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Pour redonner du sens aux mutations économiques et sociales, des articles et des liens liés aux sciences économiques et sociales, aux débats actuels.

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Du retour de l'autorité...

La rentrée vient à peine de se terminer que (re)surgit la question de l'autorité: Le Point publie une enquête sur les violences scolaires, le Ministre de l'Intérieur souhaite que les élèves se lèvent lorsqu'un adulte rentre dans la classe, certains journalistes ou essayistes accusent Mai 68 d'avoir ruiné les fondements de l'autorité...

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Que peuvent nous dire les sciences sociales sur la question de l'autorité ? La question est très vaste et mériterait bien évidemment beaucoup plus qu'un simple billet. Mais essayons de définir ce qu'est l'autorité et de repérer les fondements sur lesquelles elle peut s'appuyer.


I / Comment définir l'autorité ?

Des sociologues ont donné des éléments de définition qui restent encore aujourd'hui très féconds pour comprendre notre époque.


Autorité:
"Probabilité qu'un ordre ayant un contenu spécifique donné soit suivi par un groupe donné de personne" (Max Weber)


Capacité de se faire obéir sans recourir à la force physique (ce qui n'exclut pas d'autres types de forces).  L'autorité est une relation légitime de domination.
Chez Weber, la
domination est la "chance de trouver des personnes déterminables prêtes à obéir à un ordre de contenu déterminé".
 

Avoir du pouvoir ne veut pas dire avoir de l'autorité
:
en tant qu'enseignant, je dispose, de par mon statut, d'un certain nombre de pouvoirs (contrôle des absences, du travail des élèves, distribution de la parole, des notes...). Mais si ne n'arrive pas "à tenir ma classe", on dira que je n'ai pas d'autorité.
L'inverse est également vrai: on peut avoir de l'autorité, mais pas forcément de pouvoirs (comme dans le cas de l'autorité parentale).


Première conséquence:
Ce n'est pas forcément en attribuant plus de pouvoirs (de sanction par exemple) qu'on augmente la capacité à se faire obéir. Cependant, toute autorité a besoin de pouvoirs (notamment de sanction) pour que ces ordres soient suivis.

On a définit l'autorité comme une relation légitime de domination.

Que signifie cette notion de légitimité

Une situation est légitime lorsqu'elle est acceptée par ceux qui en subissent les conséquences.

Elle ne se confond pas avec la légalité (ce qui est conforme au droit). Un pouvoir, une autorité peuvent être légaux, sans être légitimes. En démocratie, légalité et légitimité sont souvent confondues.

L'enjeu, pour toute autorité, est donc de faire accepter aux dominés leur domination.
les sociologues prêtent une grande attention à la "légitimation", c'est-à-dire à l'ensemble des processus par lesquels les "dominants" parviennent à se faire reconnaître et accepter par les dominés.


Deuxième conséquence:
Toute autorité doit être légitimée. Ce résultat ne s'obtient pas immédiatement, il faut en effet que l'autorité justifie (d'une façon ou d'une autre) sa capacité à se faire obéîr si elle veut durablement dominer.

d'où le deuxième point concernant les fondements de l'autorité.

          II / Quels sont les fondements de l'autorité ?

Pour Weber, dans Économie et société, il existe diverses formes de domination et donc différents fondements pour asseoir son autorité.


La domination traditionnelle :


Elle est fondée sur la croyance et le respect de l'ordre établi.
C'est le modèle des monarchies de droit divin. C'est un système de valeurs qui a son fondement en Dieu. «Toute autorité vient de Dieu» (Romains, XIII, 1). La croyance est la raison de la soumission à l'autorité.

 

A l'école, au travail, dans la famille, le respect du maître, du patron, du père s'est longtemps justifié par la tradition qui maintenait l'ordre établi (1968 peut être, à cet égard, une véritable rupture).

La domination charismatique :

Le respect de l'autorité se fonde alors sur le charisme de celui qui l'incarne.

C'est celui ou celle qui parle le plus fort, est le plus beau, le plus confiant, le plus savant.

Le leader doit cristalliser et réaliser les aspirations du groupe. C'est un double processus, de reconnaissance des qualités réelles et d'idéalisation du type.

Les grands dictateurs d'ailleurs ne s'y trompaient pas en mettant un soin tout particulier à cultiver le culte de la personnalité.

Dans un tout autre registre, De Gaulle, Kennedy, Gandhi avaient également un charisme tel qu'il permettait de faire reposer en partie leur autorité là-dessus.

Le charisme fonctionne toujours à l'heure actuelle, que ce soit dans l'école (tout le monde a eu un jour un professeur, une institutrice ayant un charisme tel que la question de l'autorité ne se posait même plus), dans sa vie professionnelle ou familiale. La vie politique est de plus en plus marquée par la personnalisation du leader (le combat des chefs...)
 
Malheureusement, là encore, le charisme ne se décrète pas; on ne peut donc pas fonder l'autorité d'une institution (comme l'Ecole) sur le charisme personnel des professeurs.

 La domination légale-rationnelle:

On reconnaît la capacité de quelqu'un en un certain domaine, et on exige des preuves d'efficacité. C'est la compétence qui devient le fondement de l'autorité. Cette compétence  se traduira par l'octroi de pouvoirs dont les textes définirons les contours (d'où le respect des lois).

Evidemment, il s'agit de types-idéaux; dans la réalité, toute autorité va s'appuyer sur ces trois fondements (en privilégiant tantôt l'un, tantôt l'autre...).

Dans nos sociétés, c'est évidemment ce type de fondement de l'autorité qui domine.

Examinons donc de plus près cette question pour comprendre.
Quel peut être le fondement de l'autorité dans le domaine politique ?

Les conflits et les tensions qui traversent toute société humaine et qui doivent trouver une procédure de résolution.

 La fonction principale du pouvoir politique : régler les conflits intra sociétaux (entre sexes,  entre catégories sociales) et les conflits avec d'autres sociétés.

Force est de constater que l'autorité des hommes politiques est contestée aujourd'hui. Plus aucun maire ne peut prendre une initiative sans que des collectifs se créent pour protester, défendre, s'opposer. Plus aucun leader politique ne peut s'imposer dans son propre camp de façon naturelle (au PS évidemment, mais aussi, dans une moindre mesure à l'UMP); même l'autorité du Premier Ministre est ouvertement contestée: on songe à l'affaire du fameux Lundi de Pentecôte sous JP Raffarin et plus récemment à la crise d'autorité (et d'autoritarisme) qu'a traversé D. De Villepin lors du CPE.

Troisième conséquence:
s'il y a crise de l'autorité, c'est que les dominés ne croient plus en la compétence des autorités de règler leurs problèmes. Vouloir restaurer les attributs visibles de l'autorité n'est donc pas suffisant

Il faudra aussi refonder un pacte social (A quoi sert l'école si je ne trouve pas d'emploi ou que les cours ne me parlent plus ? Pourquoi dois-je m'investir dans l'entreprise si c'est pour être licencié ou sous-payé ?...)
 

En démocratie, chaque personne en vaut une autre. Toutes ont le droit et la possibilité de s'exprimer sur tous les problèmes qui concernent leur vie. Evidemment, cet individualisme cadre mal avec l'autorité (définie plus haut) qui repose sur une relation inégalitaire.
C'est bien cette contradiction que l'on n'arrive pas à dépasser: l'autorité implique une séparation entre un petit nombre et les autres, elle est un moyen d'imposer aux individus le respect d'un intérêt général présumé supérieur tandis que l'idéal démocratique met en valeur les libertés individuelles, la mise en valeur de la personnalité de chacun, l'égale dignité de chacun...
Conséquence: l'autorité est jugée utile (y compris par les élèves) mais rejetée (elle implique obéissance et sanction, c'est bon pour les autres, pas pour moi).


C'est moins la crise de l'autorité (c'est-à-dire des formes visibles de l'obéissance) que la question du fondement de nouvelles formes d'autorité.
En effet, beaucoup personnes se disent: "pourquoi obéir puisque je n'ai pas choisi ce qu'on m'impose (l'école, le travail, mon chef...) et qu'après tout, ce que je suis, ce que je pense vaut autant que celui ou celle qui est au-dessus de moi ?






Quatrième conséquence:

On ne remet pas en cause la fonction de l'autorité, mais le fait que cette autorité doit me reconnaître en tant qu'individu. Autrement dit, les voies de la nouvelle autorité passent par une revalorisation de la personne qui y est soumise (quand on voit les débats sur le retour à l'école d'antan, aux blouses on croit réver...)

Pour prolonger: un billet sur l'expérience de Milgram (la soumission à l'autorité ici)
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J
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C
Oui, ton post rosecelavi me permet de rajouter un lien vers un billet que j'avais fait à ce sujet. Merci.
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R
Un sujet très intéressant surtout en ce moment. Je crois que vais bientôt te donner l'occasion de pouvoir venir débattre sur mon blog, par commentaires interposés autour de ce thème. As-tu lu le livre de Milgram "Soumission à l'autorité" dont s'est inspiré le réalisateur de I comme Icare ?  Le livre relate une expérience scientifique qui consiste à mesurer, dans certaines conditions il est vrai, la soumission à l'autorité. C'est assez édifiant et ça fait peur. Regarder la question de la soumission à l'autorité par ce prisme là, démontre qu'il n'y a pas nécessairement des compétences pour être reconnu comme autorité : un cadre, une blouse, un conditionnement environnemental suffisent.
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C
Entièrement d'accod avec toi Cajou et ce, sur plusieurs points:- il suffit d'analyser un peu la société et l'économie française avant 1968 pour voir que les inégalités étaient extrêmement forte, que l'autorité était sacralisée (dans les usines, pas de section syndicale; dans les universités, règne des mandarins, De Gaulle vieillissant etc...). Mai 68 a permis de sortir de ces carcans, a posé la question du pouvoir (et de son contrôle). Je ne suis pas nostalgique de 68 (j'avais 1 an !) mais les raisonnements qui consiste à chercher des boucs émissaires (c'est la faute au front populaire, c'est la faute aux immigrés, c'est la faute à...) sont, pour le coup, des propos de café du commerce (surtout quand on voit qui les tient, cela fait sourire: ce sont en général des ex-chahuteurs, des ex-cancres qui veulent le retour à la discipline)- J'ai parfois moi aussi l'impression d'être un donneur de leçon (ce qu m'énerve), ta remarque sur le rôle qu'on nous demande de jouer me paraît tout à fait justifiée. J'essaye donc de sortir de cela (par exemple en Education Civique) en proposant des activités de recherche, des débats, au cours desquels j'essaye simplement d'accompagner les élèves plutôt que de faire la leçon (même si c'est souvent très tentant).
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C
Clairement, le pouvoir actuel fait plus pour saper l'autorité des enseignants en les dénigrant dans l'esprit des familles et donc des élèves,  que Mai 68 ... Ceci-dit, je ne suis pas une fan de l'autorité vue comme un piédestal incontestable de l'Adulte face aux enfants : je pense que l'autorité se construit dans le respect mutuel ( ce qui n'était pas franchement le cas avant Mai 68 : les enfants n'avaient que peu l'occasion d'exprimer leur avis, et donc de construire des arguments contradictoires ...). Mais en rendant l'école dépositaire quasiment unique de l'enseignement de tous les interdits (ne plus manger sucré et gras, ne pas transgresser le code de la route, ne pas jeter ses déchets n'importe où, ne pas gaspiller l'eau, l'électricité, le papier ...), nos dirigeants nous poussent à apparaitre sans cesse comme des donneurs de leçons ( comme tu l'expliques, face à la part grandissante de l'individualisme), et non plus comme des éducateurs qui amènent des prises de conscience réfléchies ...
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