plus lointain. » Peut-être parce que les professeurs d'économie sont aussi - d'abord ? - des professeurs de sciences sociales, matière longtemps considérée comme plus noble que l'économie en France : « Dans le capes d'économie, la sociologie est très importante. Et certains profs d'éco ont été recrutés avec un capes d'histoire. » Patrice Bancq s'est porté volontaire pour le programme de l'Institut de l'Entreprise, qui envoie des enseignants en stage en entreprise. Lui, c'était chez Schneider Electric. Une expérience qui l'a ravi : « Maintenant, quand je parle de mondialisation à mes élèves, d'implantation en Chine, c'est plus concret. » Le prix à payer pour s'être frotté au grand démon ? « Cette initiative est hyper mal vue par les syndicats. Qui assimilent cela à de la propagande. Ridicule ! »
  Doan Bui


Cet article pose plusieurs problèmes (outre quelsques caricatures "journalistiques"), révélateurs de certains débats dans notre discipline :  les stages sur les "fondamentaux" posaient la question des contenus à enseigner, puis l'affaire des stages en entreprise avec le MEDEF (via l'institut de l'entreprise) dont l'article fait allusion.

Le collègue en question semble être passé du marxisme des 70's  (Ah la fameuse école de régulation, voire le capitalisme monopoliste d'Etat de Paul Boccara qui s'en souvient ?...) au libéralisme tempéré (n'est-ce pas - là aussi- une nouvelle mode ?).
Il semble rejeter peu ou prou toutes "ces théories marxistes".Mais Marx n'a-t-il plus rien à nous dire sur ce qui se passe aujourd'hui ? Inversement, Tocqueville, plutôt libéral, ne nous donne-t-il pas aussi des clés d'interprétation pour comprendre l'actualité.

Il me semble qu'on peut facilement tomber dans une optique "idéologique": enseigne-t-on des savoirs, mécanismes ou ses propres conceptions économiques, culturelles ou politiques ? Evidemment, les deux... Mais je pense que l'on a tendance (moi y compris) à s'ériger un peu trop en "donneur de leçons"( d'un côté comme de l'autre: d'ATTAC au MEDEF, d'Alternatives Economiques aux Echos...).

Ce "catéchisme" tombe dans deux écueils:
- soit on justifie le système en montrant qu'il y a des lois, des règles économiques et sociales qu'on ne peut ignorer sous peine de "sortie de route" . Par exemple: le marché et la "rationalité économique justifient tout, y compris les inégalités et l'exclusion...
- soit on "dénonce" le fonctionnement du système en se drapant dans une posture morale qui peut être naîve (mais touchante)  et / ou de mauvaise foi (tout le monde sait qu'on peut difficilement faire du passé table rase car il a été le résultat d'un long processus historique).

Certes, les Sciences Economiques et Sociales reposent en partie sur des objets qui sont au coeur de nos problèmes : la mondialisation, le lien social, les inégalités, les conflits, l'emploi, la croissance et le développement....C'est bien pour cela que cette discipline continue depuis 25 ans de me passionner.

Je sais bien que la neutralité, l'objectivité sont des prétentions naïves dont on sait trop bien ce qu'elles peuvent recouvrir (comme l'apolitisme qui n'a d'apolitique que le nom). Chaque enseignant doit faire des choix pédagogiques, doit donner du sens à ce qu'il enseigne. Son engagement personnel est  évident : on enseigne ce qu'on est.

Comment éviter les écueils précedemment évoqués ? C'est très difficile, mais je pense qu'il nous faut retracer les différentes conceptions d'analyse économiques, sociologiques (ainsi que leurs postulats, leurs justifications)...
Autrement dit, faire comprendre, donner du sens
, expliquer les différents aspects,les paradoxes et les contradictions de la société actuelle tout en évitant le manichéisme (le"bon prolétaire versus le méchant capitaliste", "le fonctionnaire improductif versus l'entrepreneur qui crée des richesses"), les faux débats (holisme contre individualisme en sociologie,  Etat contre marché ou Libre-échange contre protectionnisme en économie).

Bigre, vaste programme...

 


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