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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 10:00
undefinedVous savez d'où me vient l'inspiration ce matin ?

Je vois que mon compteur de visites va franchir aujourd'hui sans doute la barre symbolique des 100 000 visites ....
Diable, c'est l'occasion de se regarder le nombril, non ?



Mais en même temps, fidèle à ses exigences pédagogiques, SOS...SES...Je Blogue  va vous donner quelques clés pour mieux comprendre notre société.

Quelques données sur SOS...SES. Je suis surpris des informations obtenues grâce à Google Analytics.
Vous voulez des preuves ?
Depuis Janvier 2008, les articles les plus lus sont:

      1 / Oh les belles images !

Un article illustré sur la diffusion des nouvelles technologies et la Saint Valentin (si vous voyez pas le rapport entre les deux, attendez la fin de l'article ^^)


      2 / Et on continue encore et encore ...

Une conférence de Michel Serres sur les nouvelles technologies, il est brillant, éclairant, pertinent, intelligent, savant....


      3 / Il est arrivé

Mon portable de poche à 300 euros, qu'il est bien ^^ (je sais, j'en connais qui rigolent quand ils voient la taille de l'écran...)


      4 / (Tag) il ne faut pas jeter la Pierre à Pierrre

Comment se faire des amis et entretenir son réseau social en se dévoilant


      5 / Comment lisez-vous le web ?

De la lecture en Z à la lecture en F, le web nous change, le web me change


      6 / Mon parcours professionnel

Bande de petits curieux, vous voulez savoir qui je suis ^^


Moralité: ce sont les articles concernant les nouvelles technologies et moi-même qui ont le plus de succès... C'est troublant, non pour un blog sur les sciences économiques et sociales ?

En réalité, on peut pousser l'analyse un peu plus loin (et vous savez que les enseignants ont cette qualité et cette manie de vouloir tout expliquer ou comprendre)

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undefined Je fais appel à quelqu'un qui reste trop méconnu en France: Charles Taylor.

On peut lire sa page wikipédia pour se faire rapidement une idée.

Son livre majeur: "Les sources du moi"

C. Taylor essaye de comprendre l'individu dans la modernité.




Il ne le pense pas comme un être abstrait et rationnel, agissant par intérêt stratégique (calcul coûts / avantages), celui qu'on désigne par "homo economicus".

C'est au contraire un être dont le "moi" devient identifiable à partir des "contextes de signification" comme son corps, sa langue et sa communauté culturelle. En effet, ceux-ci vont permettre à cet individu moderne de se construire une identité qui l'aidera à s'orienter dans l'espace social.
C. Taylor, c'est ici qu'il me semble le plus pertinent, propose une conception "dialogique" du moi. L'individu se construit à travers les autres.
Les "autruis significatifs" possèdent la capacité de reconnaître "mon moi" dans ce qu'il a de plus singulier. Ce faisant, ils me permettent de réussir une tâche très difficile, celle de construire mon identité.

C. Taylor, comme d'autres, voit deux tournants dans la modernité:

    - (pour aller vite) de 1789 aux années 1960:
C'est la révolution "égalitariste" qui va substituer la logique de l'égalité démocratique à celle de l'honneur aristocratique (tiens, j'ai bien aimé les séries de France 2 sur Maupassant qui est une mine d'or sociologique, notamment sur la petite bourgeoisie).
Cette première modernité a valorisé un individu universel ("les droits de L'Homme") et égalitariste (cf la thèse d'A. de Tocqueville sur l'égalisation des conditions).

     - depuis les années 1960 jusqu'à nos jours:
C. Taylor l'analyse comme une "révolution expressiviste" (ce n'est plus la dignité qui est recherchée mais l'authenticité).
La société nous pousse à cultiver nos différences parce qu'elles nous permettent d'exister aux yeux des autres.
Par conséquence, la reconnaissance devient l'alpha et l'oméga des liens sociaux. C. Taylor : " la reconnaissance n'est pas simplement une politesse que l'on fait aux gens, c'est un besoin humain vital"

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Voici un extrait du Point du 28 juin 2007

Le Point: Vous vous êtes rendu célèbre en 1989 en publiant « Les sources du moi », un livre où vous analysez les motivations de l'individu dans la société moderne et démontrez en fait qu'une seule chose l'intéresse : lui-même. On est loin du lien social...

Charles Taylor: Il faut bien l'accepter : l'individualisme a évolué. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, à l'époque de John Locke ou d'Adam Smith, il s'agissait pour l'individu de se définir et d'acquérir des droits par rapport à la société, aux Eglises, au pouvoir. Dans le même temps, sous l'influence de la Réforme, s'est développé un individualisme de responsabilité : l'homme libre face à Dieu.
Depuis les années 60 se développe un troisième type d'individualisme : l'individualisme identitaire. Le sujet revendique le droit d'être lui-même, quel que soit l'objet de son désir (être artiste peintre, moine, homosexuel...) et le chemin pour aboutir à son accomplissement. Comme l'écrivait déjà au XVIIIe le philosophe allemand Herder, chaque être humain veut vivre en fonction de sa propre mesure. C'est ce que j'appelle la « quête d'authenticité ». C'est un véritable idéal moral, et à mon sens, une forme authentique d'exigence éthique. Non seulement elle crée de nouvelles valeurs pour la société, mais elle est devenue une source de revendication sociale. Si je revendique le fait d'être homosexuel ou musulman, je donne les clés pour expliquer comment je conçois le monde. Et je veux être reconnu en tant que tel. Ma quête personnelle d'authenticité ne vise pas l'exclusion, mais la reconnaissance sociale.

Cette quête de soi n'est-elle pas pur narcissisme ?

Le problème n'est pas de juger mais d'être réaliste. Ma thèse est que, si l'on veut comprendre nos sociétés, il faut faire référence à ce besoin d'authenticité.
Prenons encore une fois le cas des homosexuels : le problème n'est pas de savoir s'il est bien ou mal qu'un homme aille jusqu'au bout de son désir pour un autre homme. L'important, c'est qu'il réclame le droit d'être reconnu en tant que tel. Il ne veut pas que la société l'entrave dans sa quête identitaire et il est prêt à se battre pour cela au sein de sa communauté.

Vous défendez le principe communautaire. Mais la communauté peut aussi être perçue comme une entrave, non ? Que faites-vous de ces jeunes musulmanes mariées de force ou obligées de se voiler ?

Bien sûr qu'il existe des communautés oppressives. C'est justement le rôle de l'Etat libéral de défendre les individus contre celles-ci. Mais il est absurde de penser que toutes le sont. C'est s'aveugler devant le fait que la solidarité communautaire sert souvent d'appui à la liberté des particuliers.

Comment analysez-vous le désengagement politique que l'on constate dans beaucoup de pays démocratiques ? Est-ce une conséquence de cette quête d'authenticité ?

Marcel Gauchet l'a bien montré : dans une société où la recherche d'authenticité devient la grille avec laquelle on voit le monde et la manière de coexister, on constate une perte d'engagement envers la chose commune, que ce soit au niveau des partis politiques, des syndicats ou de l'Etat. Il n'est donc pas surprenant de constater que dans nos sociétés, les taux de participation aux votes tendent à diminuer. Les Etats-Unis sont très en avance sur ce sujet puisque le taux d'abstention aux grandes élections nationales se rapproche de 50 %. Il est donc important de développer d'autres modes de fonctionnement sociaux. Jusqu'ici, nos sociétés reposent sur la loi, les coutumes, les codes. La négociation n'était qu'un ajustement pour éviter les blocages. Aujourd'hui, elle est obligatoire.

28/06/2007 - Propos recueillis par Catherine Golliau -
© Le Point - N°1815

 


Pour prolonger:

- article de François Dubet: "pour une conception dialogique de l'individu" (source: espace temps)



Alors, vous comprenez maintenant que "Mon manège à moi...c'est vous !".

Merci à tous ceux et celles qui prennent le temps de lire SOS...SES...Je blogue !

Musique maestro et je dis respect total...si ... si... encore "une vieillerie" me diront les d'jeuns, mais je la considère comme notre chanteuse de blues, na....



free music



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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 06:04
marc-riboud-le-peintre-de-la-tour-eiffel-1953.jpgApparemment la série de billets sur ce thème vous a plu (si j'en juge par vos commentaires et le nombre de lecteurs).
En même temps, je m'aperçoit qu'une majorité d'entre vous attend des articles de sociologie (voir le sondage express à droite).

Voici le dernier article consacré aux analyses de François de Singly.  Après avoir commenté l'individualisme citoyen et relationnel (voir ici), puis l'individualisme compétitif (voir ici), nous terminerons par l'individualisme humaniste.


Pour de Singly, l'individualisme moderne va crée de nouvelles inégalités qui seront différentes des inégalités précédentes.


Marc Riboud le peintre de la tour Eiffel (1953)


En effet, les conflits sociaux passés ont montré que les inégalités étaient vécues sur un mode collectif (les salariés vs les employeurs).
Ce qui avait deux conséquences:

- la première est de fournir une certaine légitimation à ces inégalités.
Ainsi, l'école de Jules Ferry était, comme l'a bien montré François Dubet, profondément inégalitaire (l'école primaire pour les enfants du peuple; le collège et le lycée pour les autres).
Mais ces inégalités n'étaient pas considérées comme injustes: ce n'était pas l'individu qui en était rendu responsable, mais son appartenance à tel ou tel groupe social. C'est le même raisonnement pour l'ouvrier qui pouvait justifier sa condition par le simple fait qu'il appartenait à la classe ouvrière.

- la deuxième conséquence (liée à la première) est que, par des actions collectives (grèves, luttes sociales...), on pouvait améliorer le sort du groupe social auquel on appartenait. La sécurité sociale, les droits sociaux ont été des conquêtes collectives issues des antagonismes entre groupes sociaux.


21patron_ouvrier-1.jpg

Aujourd'hui, rien de tel. Les inégalités sont vécues sur le mode individuel (c'est l'autre versant de "la méritocratie" dont François de Singly a montré qu'elle a pris son essor au milieu des années soixante).
C'est l'individu lui-même qui est rendu responsable (coupable ?) de sa situation.
Ce qui ne débouche plus vraiment sur des actions collectives
, mais sur de la frustration et de la violence chez ceux qui ne peuvent plus invoquer les causes sociales (qualifiées d'"excuses" ) de leur échec.


giacometti33.jpg
       sculpture d' Alberto Giacometti

"Aussi, l’individualisme, pour être un humanisme, ne doit pas laisser faire seulement la régulation par le marché et la concurrence. Il doit placer des biens et des reconnaissances hors épreuves, hors mérites, hors performances. L’individu a besoin de recevoir d’autres formes de reconnaissance qui n’obéissent pas aux mêmes règles, comme le fait d’être aimé, le fait d’être citoyen. L’individu conserve une valeur intrinsèque, même si aucune institution, aucune autre personne ne le reconnaît à titre personnel. Cette valeur non négociable renvoie à ce qui est commun à tous : l’appartenance à l’humanité. C’est ce que désigne cette dernière forme d’individualisme "
Source: F.de Singly: l'indidividualisme est un humanisme, éditions de l'aube 2005



Cette forme d'individualisme doit tempérer les excès de l'individualisme compétitif et relationnel.

A cet égard, la mise en place de la Couverture Maladie Universelle est exemplaire. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de ressources que l'on n'a pas droit à une couverture médicale. Elle me parait illustrer une manifestation de cet individualisme humaniste.

Que vont devenir ceux qui n'ont pas, par leur mérite (réel ou présupposé) réussi leur scolarité ou leur vie professionnelle (les perdants de l'individualisme compétitif) ?
Doit-on laisser de côté les élèves qui ne réussissent pas, les salariés d'éxécution qui n'ont pas un emploi dit prestigieux ou ceux que Robert Castel appelle les surnuméraires (ceux qui "sont en trop": chômeurs, Rmistes...) ?
Quel sera le sort de ceux qui auront été marqués négativement dans leur quête de reconnaissance (individualisme relationnel) ?
Doit-on les laisser dans leur infinie solitude ?
70491203_7db879473f_m.jpg


Allez, je vous laisse d'abord avec Coluche (qui nous donne une leçon d'humanité ???)



Et puis, Camille Bazbaz, c'est de circonstance, non ?



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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 07:23
photo-DeSingly.jpgVous vous  souvenez de la première partie ?
Pour décrypter  le lien social moderne,  François de Singly  met en avant  quatre facettes de l'individualisme.
Nous avons  vu l'individualisme citoyen (un individu abstrait, libre, doué de raison, qui s'est  émancipé des tutelles traditionnelles) et l'individualisme relationnel (un individu à la quête de soi dans sa relation avec les autres). Aujourd'hui, nous prolongerons la réflexion avec l'individualisme compétitif.

L'individualisme compétitif.

Pour François de Singly, la deuxième modernité (qui débute à partir des années 1960) va donner naissance à un nouveau type de concurrence qui va prendre une forme individualiste.
En effet, la rivalité entre les individus et groupes sociaux existe dans toute société. Une société de castes ou d'ordres sont basé sur ce que François de  Singly appelle un "holisme compétitif": la rivalité est établie entre groupes sociaux qui déterminent les comportements individuels.

Mais de nouvelles conditions sont apparues au cours des années 1960, elles vont inciter chaque individu, avec ses ressources personnelles, à être en concurrence avec d'autres individus. C'est l'individualisme compétitif.
Quelles sont ces nouvelles conditions ?

Pour François de Singly, c'est la massification scolaire qui débute dans les années 1960 : "Auparavant, l’école de Jules Ferry servait surtout à créer une culture commune à tous les petits français afin de renforcer le sentiment d’appartenance à la Nation, seule forme de communauté légitime (…) Le diplôme devient progressivement le marqueur d’une compétence personnelle (mélange d’intelligence et d’implication personnelle dans le travail), tout en étant standardisé (…) L’école est pensée comme « libératrice », détachant les enfants de leur origine pour ne considérer que leurs aptitudes (…) Sous le règne de l’individualisme, les hommes et les femmes ne sont plus officiellement classés selon leur origine de naissance, ils doivent ou devraient –en raison du principe de l’égalité des chances- être reconnus par leur valeur propre."
 Bacheliers.gif
  Source: L'état de l'école, DEP

Ainsi, cet individualisme compétitif est basé sur le principe méritocratique qui est une nouvelle manière de légitimer les inégalités.

François de Singly voit un autre signe de l'existence de cette facette: les compétitions sportives: "Qu’allons-nous voir quand nous assistons à une compétition sportive ?

Nous allons voir comment un homme pareil à un autre, qui n’est rien à priori que notre semblable devient quelqu’un par son seul mérite. Le dopage devient un équivalent de l’héritage en tant que ressource non légitime, venant de l’extérieur et non de l’intérieur."

 
Si vous avez regardé la vidéo du billet précédent sur les 3 étapes d'une éducation 2.0, on voit que cette idée de compétition est reformulée pour la rendre compatible, légitime avec les valeurs ambiantes: à l'école, il s'agit non pas d'une compétition contre les autres , mais d'une compétition avec soi-même, pour s'accomplir soi-même, voire se dépasser... Le parallèle avec le sport parait relativement fructueux.

0807-multi-tennis.jpg
J'ajoute que si on combine l'individualisme relationnel avec l'individualisme compétitif, on comprend mieux les succès d'audience des émissions de télé-réalité.

On demande aux candidats de nous révéler leur être intime à travers leur relation avec les autres,  à travers la chanson ou des épreuves sportives voire amoureuses. Chaque fois, le leitmotiv est le même: que ce soit les profs ou les artistes invités, "le meilleur conseil que je puisse te donner, c'est d'être toi-même" ^^

Cette quête relationnelle (cela ne vous rappelle pas le fameux slogan Be Yourself ?) se déroule dans un cadre compétitif. Il faut, en effet, pour légitimer cette compétition, mériter sa place (les journaux people se chargeant de dévoiler les "tricheurs": ceux qui connaissaient d'autres personnes du milieu pour réussir leur casting etc...).

Je me rappelle que je me suis souvent interrogé quant au succès de ces émissions. Par exemple, je trouvais très paradoxal que le métier d'enseignant soit bousculé dans la réalité et parallèlement on a jamais autant mis en scène dans la télé-réalité les professeurs (dont certains ont largement contribué à faire le succès de l'émission, je pense à "La Nouvelle Star" sur M6).
Autre paradoxe: les élèves me demandaient de ne plus dire les notes devant toute la classe (j'ai toujours été surpris par cette demande), alors qu'on a jamais autant étalé des notes dans les médias. Les films, les albums, les jeux vidéo, les candidats, tous sont notés, en direct, et en public ^^. Vous avez vu les critères de notation à la Star Académy version 2007 ? C'est étonnant... quand je pense également aux contraintes auxquelles les élèves étaient prêts à se soumettre dans ces émissions ;)

On peut là aussi, il me semble, parler d'une mise en scène de cet individualisme compétitif.

stewart-2.jpg


Et un...et deux...et trois.... jingle.... Attention, cela va très vite (
C'est du lyrical ghetto
Tu peux l'bloquer sur mes mots / Si t'as pas suivi mon flow / Oué c'est tellement speed que j'suis d'jà à San remo)




Si tu cherches pas la gagne
Ca s'ra l'affaire qui t'trouve
Ca s'ra la même pour tous
On vit tous comme des oufs
Si tu cherches pas la gagne
Et si tu cherches pas la gagne
Ca s'ra la même pour tous
On veut tous plus de ouss

Alors, si c'est comme cela, moi je suis plutôt partisan de...




Le prochain article apportera des éléments de réponse face à ces attitudes...^^

En attendant, comme on dit...




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Published by christophe - dans Université Pour Tous
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 17:18
carbo.jpgEn ce moment, j'ai de plus en plus de mal à consacrer du temps à SOS...SES...Je blogue.

Le rythme de parution des billets s'est considérablement ralenti, mais je vois que cela vous laisse plus de temps pour lire et relire d'autres articles (ce mois de novembre, je risque d'atteindre les 500 000 pages vues, c'est pas dingue ?).





Mardi soir, à l'Université pour tous, nous avons étudié la thèse de François de Singly dans son livre paru en 2005: "L'individualisme est un humanisme" (aux éditions de l'Aube).
Je vais publier quelques extraits et en profiter pour commenter l'actualité de ces derniers jours (histoire de rattraper mon retard)


François de Singly est l'un des rares sociologues à mettre en avant les aspects positifs des changements sociaux que nous vivons.
Il caractérise le lien social à travers quatres dimensions: l'individualisme citoyen, relationnel, compétitif et humaniste.
Examinons-les et utilisons-les. Aujourd'hui, nous traiterons des deux premiers.


Première dimension: L’individualisme citoyen

"L’individualisation politique consiste à émanciper les individus de ces appartenances sur lesquelles ils n’ont pas de contrôle. La formation du citoyen consiste dans le pouvoir dont chacun dispose
pour avoir prise sur son existence."

Il s'agit donc de faire apparaître un individu abstrait (le père, l'élève, l'épouse, le salarié....), libre car il n'est plus sous la dépendance des tutelles traditionnelles (celle de la famille ancienne, des Eglises, des communautés villageoises ou même des classes sociales). Cet individu est doué de raison, il est capable de faire des choix par et pour lui-même.


On peut voir plusieurs manifestations concrètes de cet individualisme citoyen:

   -François de Singly insiste beaucoup sur le mariage et le divorce. Le mariage doit se transformé en contrat passé entre deux individus libres. Il ne doit plus être un "mariage arrangé" par les familles pour maintenir ou accroitre le patrimoine matériel (les terres, les boutiques) ou immatériel (l'héritage culturel).
Il cite par exemple une loi tellement individualiste pour l'époque (donc révolutionnaire) qu'il a fallut l'abondonner. C'est la loi du 20 septembre 1792 qui crée le divorce par consentement mutuel il y a presque deux siècles. En effet, dans cette loi, il est écrit que "l'un des époux peut faire prononcer le divorce sur la simple allégation d'incompatibilité d'humeur ou de caractère". Il faudra attendre 1975
pour que ce type de divorce soit à nouveau reconnu par la loi.

    - l'une des réformes les plus importantes (mais les plus méconnues aussi) est celle qui instaure l'isoloir (loi du 29 juillet 1913). L'isoloir va faire émerger cet individu démocratique abstrait. François de Singly écrit: "Avant d'entrer dans l'isoloir, l'individu a toutes ses appartenances, il est défini par une série de dimensions statutaires. Une fois dans l'isoloir (...), il se dépouille pour laisser apparaître seulement une identité commune à tous, celle de citoyen doué de raison."

jour_du_vote2-2.jpg
SOS...SES...Je Blogue en avait déjà parlé , c'était une toute première série d'articles sur le secret de l'isoloir (épisode 1, épisode 2 et épisode 3)

J'ai suivi avec attention les débats concernant la façon dont les étudiants s'exprimaient à propos des votes dans les Assemblées Générales. On retrouve ces problématiques en jeu: certains veulent un vote à bulletin secret (pour ne pas être sous influence), d'autres ne reconnaissent que les votes à main levée dans les A.G....

     - Enfin, on peut voir également dans la légendaire blouse de l'écolier un symbole de cet individualisme citoyen. Dans l'école Républicaine (celle de Jules Ferry) chaque élève, par sa blouse, laissait ses appartenances sociales, géographiques à la porte d'entrée de l'école.--cole-r--tro.jpg
Cet individualisme est représentatif de ce que François de Singly appelle la première modernité (qui s'étend de 1789 à 1960).

 
L'individualisme relationnel.

Pour François de Singly, c'est "la forme de reconnaissance la plus personnelle, la relation au sein de laquelle l'individu se sent reconnu comme être unique et original."
 Cette quête de reconnaissance - dont Charles Taylor a montré qu'elle était le pivot du lien social actuel- trouve son aboutissement dans la relation amoureuse et amicale entre deux individus.ete_a_paris_telerama_n.jpg
En effet, " idéalement, l'amour naît entre deux individus qui parviennent à se voir au-delà de leurs appartenances. L'un et l'autre éprouvent le sentiment heureux d'être enfin reconnus, témoin ce héros de Beaumarchais qui déclare, dans le Barbier de Séville, qu'il "est si douc d'être aimé pour soi-même."
Et lorsque cette reconnaissance interpersonnelle ne se réalise plus, l'individu sent qu'il n'est plus regardé pour lui-même, qu'il n'est plus dans le regard de l'autre; alors les liens se distendent et peuvent conduire à la rupture (ici le divorce).



Il me semble qu'il y a là une grille d'analyse intéressante: ne peut-o
n pas penser qu'il y a une crise entre ces formes d'individualisme ?

L'individualisme abstrait de la première modernité tourne un peu à vide face aux inégalités et aux discriminations. Le besoin de reconnaissance, on le voit, est extrêmement fort. Alors qu'auparavant notre identité était relativement figée (le mari, le père, le salarié: à l'âge adulte, on "savait qui on était"), aujourd'hui, cette quête d'identité est plus difficile, elle reste inachevée. Mais en même temps, elle gagne en intensité:  on veut être reconnu pour soi et par les autres.

Les émeutes urbaines peuvent, en partie, traduire ces contradictions. Les rapports des jeunes avec la police et avec la société sont susceptibles d'être passés au crible de cette grille d'analyse.

D'un côté, on leur parle de l'individualisme abstrait: celui qui doit respecter les règles de la République comme le citoyen lambda.

De l'autre côté, ces jeunes ont le sentiment d'être discriminés, rejetés (par la police, l'école, le monde du travail...). Ils expriment une forte demande de reconnaissance de leur situation (c'est l'autre facette de l'individualisme).

Cette rage, on l'a vu, n'a pas eu de débouchés politiques "concrets" comme avec les luttes ouvrières du siècle dernier (les professionnels de la lutte sociale ont obtenu, par des compromis, des conquêtes importantes: les congés payés, la sécurité sociale...).
La prochaine étape sera peut être celle d'un nouveau débat sur les poli
tiques de discrimination positive lors de la présentation au mois de décembre d'un plan pour les banlieues ?

D'ailleurs, la semaine dernière, le Conseil Constitutionnel a refusé l'élaboration de statistiques ethniques au nom des principes de l'individualisme citoyen (en s'appuyant sur l'article 1 de notre constitution: "La France est une République indivisible, laique, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion")


Accrochez-vous...c'est chaud devant ^^



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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 09:25
Mardi soir, les cours à l'université pour tous ont repris.
C'est toujours un plaisir de rencontrer d'autres publics, d'échanger d'autres expériences.
C'est  vrai quoi...pourquoi limiter l'enseignement des Sciences Economiques et Sociales aux des jeunes de 16 à  20 ans ^^ ?). 

elias.jpgJ'ai choisi dans un premier temps de poser la question-problème:
"Dans quelle société vivons-nous ?" (pour paraphraser François Dubet et Danilo Martuccelli).

Parmi les différentes approches, j'ai utilisé des éléments de l'analyse de Norbert Elias.

Voici quelques citations qui me paraissent lumineuses:


"Cherchons une image simple capable d’illustrer la différence entre l’insertion d’un individu dans une société différenciée et l’insertion de l’individu dans une société moins différenciée : tâchons de nous représenter le réseau des routes et voies de communication dans les deux types de société. Les routes représentent les fonctions spatiales de l’interdépendance sociale

Regardons les routes cahoteuses, mal pavées, défoncées par la pluie et les intempéries de la société de guerriers régie par l’économie de troc. La circulation sur ces routes est, à quelques exceptions près, minime ; la menace qui vient de l’homme se présente sous la forme d’une attaque toujours à craindre par des guerriers ou des brigands. Les voyageurs regardent à droite et à gauche, ils scrutent les collines et les bosquets, ils observent d’un œil méfiant la route devant eux, car ils risquent à tout moment une attaque armée ; ce n’est qu’en second lieu qu’ils songent à la nécessité de laisser le passage à quelque autre voyageur. Pour s’aventurer sur les routes de cette société, il faut être prêt à combattre, à faire appel à son agressivité pour défendre sa vie et ses biens. 

La circulation dans les rues principales d’une grande ville de notre société différenciée exige un conditionnement très différent de notre appareil psychique. Le danger d’une attaque armée est réduit au minimum. Des automobilistes filent à toute vitesse. Les piétons et les cyclistes cherchent à se frayer un passage dans les carrefours encombrés. Mais cette régulation de la circulation présuppose que chacun règle lui-même son comportement en fonction des nécessités de ce réseau d’interdépendances par un conditionnement rigoureux. Le danger principal auquel l’homme est ici exposé est la perte de l’autocontrôle d’un des usagers de la voie publique. Chacun doit faire preuve d’une autodiscipline sans faille, d’une autorégulation très différenciée de son comportement pour se frayer un passage dans la bousculade. Si jamais l’effort qu’exige cette autorégulation dépasse les possibilités d’un individu, ce dernier et bien d’autres se trouvent en danger de mort.


collinsst.jpg

C’est là une simple image. L’enchaînement des actes qui lie les membres d’une société différenciée les uns aux autres, l’autocontrôle auquel l’éducation les astreint depuis le plus bas âge vont beaucoup plus loin que notre exemple ne le laisse paraître. Mais il nous donne au moins une idée des rapports étroits entre la permanence et la différenciation de l’habitus de l’homme dit « civilisé » d’une part, et la différenciation des fonctions sociales, la grande variété des actes devant être accordés et harmonisés de l’autre »

Norbert Elias, La dynamique de l’Occident, Paris, Calmann-Lévy, 1975



Voici un extrait de Mon oncle de Jacques Tati (1958)



 

Deuxième citation:

« Nous faisons partie les uns des autres »

Norbert Elias, La solitude des mourants, Paris, christian bourgeois, 1987



Un autre extrait de Mon Oncle (Jacques Tati 1958)





Mes commentaires seront réservés à ceux et celles qui commentent ^^



Allez un must de la chanson, du lourd, du très costaud



Votez pour la qualité du billet
 


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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 17:03
10_o__clock.gifVous savez quoi ? Le billet sur "les indispensables" a fait un tabac, plus de 400 consultations...
Et parmi les billets les plus consultés dans ce best-of, il y a les dessins animés ! Vous êtes quand même de grands enfants ^^.
Quoi ? Vous voulez des preuves ? Vous croyez que je ne voie pas ce que vous faites ? Bon alors, je vous annonce que le fordisme expliqué par Joe a été vue 95 fois, le capitalisme et l'innovation expliqué par Roger (bien utile pour le sujet de synthèse du Bac) : 68 fois, je vous passe les détails...




Alors, dans un élan de bonté, j'en remet une couche.
Mais cette fois, c'est un dessin animé français, sur un sujet bien français (non parce que les cartoons en anglais...)


Voici un petit dessin animé sur le modèle social français.




Je ne ferais pas de commentaire.

Je vous demanderais juste ce que vous en pensez vous !


prunelle-1.jpg
extrait de Gaston Lagaffe: La saga des gaffes par André Franquin, Dupuis

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 10:53
bg_bandeau.gifJ'en ai parlé à l'Université pour Tous, Mardi dernier. La TVA "sociale" est à l'ordre du jour.
SOS...SES vous a trouvé un  série de liens "lus et approuvés" qui permettent de faire le point  sur les mécanismes à l'oeuvre  et  qui  font une analyse pertinente.

- une vidéo qui tente d'expliquer (avec quelques maladresses et approximations) la TVA pour ceux et celles qui ne sont pas au courant.


- les partisans de la TVA sociale ont leur site, il est ici.
  On peut également lire cet interview d'un économiste ici
   ( source: Le Monde). De même, la position du MEDEF est ici
journaliste.gif
- les limites de la TVA sociale sont mises en évidence ici (mon article préféré) et la ou encore ici et même la .
La CGT, sur son site, avance les arguments contre:

1°) La « TVA sociale » consiste en fait à réduire la rémunération de la force de travail au profit du capital
2°) La « TVA sociale » remet en cause le mode de fonctionnement de la protection sociale fondée sur le travail
3°) La « TVA sociale » ne permet pas de créer plus d’emplois ; elle risque au contraire de peser sur l’emploi et d’accentuer les inégalités sociales
4°) La « TVA sociale » fait l’impasse sur la vraie cause des délocalisations qui est la course aux profits pour les actionnaires
5°) La « TVA sociale » est un élément de mise en concurrence des travailleurs.
Voir l'argumentation complète sur son site (désolé mais le lien n'est pas repérable)

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 11:50
  • Nous sommes à J-1 du jour de l'élection du 6 ème président de la République, je m'aventure à un bilan de la campagne électorale.

L'exercice est risqué: je ne connais évidemment pas les résultats (ce qui influence la perception de la campagne).
Je l'ai déjà écrit, j'ai trouvé cette campagne passionnante.


Un parti politique peut se définir, comme l'a montré Daniel Gaxie (Enjeux Municipaux, PUF 1984) comme un type de relations dans laquelle un ou des agents investissent des capitaux pour recueillir des profits politiques en produisant des biens politiques.

Quels sont ces capitaux mis en oeuvre par les professionnels de la politique ?
- le capital "objectivé" du parti: l'ensemble des manières de dire et de faire qui fait en quelque sorte référence à l'idéologie du parti.

- le capital personnel de l'agent: importé de l'extérieur du parti, ce sont la notoriété personnelle, la possession de ressources administratives, sociales...

A partir de là, il s'agit d'offrir des biens politiques aux électeurs. Pour cela, il faut imposer sa marque, se différencier de ses adversaires.
Les idéologies vont alors servir d'horizon de référence, de base intellectuelle pour prendre position.

L'idéologie détermine la manière de parler et le sens des discours.
Elle possède selon Olivier Reboul (langage et idéologie, PUF 1980) 5 caractéristiques: c'est une pensée partisane, collective, dissimulatrice (à l'égard des faits pouvant lui donner tort), elle se veut rationnelle et au service de la prise du pouvoir (qu'elle légitime).
Essayons d'appliquer ces grilles de lecture aux 3 principaux candidats.

Nicolas Sarkozy a su, depuis 2002, s'imposer comme le candidat légitime à droite. Comment ?
L'UMP est un parti très jeune, il n'a donc pas accumuler des références, un prêt-à-penser immédiatement disponible pour le candidat.
Dès lors, Nicolas Sarkozy est allé rechercher des thématiques traditionnelles de la droite (ordre et propriété) et a pu alors s'affirmer comme un candidat de droite sans complexe (ce qui n'était pas le cas de J.Chirac en 1995 avec le thème de la fracture sociale, ni de Valery Giscard d'Estaing en 1974, plus proche du centre droit.
Il a su proposer une idéologie (au sens d'O.Reboul) qui a donné des références (le travail, l'ordre...), qui a indiqué sa cible (le peuple de France), qui a eu une fonction incitative (la ferveur dans les meetings...). Je rappelle que son début de campagne (octobre, novembre, décembre...) était très mauvais (cf son slogan qui a été abandonné de "rupture tranquille"), mais qu'à partir du mois de Janvier, il a su reprendre la main et imposer son agenda.
Il a également utilisé le procédé consistant non pas à délégitimer un thème utilisé par l'adversaire, mais à s'approprier ce thème tout en lui donnant une réponse différente. Par exemple, il a su reprendre
des thématiques qui sont plutôt celle de la gauche (le travail par exemple) mais en proposant des solutions marquées à droite (il faut travailler plus alors que la gauche a installé les 35 heures).
Cette idéologie a été perçue comme conforme aux intérêts de l'UMP (le pari étant de gagner des électeurs du FN) et aux intérêts externes à l'UMP (proposer un projet de société).
A noter, Nicolas Sarkosy n'a pas vraiment joué la stratégie de l'électeur-médian, puisque sa campagne s'est largement concentrée sur des thèmes de droite.
On aurait pu penser qu'entre-les deux tours, il recherche les électeurs du centre en modifiant quelques unes de ces propositions. Il n'en a rien été, ses derniers discours sont significatifs à cet égard.

Nicolas Sarkozy s'est également appuyé sur sa notoriété personnelle en mettant en avant certains traits de sa personnalité : il est perçu comme volontaire, décidé, efficace, concret, qui ose dire ce qu'il pense...

Il a su habilement éliminé 3 handicaps:
- après 1995, il apparaissait comme celui qui avait trahi J.Chirac;
- il était en quelque sorte le candidat sortant puisqu'il était au gouvernement
depuis 5 ans.
- atténuer l'image renvoyée par ses adversaires (ultra-libéral et sécuritaire,
pro-américain...)

Globalement, sa stratégie a été plutôt une réussite: il a su rassembler sur son nom une très large composante du personnel politique de son camp avec les députés UDF (son seul échec vient de Nicolas Dupont-Aignan qui se veut incarner le courant Gaulliste Souverainiste); et il a creusé l'écart avec sa principale adversaire en recueillant 31 % des voix au premier tour.
Mais réunir des électeurs centristes et des électeurs du FN autour d'un projet risque de s'avérer périlleux lorsqu'il s'agira de mettre en place des politiques; ses capitaux personnels peuvent aussi le desservir dans des périodes de crise sociale ou politique...


Le cas de François Bayrou est différent: il s'est imposé comme le troisième homme en connaissant un succès relatif ( près de 7 millions d'électeurs mais il n'est pas qualifié au second tour).
Sa stratégie, nouvelle, est périlleuse.
Il dirige l'UDF, un parti de centre-droit, crée par Valéry Giscard d'Estaing en 1978, qui possède des références idéologiques distinctives. C'est un parti qui a mis l'Europe en avant, qui s'appuie sur une "démocratie sociale de marché" et qui possède une attitude plutôt traditionnelle en matière de moeurs.
François Bayrou a repris certaines thématiques de l'UDF traditionnelle, mais en a rajouté d'autres (le problème de la dette, le ni droite-ni gauche, le rôle clé de l'éducation, la nécessité de contre-pouvoirs) voire même modifié (par exemple, sur le cas du mariage homosexuel, sa position consiste à ne pas le légaliser mais à tenir compte des réalités en proposant un nouveau contrat civil).

François Bayrou a également beaucoup mobilisé les capitaux liés à sa personnalité: sa volonté personnelle de se démarquer de l'UMP depuis quelques années, son attachement au terroir, à la province.
Dans les enquêtes d'opinion, il apparait comme quelqu'un d'honnête et de rassembleur.
Sa stratégie est périlleuse en raison de son échec du premier tour: il doit créer un nouveau parti mais avec qui ? Les 3/4 des députés UDF se sont ralliés à Nicolas Sarkozy. La logique partisane va reprendre le dessus et le mode de scrutin aidant, le nouveau parti démocrate risque de ne pas avoir beaucoup d'élus au mois de juin si Nicolas Sarkozy gagne. Comment alors se présenter comme le chef de l'opposition ? Si c'est Ségolène Royal qui gagne, il peut espèrer obtenir plus de position de pouvoir, mais perd sa stratégie de positionnement politique "ni droite ni gauche". Le suspens reste entier...



légende: avant de déposer ton bulletin dans l'une de ces deux urnes, regarde bien, ami, de quel côté son poids va faire pencher la balance...et choisis

source: affiche de 1908 trouvé sur le site de la faculté de sciences politiques Paris I Sorbonne.


Enfin, la position de Ségolène Royal est là-aussi très intéressante.
Elle a conquis une forte légitimité lors des primaires socialistes (ayant obtenu 60 % des voix des militants socialistes). Face à laurent Fabuis incarnant une gauche classique et à Dominique Strauss-Kahn représentant une gauche se revendiquant sociale démocrate, elle s'est imposée en bousculant les lignes idéologiques.
Comme Nicolas Sarkozy, elle a repris des concepts politiques liées à l'adversaire pour leur apporter une autre réponse liée à son camp. C'est l'exemple de l'encadrement militaire des jeunes délinquants qui rejoint le thème de l'ordre, mais réinterprété à gauche puisque cet encadrement se fera dans des chantiers humanitaires.
Elle a revisité les 35 heures, indiqué que les régimes spéciaux seraient réformés, que la carte scolaire serait assouplie...
Elle a su aussi mobiliser ses capitaux personnels. Son parcours a été perçu comme celui d'une femme qui a refusé son destin (celle que lui assignait son père, c'est-à-dire d'être femme au foyer), elle a également mis en avant le fait d'être une mère de famille (discours de Villepinte). Chez les électeurs, elle apparait comme celle qui est la plus proche des gens, qui est pugnace.
Sa stratégie correspond davantage à la recherche de l'électeur médian: son pacte présidentiel reste marqué à gauche (avec une forte intervention de l'Etat) de manière à réunir son camp au premier tour. Puis, c'est l'ouverture vers le centre durant l'entre-deux tours.
Son positionnement idéologique allait de l'extrême gauche (les jurys citoyens, la taxe sur les revenus du capital), à l'écologie (le moratoire sur les OGM, l'EPR...) et au centre (réforme des institutions, nouveau référendum sur l'Europe...). Ce qui comporte deux risques:
- la mise à distance du programme et de l'appareil du parti socialiste. Certains cadres du parti ont été surpris du rapprochement avec François Bayrou durant l'entre-deux tours, d'autres lui reprochent d'avoir joué un peu trop cavalier seul... Certains proches de la candidate soulignent que l'appareil partisan ne s'est pas mobilisé autant qu'il faudrait.
- l'idéologie proposée doit être rationnelle, cohérente. Elle doit donc s'articuler sur des axes facilement identifiables par les électeurs. Il est assez difficile de repérer, sur le plan idéologique, des slogans mobilisateurs chez Ségolène Royal.
Autre nouveauté apportée par la candidate, c'est la méthode. Elle a mis en avant la démocratie participative, elle a voulu imposer elle aussi son agenda: son programme a attendu, pour être publié, la fin des débats participatifs alors que tout le champ politique et médiatique souhait un autre calendrier; de même, lors du duel télévisé, elle a bousculé l'ordre prévu initialement.
On voit donc que sa stratégie a été nouvelle à bien des égards, mais Ségolène Royal a été en proie à deux difficultés majeures:
- elle apparaît encore, aux yeux de l'opinion publique (et ce, contrairement à son principal adversaire) comme moins compétente.
- le travail idéologique de la gauche n'apparait pas encore comme étant achevé: le concept de progrès est en crise, tout comme celui d'Etat-Providence. Le positionnement idéologique semble hésiter entre la sociale démocratie (alliance avec le centre) et une stratégie de rassemblement toutes les composantes de la gauche).

Cette campagne a donc marqué, me semble-t-il un tournant dans la politique française: le clivage politique droite-gauche continue d'être structurant, mais il a été revisité, renouvellé à doite et à gauche mais aussi au centre.


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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 10:38

42545_s4.jpgAprès le cas de Nicolas Sarkozy, je voudrais analyser l'électorat de Ségolène Royal. Son score est historique (elle réalise le même que François Mitterrand en 1981), mais son handicap est important pour le deuxième tour (la gauche réalise 37 % des votes contre 45 % en 1981, ce qui est le total des voix de la droite en 2007).

Qui sont ses électeurs ? En quoi sont-ils différents de ceux de Nicolas Sarkozy ? Quelles motivations ont-ils donné à leurs votes ?
Que dire sur les électeurs de François Bayrou, décisifs pour le second tour ?
Je me suis appuyé sur l'enquête du CSA (sondage sortie des urnes auprès de 5 000 électeurs source ici)










=> l'électorat de Ségolène Royal possède quelques caractéristiques:


* l'une des différences les plus fortes concerne l'âge: sur électeurs de 18 à 24 ans, 30 ont voté pour la candidate socialiste contre 20 pour Nicolas Sarkozy.
Les jeunes ont donc voté davantage en faveur de Ségolène Royal.
Cette différenc
e ne se remarque que pour cette catégorie d'âge puisqu' ensuite, sur les 25-34 ans, Nicolas Sarkozy arrive en tête.

* Ségolène Royal possède un électorat classique de gauche: elle arrive en tête chez les classes populaires (les employés et les ouvriers), les salariés du secteur public et les chômeurs (elle recueille 31 % de leurs voix contre 21 % pour Nicolas Sarkozy). Elle a donc réussi son pari de susciter l'adhésion de ces catégories après le cuisant échec de 2002.
Sur les classes moyennes et supérieures, elle a encore un déficit important par rapport à Nicolas Sarkozy.
Enfin, le niveau de diplôme n'est pas un critère discriminant.

*Y-a-t-il eu un effet "femme" ? Ségolène Royal a parfois mis en avant sa féminité (on se rappelle de son discours de Villepinte).
La réponse est nuancée: les femmes (qui représentent 51 % des électeurs) ont voté à 32 % pour Nicolas Sarkozy et à 28 % pour Ségolène Royal.
Sur 100 électeurs de Ségolène Royal, 54 sont des femmes contre 52 pour Nicolas Sarkozy. Le critère du sexe n'est donc pas déterminant (même s'il a pu jouer légèrement en f
aveur de la candidate socialiste).


=> Quelles motivations ?


Il y a des différences centrales entre le sens que donnent les électeurs de Ségolène Royal à leur vote et le sens donné par les électeurs de Nicolas Sarkozy

* les thèmes de campagne:
64 % des électeurs de Ségolène Royal mettent en avant la question des inégalités sociales et 50 % posent le problème de l'emploi (thématiques de gauche).
Quant aux électeurs de Nicolas Sarkozy, 3 thèmes dominent: la sécurité (44 % contre 17 % pour l'électorat socialiste), l'emploi (mais la différence est moins forte) et l'immigration (36 % contre 11% pour l'électorat de Ségolène Royal).

* les qualités attribuées au candidat pour qui on vote
Des différences très nettes sont à remarquer entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
- pour Nicolas Sarkozy: ses qualités reconnues concernent son dynamisme et sa capacité à décider. Il a un déficit concernant son degré de proximité et son calme.
- pour Ségolène Royal: ses qualités reconnues par les électeurs sont justement sa proximité avec les gens et son calme. Mais elle a un déficit sur 2 points: sa capacité à décider et sa connaissance des dossiers.
=> On a ainsi une idée des angles d'attaque que chacun des candidats ne manquera pas de souligner lors du débat télévisé du 2 mai.

Voici la carte de mon département concernant les scores de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal au premier tour.
A vous de retrouver le votre sur ce site de cartographie absolument fabuleux dont j'avais déjà parlé. (en bleu Nicolas Sarkozy et en rose Ségolène Royal)



=> Un point central: et l'électorat de François Bayrou ?


Est-il plus proche de Ségolène Royal ou de Nicolas Sarkozy ?
Cette question est cruciale car on sait que ce sont ces électeurs qui feront la décision.

* les thèmes de campagne
Chez l'électorat de François Bayrou, l'emploi arrive en tête (48 %) puis c'est la question des inégalités sociales (44 % soit 2 fois plus que pour l'électorat de Nicolas Sarkozy).
Quant on regarde dans le détails les différentes motivations, on s'aperçoit que la proximité avec les motivations de l'électorat de Ségolène Royal est beaucoup plus évidente qu'avec celle de Nicolas Sarkozy sur l'éducation la défense des services publics (thématiques de gauche). Sur la sécurité, l'immigration, la fiscalité (thématiques de droite), les écarts avec Nicolas Sarkozy sont significatifs.
=> Ségolène Royal a donc un réservoir de voix important pour le second tour étant donné la proximité des motivations.

* les qualités attribuées à François Bayrou par les électeurs.
les électeurs citent son honnêteté, sa proximité et ses qualités de rassembleur. Il a un déficit sur son dynamisme et sa capacité à décider.

* la composition sociologique de l'électorat de François Bayrou peut donner des indications sur le report des voix puisqu'on sait que les déterminants sociaux jouent un rôle non négligeable sur les explications du vote.
- l'âge: François Bayrou fait un bon score chez les jeunes de 18-24 ans (il est en deuxième position), ce qui est favorable à la gauche, mais a un déficit dans les catégories d'âge les plus nombreuses et arrive 2eme ex-aequo chez les personnes âgées (ce qui est favorable à la droite).
- le milieu social: il fait un bon score dans les catégories supérieures, et un score plus faible dans les couches populaires. Ce qui est favorable à la droite.
- le diplôme: son électorat est plutôt plus diplômé que la moyenne, mais on a vu que ce n'est pas un critère discriminant.
- la religion: on sait qu'elle est encore un marqueur très fort. Plus on est pratiquant, plus on vote à droite. L'électorat de François Bayrou est plus marqué par la religion catholique, il est donc plus enclin à voter à droite.

conclusion: sociologiquement, une grande partie de l'électorat de François Bayrou est plus proche de la droite que de la gauche.

Enfin, il serait intéressant de connaître le passé politique des électeurs de François Bayrou, ce qui peut aussi nous donner des indications sur leur comportement au deuxième tour.
Sur 100 électeurs de François Bayrou en 2007:
- 28 ont voté pour la gauche en 2002, 27 se sont abstenus et 42 avaient voté pour François Bayrou, Jacques Chirac ou Jean Marie Le Pen en 2002.
Tout l'enjeu réside donc dans ceux qui se sont abstenus, ils feront la différence.

- 49 avaient voté OUI au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen et 31 avaient voté NON. Chez Ségolène Royal, 39 avaient voté OUI et 39 ont voté NON (elle réussit à faire la synthèse) et chez Nicolas Sarkozy, 50 ont voté OUI et 29 ont voté NON.

conclusion: les 15 jours qui viennent seront décisifs.

Nicolas Sarkozy part avec un avantage certain qui est double.
1 / Sa stratégie de campagne a été efficace. Il a su rassembler son camp, rechercher des électeurs de gauche et d'extrême droite (sur 100 électeurs de Nicolas Sarkozy, 8 ont voté à gauche et 12 ont voté FN en 2002), il a su faire oublier le fait qu'il était au pouvoir depuis 2002 pour ne pas avoir son agenda politique tourné vers le bilan du gouvernement...
2 / les députés UDF et la composition sociologique de l'électorat de François Bayrou penchent de son côté.

Mais Ségolène Royal n'a pas perdu pour autant.
1 / Elle a gagné une légitimité nouvelle, elle doit conquérir de nouveaux électeurs qui ont une certaine proximité idéologique avec son programme,
2 / Elle peut bénéficier d'un effet "référendum pro et anti-Sarkozy" (des électeurs de François Bayrou qui craignent l'Etat-UMP et des électeurs du FN qui peuvent vouloir faire payer à Nicolas Sarkozy leur échec électoral).

Quand je vous dis que cette campagne est passionnante...

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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 07:56

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Vous connaissez le résultat du premier tour des élections présidentielles. Je ne vais pas analyser les différents aspects déjà traités par les médias (le niveau record de participation, les résultats des différents candidats...).
Au passage, le/la prochain(e) président(e) de la République, c'est une certitude, aura passé un bac Economique et Social (Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont passé un bac B !)



Il s'agit de se livrer à un petit exercice de sociologie électorale à partir d'enquêtes d'opinions (sondage sortie des urnes de l'institut IPSOS voir ici).

Comme j'ai les mêmes enquêtes depuis 1988, il serait intéressant de voir les évolutions sur une plus longue durée.

Commençons, à tout seigneur, tout honneur, par celui qui apparaît comme le favori: Nicolas Sarkozy.


a / les principales caractéristiques de son électorat:


On retrouve, bien évidemment, les traits spécifiques d'un électorat de droite:

=> l'âge.

Alors que 25 à 26 % des français âgés de 18 à 34 ans ont voté pour Sarkozy, ils sont 41 % et 46 % des 60-69 ans et 70 ans et plus a avoir voté pour lui.
Pour caricaturer, plus on est âgé, plus la probabilité de voter à droite augmente...


=> le milieu / statut social

Traditionnellement, la droite est choisie par les travailleurs indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants et professions libérales).
Nicolas Sarkozy réalise de très bons scores (44 % chez les artisans et commerçants).
De même, les salariés du secteur privé sont plus enclins à pencher à droite: c'est le cas puisque le candidat de l'UMP arrive en tête avec 32 % des voix de ces salariés.


=> le niveau de revenu

Plus celui-ci est élevé, plus on est enclin à voter pour un candidat de droite.
Ainsi, moins de 30 % de ceux qui ont un niveau de revenu modeste ou moyen inférieur déclarent avoir voté pour Sarkozy, ils sont 36 % parmi ceux qui ont un revenu élevé. 6 points d'écarts, c'est très important.




b / les nouveautés, les spécificités du vote Sarkozy

Pour faire ressortir l'originalité du vote en faveur de Nicolas Sarkozy, on a des éléments de comparaison: les premiers tours des élections présidentielles de 1988, 1995 et 2002.
Que retenir ?

-d'abord, c'est une évidence, les scores de Sarkozy se situent à des niveaux beaucoup plus élevés que n'importe quel des candidats de droite aux élections précédentes.
Par exemple, on a vu que l'âge est un facteur sociologique discriminant. Jacques Chirac en 1988 et en 2002 recueillait 1/3 des votes des 65 ans et plus (35 % pour Balladur en 1995) contre 41 à 46 % pour Nicolas Sarkozy en 2007.

- sur l'électorat jeune (18 à 24 ans qui sont des primo-votants en partie ou qui s'abstiennent plus souvent que les autres catégories d'âges), les scores de Sarkozy (26 %) rejoignent ceux de Chirac en 1995 (24 %). Ainsi, il n'y a pas eu un effet "repoussoir": le candidat de l'UMP a fait le plein dans les catégories habituelles, mais il a également réalisé un bon score dans d'autres catégories.

-concernant le milieu/position sociale, j'ai relevé quelques évolutions sensibles du même ordre. Sarkozy a recueilli beaucoup plus de suffrages que ses prédécesseurs depuis 1988 dans l'électorat populaire: employés et ouvriers où ils dépassent les 20 % chez les ouvriers (aucun des autres prédécesseurs ne franchissaient la barre des 15 %) et surtout chez les employés (30 % pour Sarkozy en 2007 contre 15 à 19 % chez ses prédécesseurs).
Pour les catégories étudiants et chômeurs, Sarkozy retrouve les scores de Chirac en 1995, et améliore sa base électorale traditionnelle sur les salariés du secteur privé (1 sur 3 déclare avoir voté pour Sarkozy en 2007 contre 1 sur 5 avant).


conclusion:

L'analyse démontre deux aspects concernant le vote en faveur de Nicolas Sarkozy.

1°) son électorat est bien celui qui vote traditionnellement à droite (plus âgé, indépendant et ayant une position sociale et un revenu aisés).

2°) mais cela ne suffirait pas à expliquer l'ampleur de son score du premier tour (plus de 30 % des votes). Il a aussi conquis d'autres électorats: les milieux populaires (employés et ouvriers), les jeunes...
On retrouve un peu la configuration qui était celle de Jacques Chirac en 1995 de ce point de vue.
Mais la principale différence, c'est qu'il s'agissait d'une thématique de gauche en 1995: la fracture sociale alors qu'en 2007, la thématique est plus droitière: autorité, travail, identité nationale...

pour prolonger:
- un peu de géographie électorale avec Pascal Perrineau voir ici
- si certains sont passés pour la première fois dans l'isoloir, ils/elles peuvent lire et relire les billets sur le secret de l'isoloir ici, et encore ici


Dans un prochain billet, nous verrons les caractéristiques du vote en faveur de Ségolène Royal...

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