La domination charismatique :
Le respect de l'autorité se fonde alors sur le charisme de celui qui l'incarne.
C'est celui ou celle qui parle le plus fort, est le plus beau, le plus confiant, le plus savant.
Le leader doit cristalliser et réaliser les aspirations du groupe. C'est un double processus, de reconnaissance des qualités réelles et d'idéalisation du type.
Les grands dictateurs d'ailleurs ne s'y trompaient pas en mettant un soin tout particulier à cultiver le culte de la personnalité.
Dans un tout autre registre, De Gaulle, Kennedy, Gandhi avaient également un charisme tel qu'il permettait de faire reposer en partie leur autorité là-dessus.
Le charisme fonctionne toujours à l'heure actuelle, que ce soit dans l'école (tout le monde a eu un jour un professeur, une institutrice ayant un charisme tel que la question de l'autorité ne se posait même plus), dans sa vie professionnelle ou familiale. La vie politique est de plus en plus marquée par la personnalisation du leader (le combat des chefs...)
Malheureusement, là encore, le charisme ne se décrète pas; on ne peut donc pas fonder l'autorité d'une institution (comme l'Ecole) sur le charisme personnel des professeurs.
La domination légale-rationnelle:
On reconnaît la capacité de quelqu'un en un certain domaine, et on exige des preuves d'efficacité. C'est la compétence qui devient le fondement de l'autorité. Cette compétence se traduira par l'octroi de pouvoirs dont les textes définirons les contours (d'où le respect des lois).
Evidemment, il s'agit de types-idéaux; dans la réalité, toute autorité va s'appuyer sur ces trois fondements (en privilégiant tantôt l'un, tantôt l'autre...).
Dans nos sociétés, c'est évidemment ce type de fondement de l'autorité qui domine.
Examinons donc de plus près cette question pour comprendre.
Quel peut être le fondement de l'autorité dans le domaine politique ?
Les conflits et les tensions qui traversent toute société humaine et qui doivent trouver une procédure de résolution.
La fonction principale du pouvoir politique : régler les conflits intra sociétaux (entre sexes, entre catégories sociales) et les conflits avec d'autres sociétés.
Force est de constater que l'autorité des hommes politiques est contestée aujourd'hui. Plus aucun maire ne peut prendre une initiative sans que des collectifs se créent pour protester, défendre, s'opposer. Plus aucun leader politique ne peut s'imposer dans son propre camp de façon naturelle (au PS évidemment, mais aussi, dans une moindre mesure à l'UMP); même l'autorité du Premier Ministre est ouvertement contestée: on songe à l'affaire du fameux Lundi de Pentecôte sous JP Raffarin et plus récemment à la crise d'autorité (et d'autoritarisme) qu'a traversé D. De Villepin lors du CPE. Troisième conséquence:
s'il y a crise de l'autorité, c'est que les dominés ne croient plus en la compétence des autorités de règler leurs problèmes. Vouloir restaurer les attributs visibles de l'autorité n'est donc pas suffisant
Il faudra aussi refonder un pacte social (A quoi sert l'école si je ne trouve pas d'emploi ou que les cours ne me parlent plus ? Pourquoi dois-je m'investir dans l'entreprise si c'est pour être licencié ou sous-payé ?...)
En démocratie, chaque personne en vaut une autre. Toutes ont le droit et la possibilité de s'exprimer sur tous les problèmes qui concernent leur vie. Evidemment, cet individualisme cadre mal avec l'autorité (définie plus haut) qui repose sur une relation inégalitaire.
C'est bien cette contradiction que l'on n'arrive pas à dépasser: l'autorité implique une séparation entre un petit nombre et les autres, elle est un moyen d'imposer aux individus le respect d'un intérêt général présumé supérieur tandis que l'idéal démocratique met en valeur les libertés individuelles, la mise en valeur de la personnalité de chacun, l'égale dignité de chacun...
Conséquence: l'autorité est jugée utile (y compris par les élèves) mais rejetée (elle implique obéissance et sanction, c'est bon pour les autres, pas pour moi).

C'est moins la crise de l'autorité (c'est-à-dire des formes visibles de l'obéissance) que la question du fondement de nouvelles formes d'autorité.
En effet, beaucoup personnes se disent: "pourquoi obéir puisque je n'ai pas choisi ce qu'on m'impose (l'école, le travail, mon chef...) et qu'après tout, ce que je suis, ce que je pense vaut autant que celui ou celle qui est au-dessus de moi ?
Quatrième conséquence:
On ne remet pas en cause la fonction de l'autorité, mais le fait que cette autorité doit me reconnaître en tant qu'individu. Autrement dit, les voies de la nouvelle autorité passent par une revalorisation de la personne qui y est soumise (quand on voit les débats sur le retour à l'école d'antan, aux blouses on croit réver...)