Vous vous souvenez sûrement:
il y a un an, en novembre 2005, on annoncait l'ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques.
Depuis, le 12, qui était en position de monopole légal, a disparu en avril 2006...
Les publicités pour capter ce nouveau marché ont envahi les écrans TV, les pages de nos journaux et les ondes de la radio.
Quel bilan peut-on dresser un après ? Quelles conclusions en retirer ?
quelle était la situation de départ ?
Le 12 de France Télécom régnait en maître depuis des décennies sur un marché de 250 millions d'appel (fin 2005) ce qui représentait environ 300 millions d'euros par an, soit environ 1.05 euro par appel.
Le taux de disponibilité du service était proche de 100 % et la moyenne des réponses exactes dépassait les 95 %.
Au départ, pour capter ce marché plein de promesses (on annonçait un nouvel eldorado), il y avait 27 sociétés concurrentes.
Pour avoir le droit de rentrer sur ce marché, il fallait d'acquitter de 40 000 euros par an et par numéro.
quelle est la situation aujourd'hui ?
En termes de part de marché, 4 ou 5 entreprises tirent leur épingle du jeu:
Le Numéro (118 218) (touyoutou...) : 40 à 45 %
France Télécom (118 712) : 26 %
Telegate (118 000) (les bretons, ils ont des chapeau: 15 à 20 %
PagesJaunes (118 008) : 10 à 15%
Un commentaire important:
le premier a compris un point important de la nouvelle économie. Il faut dès le départ être le premier si l'on veut rafler la mise (c'est-à-dire dominer le marché): conséquence, l'entreprise le numéro a le plus investi en publicité (soit la somme monumentale de 52 millions d'euros)
Le prix moyen constaté dépasse les 1.08 euro l'appel et le taux de réponses exactes est de 85 % . Autrement dit, c'est nettement moins performant qu'auparavant en termes de prix et de qualité de services.
Principaux prix constatés
(depuis une ligne fixe FT - Octobre 2006)
118 000 : 0,96 euro/min (plafonné à 1,92 euro/appel)
118 007 : 1,01 euro/appel (+ 0,23 euro/min)
118 008 : 1,01 euro/appel
118 012 : 0,56 euro/appel
118 218 : 0,90 euro/appel
118 712 : 1,12 euro/appel
Conséquence inattendue: le marché a perdu 100 millions d'appel en un an (soit une chute de 30 %); le secteur est sinistré.
En ce sens, les exemples étrangers (espagnols, anglais, allemands) montrent les mêmes résultats: le marché s'écroule et il ne reste plus que 2 opérateurs !!

Quelles explications ?
Comme toujours, on peut relever une série de facteurs explicatifs:
1 / les nouveaux tarifs sont trop opaques et globalement plus élevés que le 12
2 / l'Annuaire Universel qui recense l'ensemble des numéros fixes et mobiles n'est pas achevé. La qualité du service est donc moins bonne.
Les choses ne vont pas s'arranger car les opérateurs traînent des pieds pour fournir leurs bases d'abonnés afin de conserver leur avance pour les renseignements concernant leurs propres abonnés.
3 / Pourquoi payer des renseignements alors qu'on peut les avoir gratuitement ?
Soit vous avez l'annuaire papier, soit vous allez sur le site internet gratuit Pagesjaunes.fr (65 millions de visites en Septembre, soit 5 fois plus que l'ensemble des appels sur tous les numéros 118). Il reste évidemment les mobiles, mais Pagesjaunes.fr se développe aussi dans ce secteur.
Quelles conclusions ?
Comme on le voit, la concurrence en soi n'est pas non plus la panacée.
Il ne suffit pas d'ouvrir un marché à la compétition économique pour le client en retire un bénéfice (soit par un prix plus faible à qualité égale, soit par de meilleures prestations).
On l'avait déjà remarqué dans d'autres activités, c'est le cas aujourd'hui des renseignements téléphoniques.
Ce qui compte, ce n'est pas de laisser faire les acteurs économiques (qui ne voient souvent que leur propre intérêt à court terme).
Dès lors, instaurer un cadre général (mais contraignant, c'est-à-dire avec un cahier des charges strict et préçis) dont l'unique objectif est la meilleure satisfaction des besoins permettra de mieux réguler les comportements des uns et des autres.